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British Airways recrute ses nouveaux pilotes dans le Golfe

Etonnant retournement de situation. Début 2016, les recruteurs de British Airways sont passés par Dubaï, Abu Dhabi et Doha pour proposer aux pilotes d’Emirates, d’Etihad et de Qatar Airways de venir travailler à Londres. British Airways recherche pour la seule année en cours pas moins de 350 pilotes qualifiés sur gros porteurs (787, 777 ou A380). Les pilotes de Golfe ont la cote.

La rumeur a fait son chemin cette semaine dans les cockpits des avions d’Emirates, Etihad et Qatar Airways. Successivement à Dubaï, Abu Dhabi et Doha, les représentants de British Airways sont venus parler de la montée en puissance de la vénérable compagnie britannique, désormais adossée à la holding IAG (qui regroupe Iberia, Vueling et Aer Lingus). L’enjeu : 350 places de pilotes offertes pour la seule année 2016. Pour le commandant Robin Glover, responsable du recrutement, « c’est tout simplement le plan de recrutement le plus important depuis 15 ans chez BA ». Croissance, ouverture de lignes, nouveaux avions, le discours était résolument offensif. Le groupe IAG gagne de l’argent et semble avoir les moyens de ses ambitions.

Dans les pays du Golfe, le contexte régional est pour le moins chahuté, sur fond de rivalité irano-saoudienne, de conflit au Yémen et en Syrie et de baisse de la rente pétrolière qui fragilise les états et potentiellement les plans de développement des compagnies nationales. Si l’on y ajoute le retour sur la scène aéronautique de l’Iran qui, avec une commande 114 Airbus (et bientôt autant de Boeing) est bien décidé à faire de l’ombre aux transporteurs de la rive sud du Golfe Persique, alors la perspective d’un retour en Europe est un scénario que certains pilotes commencent à envisager, pour eux même ou leur famille. Quand s’ajoute à ces considérations des conditions contractuelles plus sécurisantes avec notamment un volet retraite que les compagnies du Golfe n’ont jamais proposé jusqu’à présent, la proposition de British Airways mérite d’être étudiée. 500 pilotes à Dubaï, 300 à Abu Dhabi et plus de 100 à Doha, le road show a fait le plein et les organisateurs sont repartis les bras chargés de CV.

Cette démarche inédite interpelle à plus d’un titre. Depuis dix ans, les pilotes européens avaient été habitués à être démarché, soit à Londres, Madrid ou Amsterdam par les compagnies du Golfe qui se déplaçaient chez eux pour les courtiser. Elles venaient vanter les avantages d’une carrière au soleil, aux commande d’un « wide body » flambant neuf, avec des promesses de promotion rapide, dans un pays sans taxes alors que les majors européennes, en panne de croissance depuis 2001, ne recrutaient plus qu’au compte-goutte, au gré des départs en retraites.

Cette démarche intervient alors que les plans de croissance des compagnies du Golfe ne marquent pourtant pas le pas pour l’instant et que leurs besoins respectifs en personnel navigant technique ne souffrent d’aucune pause. Qatar Airways a commandé 80 A350 et devra gréer ses machines avec plus de 1000 pilotes supplémentaires dans les 5 prochaines années. Une tension apparaît donc pour cette ressource rare que semble être devenu le pilote qualifié et expérimenté.

Cette initiative est-elle le symptôme d’un début de retournement de tendance en Europe ? La baisse des prix du pétrole qui semble s’installer dans la durée, favorise la reconstitution des marges des compagnies aérienne européenne. Ce nouveau paradigme les conduit désormais à penser croissance, ouverture de nouvelles lignes, augmentation des fréquences, modernisation de la flotte… et recrutement de pilotes. Les offres proposées par British Airways concernent aussi bien les commandants de bord que les copilotes, déjà qualifié et expérimentés sur 787, 777 ou A380.

De l’autre côté du Rhin, la tendance se confirme également. Lufthansa recrute à nouveau des pilotes pour l’ensemble de ses filiales et a récemment assoupli ses conditions pour postuler. La maitrise de l’allemand n’est désormais plus un prérequis.

En revanche, chez Air France, la reprise de l’emploi pilote ne semble pas encore à l’ordre du jour. Lors de la présentation des résultats de la compagnie nationale, en Janvier dernier, Frédéric Gagey affirmait que la société était toujours en situation de sureffectif. Confirmation : le site dédié au recrutement des pilotes est inactif depuis plusieurs mois et semble « débranché ».

Néanmoins, une lueur d’espoir apparait au bout du long tunnel de l’interruption des embauches (depuis 2008), avec comme symptôme de ce début de retournement, l’augmentation du nombre de Qualification de Type. Selon la direction des Opérations Aériennes : « On n’est pas encore au stade de l’ouverture massive des vannes, comme la compagnie a pu le faire entre 2007 et 2008, mais néanmoins, nous travaillons sur une reprise des embauches pilotes à partir de la mi-2017, …à condition que la croissance de la compagnie se confirme ».

Certes, Air France dispose encore de candidats dans son vivier de pilotes ayant réussi la sélection en 2008, mais celui-ci commence à se tarir, avec les effets des départs en retraite. Seule différence notable avec British Airways qui propose des entrées directes sur appareil long courrier: chez Air France toutes les embauches passeront par le guichet unique du moyen-courrier sur Boeing 737 chez Transavia. De quoi faire réfléchir plus d’un candidat potentiel au retour…

Olivier J.

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