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La Cour des comptes sans concession pour le secours héliporté en montagne

La Cour des comptes pointe du doigt le manque de coordination entre les différents intervenants du secours en montagne. Elle souligne le gaspillage des moyens et les frictions entre les hélicoptères des CRS, du PGM et du PGHM.

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EC145 de Gendarmerie Nationale
A la demande du président de la commission des finances de l’Assemblée générale le 7 décembre 2011, la Cour des comptes a rendu un rapport fin 2012 sur « l’organisation du secours en montagne… ». Le rapport de la Cour de Comptes – un document de plus de 200 pages – relève plusieurs problématiques. En particulier, l’analyse générale du dispositif de secours en montagne fait ressortir un défaut de cohérence dans l’organisation des services et l’implantation des unités.

Paradoxe aujourd’hui en montagne, puisqu’il existe trois services qui interviennent au titre du secours : les policiers avec les sections et les détachements de montagne des compagnies républicaines de sécurité (CRS) ; la gendarmerie, avec ses pelotons de gendarmerie de montagne (PGM) et de haute montagne (PGHM) ; et les sapeurs-pompiers des SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours), avec les groupes montagne des sapeurs-pompiers (GMSP).

Depuis 1958, ce dispositif s’inscrit dans le cadre de plans départementaux spécifiques d’Organisation de la réponse de sécurité civile, les fameux plans ORSEC, arrêtés par le préfet. Evidemment, cette situation crée de réels conflits entre les différents acteurs. Conflits fondés sur des querelles (le rapport raconte par exemple qu’il arrive que le ton monte entre CRS et pompiers, pour décider des hélitreuillages !) de légitimité historique, technique et juridique, même si, en juin 2011, une circulaire ministérielle a tenté de rationaliser le dispositif existant pour apaiser les conflits… Et éviter les gaspillages faramineux !
EC145 de la Sécurité Civile

Un exemple. Le 20 décembre 2011, un skieur parti de la station de ski du Lac Blanc fait une chute. L’alerte, donnée par la victime elle-même, arrive au standard du centre de traitement de l’alerte (CTA)-CODIS 88. Les premiers éléments recueillis confirment qu’il s’agit d’une luxation du genou, sur un itinéraire connu, par temps calme. Sur sa propre initiative, l’opérateur du CODIS engage six véhicules dont une ambulance et 20 sapeurs-pompiers ! Mais en même temps, il signale les faits auprès du PGM de Xonrupt (88) qui, estimant que la personne se trouve sur le secteur alsacien alerte à son tour le PGM de Munster (68). Toujours dans le même temps, le SDIS 88 transmet l’alerte au SDIS 68. Au total, l’intervention aura mobilisé plus de 25 personnes pour secourir, sur un itinéraire bien ciblé et en pleine journée, un seul skieur, se trouvant à moins d’un kilomètre de la station, et dont le pronostic vital n’était nullement engagé !

Autre exemple tout aussi significatif. Une randonneuse en raquette est victime d’un accident « peu important » (luxation à l’épaule et hématome à la cuisse !). Mais les secours ayant été prévenus par plusieurs personnes – chacun prévenant une autorité différente – ce sont finalement sept militaires des PGM, une vingtaine de pompiers, trois médecins et un hélicoptère qui sont engagés pour cet accident ! On croit rêver !

Globalement, la Cour des compte évalue que le coût global du dispositif d’Etat (policiers et gendarmes) représente 61 millions d’euros annuels dont 31 % sont imputables à l’emploi des hélicoptères dans lesquels embarquent le plus généralement les secouristes. Le coût d’une intervention est en moyenne de 8 600 euros.

En l’absence de données fiables et exhaustives, le rapport n’a pas évalué le coût complet du dispositif déployé par les SDIS. Il a cependant été relevé « qu’ils déploient parfois des moyens non justifiés dans le but de développer leurs interventions en zone de montagne. »
EC145 de la Sécurité Civile

Financièrement, en tenant compte des mouvements saisonniers, un total de 24 hélicoptères appartenant aux services de l’Etat (sécurité civile et gendarmerie) est utilisé pour le secours en montagne. Pour les 12 hélicoptères de la gendarmerie affectés sur ses bases permanentes, le total des heures de vol s’est élevé à 1 913 heures en 2011. Le coût de l’heure de vol des EC 145, qui sont les principaux appareils employés, a été évalué à 3 695 euros, soit un coût total de 7,068 millions d’euros. La direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crises (DGSCGC) déploie de son côté des hélicoptères sur ses 12 stations permanentes. Elle a effectué en 2011 quelques 3 161 heures de vol, pour un coût total de 11,996 millions d’euros.

On retiendra aussi de ce rapport qu’il souligne l’utilisation d’hélicoptères privés dans la grande chaîne du secours. Notamment les hélicoptères du SAF.

Enfin, la Cour des comptes rappelle le côté « gratuit » des secours en montagne : « lorsque l’intervention héliportée relève d’un secours en montagne au sens strict, le secours est toujours gratuit, quel que soit l’hélicoptère intervenant. »

Bruno Rivière

Le rapport de la Cour des comptes sur l’organisation du secours en montagne et de la surveillance des plages

A propos de Bruno Rivière

Reporter photographe par passion, Bruno Rivière a assuré la rédaction en chef d’Aéroports Magazine pendant près de 25 ans. Il a également enseigné le journalisme en faculté. Spécialiste du transport aérien, il a rejoint Aerobuzz en janvier 2011. Bruno Rivière réalise des reportages et des recensions de livres.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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    • Gil Roy

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