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La française Stéphanie Pansier rejoint les Breitling Wingwalkers

C’est aux Emirats Arabes Unis, à l’occasion des des derniers championnats Al Aïn Air, que la française Stéphanie Pansier a fait ses grands débuts publics avec les Breitling Wingwalkers. Rencontre avec une authentique passionnée d’aviation qui devrait illuminer de son charme la saison 2016 des meetings aériens.

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Stéphanie Pansier devient la nouvelle Breitling Wingwalker. Le public pourra la voir à partir du mois de mai prochain dans les nombreux show aériens auxquels elle va participer au sein de l’équipe.
© K. Tokunaga - Breitling

Après un peu moins de trois années passées dans l’Armée de l’Air au sein de l’Escadron 00.065, où elle officiait comme hôtesse dans le Falcon 900 de la République Française, Stéphanie Pansier décide, en suivant une formation qualifiante auprès de l’école School-Jet, de se spécialiser dans l’accompagnement en vol de voyageurs VIP utilisant les services de compagnies d’aviation d’affaires. Exerçant alors en free-lance et à son propre compte, elle propose ses services à plusieurs compagnies privées, mais c’est au sein de Skyfirst Ltd, basée sur l’aéroport du Bourget, que cette jeune femme pétillante fera principalement ses armes, à bord d’un Falcon 2000 EX Easy qu’elle affectionne particulièrement.

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Depuis 30 ans sous différentes couleurs, Aérosuperbatics met en oeuvre ce spectacle alliant la voltige en patrouille et le wingwalking.
© Ph. Chetail - Aérobuzz

Aérobuzz : Au-delà de votre carrière professionnelle, vous êtes passionnée de voltige… On a pu vous rencontrer aussi à plusieurs reprises dans l’équipe des juges de plusieurs compétitions. La dernière en date étant les Championnats du Monde de Châteauroux, l’été dernier. Comment en êtes-vous arrivée là ?

Stéphanie Pansier : Je suis passionnée d’aéronautique depuis l’adolescence et dès lors cette passion ne m’a jamais quittée. J’ai découvert la voltige lors d’un meeting aérien. J’ai adoré et j’ai même eu la chance de rencontrer la Patrouille de France à cette occasion. Puis au début de l’année dernière, un ami instructeur et juge de voltige m’a contactée et m’a proposée de l’assister sur les Championnats de France, à Falaise. J’ai beaucoup aimé ! Depuis je me suis déplacée sur plusieurs compétitions lorsque mon emploi du temps me le permettait, en m’enrichissant chaque fois un peu plus des subtilités de cette discipline fortement technique. J’ai donc logiquement participé aux WAC 2015 à Châteauroux. Je passe mon PPL en ce moment pour peut-être un jour participer à des compétitions de voltige … mais en étant moi-même aux commandes.

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Le mât articulé, solidement fixé sur l’aile supérieure du Stearman permet aux wingwalkers une grande diversité de figures acrobatiques.
© Breitling Wingwalkers

Avant de devenir pilote de voltige vous-même, vous avez aussi l’envie de vivre une aventure exaltante en devenant wingwalker. [1] Qu’est ce qui vous conduit à vous lancer dans une telle expérience à haute teneur en adrénaline ?

L’année dernière, j’ai découvert lors d’un meeting en France qu’il était possible de tenter cette expérience en Angleterre. La compagnie Aerosuperbatics [2] qui met en scène ce spectacle de wingwalking, proposait des baptêmes à qui voulait bien tenter l’aventure. J’ai alors demandé à mes parents de m’offrir ce vol pour mon 25ème anniversaire. Je suis immédiatement tombée amoureuse des sensations que procurait ce vol un peu particulier ! Le ressenti est unique, comme si vous voliez de vos propres ailes ! Puis, cet été, les Breitling Wingwalkers ont lancé une campagne de recrutement, je me suis présentée et j’ai été sélectionnée ! Moi qui souhaitais orienter ma carrière vers l’événementiel aérien, je suis tout à coup plongée au cœur du spectacle, au sein d’une équipe qui va me permettre de voler et voyager, me voilà comblée !

