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Categories: Aviation Générale

Pas de pilote à bord du drone, mais un passager !

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Philippe Chetail

Le drone chinois Ehang 184 est sans doute, de tous les projets présentés au salon CES de Las Vegas, celui qui a suscité le plus d’intérêt des média et du public. Il s’agit tout simplement du premier drone de transport de passager. Même si ce projet ne voit jamais le jour, il fait déjà date…


L’Ehang 184 (pour 1 cabine, 8 hélices, 4 bras) que l’on qualifiera de « concept », se présente comme un drone traditionnel (de 200 kg toutefois), à propulsion électrique, équipé de 8 hélices contrarotatives disposées au bout de 4 bras repliables, sur lequel le constructeur a greffé une cabine pouvant emporter un passager. Ce passager devra cependant être de corpulence moyenne, puisque le poids total autorisé n’excède pas 100 kg. Il devra surtout avoir une confiance aveugle dans le système… Ce sera là, peut-être sa première caractéristique !

Bien que la startup Chinoise Ehang qui a imaginé ce drone de transport préconise une altitude d’évolution entre 300 et 500 m en utilisation courante, cet engin futuriste aurait été testé, lors des essais, jusqu’à une altitude de 3.500 m. Selon le concepteur, il peut atteindre une vitesse approchant les 100 km/h en translation.

Le vol est totalement automatisé. Il est programmable préalablement au décollage sur une tablette à écran tactile. Les seules interventions du passager dans l’accomplissement du vol se résument à commander le décollage et l’atterrissage. Commander, mais pas contrôler… Tout est automatisé. Le passager n’étant pas le pilote, il n’a pas besoin de posséder un brevet de pilote pour voler.

Si Shang Hsiao, co-fondateur de Ehang, est conscient des problèmes de sécurité qu’un tel appareil peut poser, la société ne précise pas quelles sont les moyens de substitution prévus en cas de défaillance de ce pilote automatique, le rôle du passager se résumant à la passivité. Tout au plus, l’entreprise réfléchit à un contrôle à distance du drone au cas où un problème survenait pendant le vol. Ce point prend toute son importance en cas de survol de zones fortement urbanisées. Survol qui pour l’heure est interdit aux drones classiques, même aux plus légers…

Une autre difficulté peut aussi provoquer une certaine perplexité quant à un emploi fonctionnel de l’appareil : elle concerne l’autonomie de l’engin, qui n’excède pas une vingtaine de minutes, ce qui en limite considérablement son utilisation. D’ici que tous les obstacles réglementaires soient surmontés, les fabricants de batteries auront eu le temps de faire des progrès en la matière !

Admettant que ce concept et les horizons qui s’ouvrent avec l’utilisation d’un tel appareil peuvent apparaître alléchants, la société qui l’a mis au point devra, en effet, envisager un autre combat moins technologique, mais tout aussi difficile : affronter les services concernés pour obtenir les autorisations nécessaires à sa certification et son exploitation. Huazhi Hu, directeur exécutif de la Société Ehang, qui annonce avoir entamé des pourparlers avec les administrations de différents pays dans le monde, est confiant mais probablement très optimiste en annonçant lancer sa machine en 2016 sur le marché. L’ambiance surmédiatisée d’un salon comme le Consumer Electronics Show Le CES, ou Consumer Electronics Show, est un salon consacré au monde de la haute technologie et aux différentes innovations dans le domaine. Au fil des ans, le CES est devenu le plus important des rassemblements de ce style. Cette année, pas moins de 3.000 exposants sont présents du 6 au 9 janvier. de Las Vegas peut gonfler d’optimisme les inventeurs qui s’y bousculent. C’est aussi dans cette enceinte que beaucoup de projets révolutionnaires, chaque année, prennent leur envol.

Philippe Chetail

La programmation du vol est possible par l'intermédiaire de la tablette embarquée à bord. Outre les données du vol, chauffage et lumière d'ambiance dans la cabine sont également programmables.
Ehang estime le prix de vente de son drone Ehang 184 entre 200.000 à 300.000 dollars.
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Philippe Chetail

Président d’Airshow, spécialiste de l’organisation de manifestations aériennes, Philippe Chetail a organisé plus de 230 meetings aériens depuis 1973. Egalement co fondateur de France Spectacle Aérien, il est l’un des meilleurs connaisseurs européens de tous ceux qui gravitent autour des spectacles aériens. Il a rejoint Aerobuzz en juillet 2011. Philippe Chetail couvre, en particulier, l’aviation de collection et les évènements aéronautiques.

