Même si le ton de notre collègue peut sembler un peu sec, nous le rejoignons sur le caractère partial et partiel de votre article. Le plus surprenant, à l’inverse du Figaro, réside dans le journaliste qui l’a écrit : un journaliste supposé être "aéronautique".
Nous ne pouvons laisser dire que les contrôleurs aériens sont réfractaires aux changements alors qu’ils subissent un à deux changements majeurs par an depuis une petite dizaine d’années (Réseau RNAV, RVSM continental, refonte des espaces de Paris, Nice, Lyon, etc, Mises en service de nouvelles IHM, etc.).
Certains pourraient se jeter sur ces "un ou deux changements" (sous entendus "seulement") par an pour critiquer l’immobilisme mais il faut juste rappeler à vos lecteurs que dans notre secteur d’activité, un changement majeur nécessiterait six mois d’un point de vue facteurs humains pour être bien assimilé et permettre aux opérateurs de retrouver les mêmes repères d’avant le changement. Rajoutez à cela, l’absence de changement en période de charge pour éviter de peser sur les compagnies aériennes... En plus bref, vous avez grosso modo six mois par an pendant lesquels vous pouvez procéder à de des changements et encore, sous réserve de se limiter à un gros changement associé à quelques changements mineurs.
Pour pousser un peu plus loin, les contrôleurs aériens aspirent à des changements qui tardent à venir. Ainsi d’ici à 2013, la France sous l’impulsion de l’Europe devrait mettre en service un service DataLink pour les centres de contrôle en route. Des expérimentations ont été menées (à Reims) mais il n’existe aucune garantie que la DSNA soit en mesure d’implémenter cette technologie dans les délais sauf sous une forme bricolée c’est à dire une interface découplée qui obligerait des saisies multiples pour une même action. Pourquoi ce bricolage ? Parce que l’environnement électronique qui rendrait possible une intégration dans une seule IHM ne sera pas en service. Avec un peu de chance, l’intégralité des centres serait équipé en 2015 sauf retard du programme concerné (une constante en général).
Idem, aujourd’hui le système de traitement de plan de vol français est totalement obsolète et son remplacement n’est pas prévu avant le programme 4-Flight (2015 encore)... Ce système impose à ceux qui travaillent dessus, des trésors d’ingéniosité pour que les opérationnels que nous sommes puissent bosser sereinement... Implémenter une CDA (Continuous Descent Approach), trajectoire "verte" par excellence (ou économe en pétrôle lors de flambées des cours) relève de la gageure.
Les projets qui prennent du retard (Mise en service du DataLink, E.E.E,) combinés aux refus d’investir dans des technologies supposées dépassées mais dont le remplacement n’est toujours pas programmé (prévu mais pas programmé) conduisent les opérationnels que nous sommes à nous interroger sur les capacités stratégiques de la DSNA ? Ironiquement, nous pourrions nous dire : "y a-t-il un pilote dans l’avion ?". Nous constatons les évolutions techniques de nos voisins : passage au stripless en Suisse, implémentation déjà ancienne du DataLink à Maastricht UAC, intégration du mode S dans les visu hollandaises (NL), etc, sans les constater de notre côté. certes la recherche a un coût tout comme la mise en service de nouveaux systèmes mais l’argent ne semblait pas être un problème ces dernières années lorsque les trop perçus étaient rendus aux compagnies aériennes (celles là même qui aspirent à une privatisation de nos services, privatisation qui les priverait pourtant de ce genre de largesses).
Nous pourrions aussi remettre sur le tapis, certains "autismes" comme lors de la mise en service des écrans MAGE dans les centres de contrôles, il y a quelques années. Comment passer à un outil moins performant ? Demandez à ceux qui travaillent avec ces nouveaux écrans et vous le saurez : une surface réduite combinée à une surface affichable elle-aussi réduite pour, en théorie, recevoir les informations complémentaires d’un système (ERATO) dont les contrôleurs entendent parler depuis vingt ans sans en voir le bout. Enfin si, ils en réentendent parler depuis 2008 grâce à E.E.E (Environnement Electronique ERATO). Or, par un manque de chance total, depuis peu, sur cinq centres en route, seuls deux tenteront la mise en service opérationnelle tellement le projet a de handicaps (mise en service sur un système obsolète, fonctionnalités manquantes rendant impossible son utilisation dans certains centres, etc.).
Pour continuer dans l’aspiration aux changements, de nombreux contrôleurs travaillent sur des expérimentations à court (E.E.E. Evalink), moyen (4Flight, ACROPOLE) et long terme (SESAR, Trajectoires 4D, ERASMUS). Le but de ces contrôleurs est d’apporter leur expertise métier afin de s’assurer que les évolutions soient réellement applicables et non des "délires" d’ingénieurs qui s’écroulent dès que, par exemple, le principe de responsabilité est envisagé. Il ne faut pas oublier qu’ajourd’hui, que ce soit pour le système NextGen américain ou SESAR européen, l’un des principaux écueils reste la responsabilité légale en cas d’accident car pour la première fois depuis les débuts du contrôle aérien, le contrôleur ne serait plus en mesure de faire sans les outils d’aide qui lui seraient fournis. L’autre écueil de ce programme reste la faisabilité technique car le travail du contrôleur aérien reste une tâche complexe difficilement modélisable dès lors que la situation se complexifie (facteur météo, problèmes techniques).
Pour conclure sur cette intervention (qui pourrait continuer sur des pages et des pages), nous n’avons abordé là quasiment que l’aspect "contrôle en route" mais il y autant à dire pour les approches, plus ou moins importantes qui rencontrent également des difficultés similaires. Deux exemples simples : Saint Etienne à l’époque Protéus qui a reçu son déport radar alors que le hub avait disparu et Clermont Ferrand qui perdait ses avions en finale, problème résolu par la mise en service d’un nouveau radar mais le hub local n’est plus qu’un pâle reflet de ce qu’il a pu être... Là encore, plutôt qu’une opposition des contrôleurs, un affaire de coûts et d’inertie du système.
Encore, une fois, au lieu de caricaturer, il serait bon que les journalistes (qui ne sont pas tous des menteurs et des incompétents comme notre profession pourrait le penser depuis quelques jours) creusent un peu plus leurs sujets... Les contrôleurs ne sont pas réfractaires à l’évolution sauf quand il s’agit de déguiser des mesures qui sont purement économiques.
La FATCOA (Association Professionnelle des Vaches Sacrées)
http://www.fatcoa.com
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