Vol AF447 : le BEA sur la défensive

Dans l’enquête sur le crash de l’A330 d’Air France (vol Rio-Paris), l’impartialité du Bureau d’enquêtes et d’analyse est mise en question.
Suite aux informations parues dans la presse, le 3 août 2011, sur le retrait du rapport préliminaire du 29 juillet dernier d’une recommandation concernant l’alarme de décrochage, le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) a demandé à son enquêteur de suspendre sa participation aux travaux du BEA : « les pilotes n’entendent pas fuir leurs responsabilités mais ils n’accepteront pas que cette enquête se transforme en une simple instruction à charge contre l’équipage ». Le SNPL affirme que « sa confiance dans le Bureau d’Enquête et d’Analyses est sérieusement entamée ». Pour l’association Entraide et Solidarité AF447, représentant des familles de victimes du drame, l’enquête est « définitivement discréditée ».
Il est évident que l’annonce du retrait de cette recommandation jette un trouble sur l’enquête et ne manque pas d’entrainer de la suspicion. Alain Bouillard, le directeur de l’enquête technique sur l’accident de l’A330-200 d’Air France (1er juin 2009) a tenté, hier, de se justifier sur l’antenne de RMC en affirmant qu’il n’avait jamais subi de pressions dans son métier d’enquêteur : « le rapport, c’est moi qui le rédige, avec mon équipe et qui le propose pour validation au directeur. Je n’ai jamais vu, je n’ai jamais connu un directeur qui m’a censuré un rapport ».

- J.P. Troadec, directeur du BEA, lors de la présentation du 3ème rapport préliminaire sur le crash du vol AF447 Rio-Paris
- Photo : © Gil Roy / Aerobuzz.fr
Dans un communiqué de presse daté du 3 août 2011, le BEA explique que « le projet de rapport confidentiel qui avait été adressé pour commentaires aux experts désignés par l’exploitant, le constructeur et le SNPL ainsi qu’aux autorités associées à l’enquête (…) contenait un projet de recommandation relative au fonctionnement de l’alarme de décrochage. Ce projet a été retiré car il est apparu aux enquêteurs du BEA que cette recommandation était prématurée à ce stade de l’enquête. En effet, ce sujet devra être approfondi par le groupe « Systèmes avion » et complété par les travaux du groupe de travail « Facteurs humains » dont la création a été annoncée lors de la conférence de presse du 29 juillet. Ce nouveau groupe de travail, qui sera composé de spécialistes en sciences cognitives, en ergonomie, et en psychologie doit aborder l’ensemble des aspects liés aux interactions homme-machine et aux actions des pilotes dans les dernières minutes du vol. Ce n’est donc qu’à l’issue de l’ensemble de ces travaux, consignés dans le rapport final, qu’une recommandation relative au fonctionnement de l’alarme de décrochage pourrait être formulée sur la base d’analyses scientifiques et étayées, auxquelles l’AESA sera associée ».
Cette mise au point du BEA ne devrait pas suffire à couper court à la polémique qui a démarré hier. Les intérêts en jeu sont trop importants. C’est d’ailleurs le seul point sur lequel tous les acteurs du dossier se rejoignent, et cela avant même que les deux boîtes noires ne soient repêchées. Le rapport définitif d’Alain Bouillard est attendu au premier semestre 2012.
Gil Roy









Commentaires