La France lance des satellites espions

Ironie du sort, c’est une fusée russe Soyouz qui a lancé le 17 décembre 2011 les quatre satellites espions français ELISA à partir de la base de Kourou (Guyane).
Nous sommes le 17 décembre 2011, la fusée russe de 300 tonnes et 50 mètres de haut s’élance. A son bord se trouvent plusieurs satellites, Pléiades 1A, ELISA et SSOT. 59 minutes après le déchainement des moteurs de cette fusée inoxydable dont la conception remonte aux années 50, les quatre satellites ELISA quittaient leur coiffe pour se déployer à 700 km d’altitude.

- La satellite Pleiades
- © CNES
Une fois de plus, il faut louer la transparence du ministère de la défense. Une transparence qui apparaît dans le nom de ces capteurs particuliers, en effet Elisa signifie Electronic intelligence satellites. En clair il s’agit d’écouter et de caractériser les radars des pays survolés. Une capacité d’espionnage, qui relève d’une discipline dénommée « guerre électronique », pratiquée par tous les pays de la planète et dont les maîtres la Russie, les USA, la Chine, le Japon et Israël. Mais au fond pourquoi espionner les radars ? La réponse tient dans le proverbe latin bien connu « si tu veux la paix, prépares la guerre ». Un proverbe latin détourné par les spécialistes du genre qui ont fait leur la devise « si vis pacem, para bellum sed electronicum » (« si tu veux la paix, prépares la guerre…électronique »).
En clair il s’agit de se renseigner sur les fréquences et les paramètres des radars de défense d’un pays afin d’alimenter les systèmes de brouillage des avions d’arme tels que le Rafale. Un avion qui doit pouvoir accomplir ses missions de défense aérienne ou de frappe offensive quelles que soient les menaces présentes sur le théâtre d’opérations. Or sans une connaissance précise des radars de défense aérienne en service dans le monde, et des réseaux de commandement associés, on parle alors de l’ordre de bataille électronique, toute mission est vouée à l’échec. Concrètement, les données collectées, alimentent des bibliothèques numériques qui sont à leur tout chargées dans les avions et hélicoptères qui seront mieux à même d’identifier une menace afin de l’éviter, de la détruire ou de la brouiller efficacement.
On comprend dès lors l’intérêt vital d’Elisa, qui peut se permettre de survoler en toute impunité n’importe quel point du globe à l’écoute du spectre radio. Mieux, ces satellites, évoluant en essaim, sont capables de se coordonner pour localiser avec précision la position des radars détectés.
Avec ce lancement la France entre dans la cour des grands en matière de guerre électronique, une cour dont Paris était sorti par la petite porte en retirant du service à la fin du siècle dernier l’unique avion de reconnaissance stratégique DC8 Sarigue puis son successeur mort né Sarigue NG . Ne laissant à la France pour son renseignement aéroporté que les deux vénérables C160 Transall Gabriel et quelques pods Astac sous Mirage F1. Peut t-on pour autant se priver de ces avions puisque nous disposons de ces satellites ? La réponse est non dans la mesure où les satellites ELISA, qui sont le fruit de la coopération de la DGA, du CNES, de Thalès et d’Astrium ne font que passer brièvement sur un territoire donné. Alors que les avions eux sont complémentaires car ils assurent une plus grande permanence sur une zone donnée. Il convient donc à présent de songer au remplacement des Gabriel, et du Sarigue par des moyens modernes… Sous peine de perdre des capacités et une expertise militaire de premier plan qui pourrait nous faire défaut demain.
La Rédaction









Commentaires