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Avant le show, les wingwalkers répètent leur chorégraphie au sol, tels les voltigeurs qui miment leurs évolutions.
© Breitling Wingwalkers

Vous avez donc intégré il y a peu de temps cette équipe qui parcourt le monde et votre première participation à un show aérien sur l’aile d’un Stearman s’est déroulée lors du Al Aïn Air Championships aux Emirats. [3] La démonstration des wingwalkers étant une prestation synchronisée composée d’un certain nombre de figures prédéfinies, avez-vous pu bénéficier d’un entrainement en vraie grandeur, préalablement à ce premier show ?

Après avoir intégré l’équipe des Breitling Wingwalkers, j’ai reçu un entraînement intensif d’un mois. Lors de celui-ci, j’ai tout d’abord appris au sol à m’attacher au pylône fixé sur l’aile grâce au harnais, puis à monter du cockpit sur l’aile supérieure. [4] Après avoir intégré cette manœuvre, arrive le moment du vol. La première étape consiste à grimper sur l’aile en l’air, puis progressivement vient le temps d’intégrer la chorégraphie avec plus en plus de vitesse, puis pour finir, le second avion se joint au premier.

Comment s’est passée votre première prestation en public ?

Pour mon premier show aux Al Aïn Air Championships, nous sommes arrivés plusieurs jours en amont afin de nous entraîner sur place. Les répétitions de la chorégraphie au sol s’enchaînaient quotidiennement avec les entraînements en vol. Avec les autres membres de l’Equipe, avant chaque décollage, nous simulions inlassablement « la musique », un peu comme le font les voltigeurs avant tout vol de présentation ou de compétition, lorsqu’ils miment leur programme.

Avez-vous eu, antérieurement, une formation liée à la danse ou avez-vous pratiqué une activité d’expression corporelle ?

J’aime bouger, j’adore danser et plus que tout j’aime voler ! J’ai simplement fait comme beaucoup de petites filles, de la danse moderne/jazz, et un an de hip-hop.

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Les pilotes (de G à D) David Barell et Martyn Carrington, et les Wingwalkers Stéphanie Pansier et Sarah Tanner.
© K. Tokunaga - Breitling

C’est donc pour vous une entrée en scène à un moment particulier de la vie du team, en situation de compétition à haut niveau de performance. La pression ne fut-elle pas trop importante pour vous qui intégriez l’équipe à ce moment là ?

Avant le vol, j’ai ressenti un mélange d’excitation, de stress, d’inquiétude, de bonheur et de joie. Tout à la fois. Et lorsque je suis montée sur mon aile, prête pour faire le show, j’ai regardé Sarah, ma co-équipière, j’ai jeté un coup d’œil à Martyn mon pilote dans le cockpit qui m’encourageait, et tous deux à leur manière se sont chargés de me rassurer. [5] Je connaissais le programme, et surtout je savais que quoiqu’il arrive, Sarah était toujours à mes côtés en vol (on peut continuellement communiquer grâce à nos mains, et surtout elle peut m’annoncer le prochain mouvement). Sachant je ne pouvais pas me tromper dans l’enchaînement, ma seule crainte était de mal faire, de ne pas être suffisamment élégante, de ne pas être à la hauteur de la réputation des Breitling Wingwalkers, et de ne pas satisfaire le public. Puis en plein vol, les craintes s’estompent, ce n’est que du bonheur !

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"On aperçoit la foule … ça nous porte, ça nous pousse à toujours mieux faire.... " S. Pansier.
© Ph. Chetail - Aérobuzz

Quelles sensations vous a procuré votre premier vol ?

On aperçoit la foule … ça nous « porte », ça nous pousse à toujours mieux faire. Les gestes qui sont très difficiles à exécuter en vol du fait de la vitesse et de la force de l’air (jusqu’à 4G), sont en quelque sorte « soulagés » grâce à l’adrénaline. L’équipe m’a beaucoup encouragée, soutenue et rassurée. Même les autres compétiteurs n’ont eu de cesse de me féliciter ! Je n’ai donc pas vraiment ressenti de pression quant à la compétition, seulement quant à mon envie de bien faire ! A l’atterrissage, j’ai vu la foule applaudir à tout rompre... j’étais fière et heureuse d’avoir accompli mon rêve et rempli ma "mission" : partager mon bonheur et combler le public !