View Comments

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager !
    L'idée d'un octocopter en contrarotatif n'est pas bête du tout et permet de palier la défaillance d'un moteur. Je suis assez curieux de voir l'électronique de puissance embarquée, les batteries (Lipo ? LiFe ? Autres ?) et les contrôleurs.
    Un problème se pose toutefois quant à la décision d'automatiser le vol : en vol par programmation GPS, quid des perturbations solaires venant influencer les magnétomètres embarqués ? On sait tous qu'au-delà d'un Kp de 4, ça peut vite devenir scabreux.
    Présence d'une centrale inertielle indépendante à bord ? Présence d'un D-GPS ou assimilé ?
    Pourquoi ne pas laisser la reprise en main par le "passager" ?
    Certes, un drone, suivant sa conception peut-être hyper stable comme hyper vif à piloter, mais de ce côté-là tout est question de configuration de l'assistance embarquée.
    J'en veux pour preuve les drones grand-publics, qui permettent de poser la radiocommande dans un coin en laissant la bestiole en stationnaire pour aller se préparer un café.
    Last but not least : autor en milieu urbain, l'habilitation en scénario S3 va être un rien compliquée à obtenir, et le système limitant l'impact à la chute à 69 joules va nécessiter un pépin conséquent, sans doute plus que pour les ULM.
    Quant aux hachoirs à viandes embarqués ... une grille de protection peut-être ? ;-)

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    Génial :)
    Dommage pour la commande automatique, une prise de contrôle manuel serait la bienvenue ! Sachant que c'est hyper simple a piloter.
    Ouiii évidement, le hachoir ambulant a encore des progrès de design a faire, mais l'avenir a l'air sympa. Vivement les nouvelles batteries.

    Pour 200.000 euro c'est top !
    Maintenance au raz des pâquerettes, pas de pollution (comparé a un hélico standart)

    C'est quand même dommage que les constructeurs européen soit si en retard que çà :((

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    D'habitude, la réalité du monde adulte inspire le monde du jouet pour enfants – à l'instar du train électrique – tandis qu'ici, c'est la réalité du monde du jouet, en l'occurrence celui des drones grand public, qui aura inspiré le monde réel de la mobilité individuelle aéroportée.... sauf qu'appliqué à l'envers, le principe ne peut que produire un résultat naïf.

    Naïf aussi, de croire qu'un tel système puisse obtenir une homologation civile – car étant incapable d'autorotation, il n'offre aucune sécurité en cas de panne de puissance.

    Naïf encore, de croire que le véhicule volant personnel emmènera son occupant en ville, car seule est envisageable une solution prévoyant l'atterrisage en périphérie d'agglomération, suivi de la séparation de l'habitacle de sa structure volante en vue de servir de mini-véhicule urbain – le concepteur chinois semble, hélas, s'être laissé emballer par la réalité virtuelle montrée par le film "Le cinquième élément" de Luc Besson, avec ses voitures lévitant entre les gratte-ciels new-yorkais...

    Naïf enfin, de croire que ce concept puisse passer la rampe malgré le rendement énergétique notoirement décevant de ce principe de propulsion à rotors non basculants!

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    Il serait plus sympa pour le passager d'avoir plus de mats ,et d'hélices ; par comparaison ,le vaisseau de Robur le Conquérant -de Jules Verne - en avait quelques dizaines ... Plus rassurant . Mais où sont les piles d'antan ? ...

    • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
      Aerobuzz a justement et récemment présenté un proto à N rotors, en essais (publics cette fois) plus convaincant que cet aspirateur à crowdfunding chinois qui n'est qu'un Quadcopter "Upscalé"

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    Pas plus tard qu'hier, j'ai pris en toute quiétude, et avec une bonne centaine de mes concitoyens, le val pour me rendre de l'entrée de Rennes au Centre Ville.
    Ouf...! Tout s'est bien passé.... Il y a 50 ans, même les ascenseurs en hôtel et super marché avaient un liftier....
    Merci Philippe pour tes très bons articles

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    Voici les impressions du 1er passager : " Je suis scié !"

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    Bonjour
    Merci à Philippe Chetail pour l'analyse à laquelle je souscris très largement.
    J'aimerais lire ce type d'analyse critique plus souvent dans Aerobuzz; au lieu des reprises trop fréquentes (et souvent sans recul) des coupures de presse des fabricants.
    Bons vols à tous.

    • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
      tout à fait d'accord, le simple choix d'un quadcopter élimine toute redondance en cas de perte de portance d'un des bras, donc la mort assurée pour l'équipage. Je vois mal la certification arriver, sauf à tout miser sur un parachute ?

      Il doit aussi être difficile d'imaginer plus bruyant que 4 bi-pales contrarotatives.

  • Pas de pilote à bord du drone, mais un passager.
    Bonsoir,

    C'est un joli coup médiatique, le design reprend les codes de l'automobile.

    Pour les 3.500 m, cela tient de la "galéjade", mais là n'est pas le sujet, les chinois vont nous doubler.

    Le monoplace contrarotatif électrique existe déjà en Chine.

    Christophe

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