Si Stéphanie est la première Française admise au sein du team anglais, d’autres wingwalkers l’ont précédé dans les années 1990 à 2000, lors des meetings aériens organisés dans l’hexagone. L’Amicale Jean Baptiste Salis produit pendant quelques saisons ce numéro avec Patricia Bednar, Philippe Frey, (alias Obélix) et notre consoeur Magali Rebeaud dans le rôle des barnstormers, avec « Léon » Mathis ou Jean Pierre Lafille aux commandes. Magali clôturera l’épopée des wingwalkers français à la fin de la saison des meetings de l’année 2000.

Philippe Chetail

Notes

[1Dans l’histoire de l’aviation, le premier à effectuer ces cascades fut un jeune Américain de 26 ans, du nom de Ormer Locklear, en 1918. La légende raconte qu’il sortit d’abord sur les ailes de son avion au cours de sa formation de pilote, pendant la Première Guerre mondiale. Imperturbable, il quittait le poste de pilotage, en vol, pour monter sur les ailes et réparer un problème mécanique ! Après la guerre, ceux que l’on nommait « Barnstormers » ou Wingwalkers (littéralement ceux qui marchent sur les ailes) utilisaient ces acrobaties pour distraire le public lors des meetings aériens. Juchés sur les plans supérieurs de biplans, généralement des Avro DH.9 ou des Curtiss Jenny rachetés au lendemain de la Première Guerre mondiale, ils s’y tenaient debout, ou bien assis sur des chaises, quand ils n’essayaient pas tout bonnement d’y jouer au tennis. Le tout bien sûr pendant que l’avion volait.
L’une des cascadeuses les plus célèbres fut Lilian Boyer, une jeune femme qui à l’âge de 20 ans devint une des plus célèbres wingwalker, en se livrant pendant une dizaine d’années, à ces acrobaties.

[2L’équipe de voltige, mise en œuvre par la Socité Aérobatics Ltd depuis l’aérodrome Anglais de Rendcomb (Cirencester, Gloucestershire) est la seule formation au monde mettant en scène ce type de spectacle, pendant lequel, alors que les appareils (Boeing Stearman équipés d’un moteur de 450 Cv) effectuent un programme de voltige en formation, les Wingwalkers, (plus danseuses que marcheuses), sanglées sur leurs pylônes fixés sur l’aile supérieure des appareils, effectuent une chorégraphie synchronisée en musique. Depuis plus de 30 ans, l’équipe a participé à plus de 2500 événements sur la planète, devant des dizaines de millions de spectateurs. L’équipe se compose de 8 wingwalkers avec l’arrivée de Stéphanie Pansier et de 6 pilotes.

[3Le championnat « Al in Air Airshow » eut lieu mi décembre 2015 à l’issue des Jeux Mondiaux de l’Air de Dubaï dans lesquels se sont affrontés les meilleurs spécialistes de la voltige en solo ou en formation. Le team des Breitling Wingwalkers participait à la compétition.

[4Alors qu’en Angleterre et dans nombre d’autres pays le décollage des appareils peut s’effectuer alors que les wingwalkers sont déjà attachées sur l’aile, la réglementation Française l’interdit. Les demoiselles doivent donc passer du cockpit à l’aile supérieure dans la première phase du vol, après le décollage.

[5Sarah Tanner, qui vient d’effectuer sa 10ème saison dans le team est la responsable des Wingwalkers. Elle a également participé à la compétition organisée lors des Championnats des Emirats. Martyn Carrington qui totalise 9000 heures de vol et plus de 1000 présentations en vol est le chef pilote d’Aerosuperbatics. Le second pilote lors des Championnats Al Aïn Air était David Barrell, 3000 heures de vol et plus de 400 shows au sein de l’équipe.

A propos de Philippe Chetail

Président d’Airshow, spécialiste de l’organisation de manifestations aériennes, Philippe Chetail a organisé plus de 230 meetings aériens depuis 1973. (...)
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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