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L’avion au service de l’action humanitaire

Le sommet humanitaire mondial se teindra à Istanbul, les 23 et 24 mai 2016. L’occasion de revenir sur la mobilisation planétaire qui, il y a moins d'un an, a vaincu l’épidémie d’Ebola. Le service aérien du Programme Alimentaire Mondial (PAM) a joué un rôle déterminant. Aviation Sans Frontières avec un de ses Cessna Caravan et ses pilotes était également engagée.

14.05.2016

Le travail logistique qui permet à la chaîne humanitaire d’exister et d’être efficace reste très souvent dans l’ombre, au profit des résultats concrets de l’action humanitaire. Pourtant, que ce soit dans le cadre de l’urgence humanitaire ou dans le soutien au développement, la logistique est l’une des clés de la mise en œuvre et de la réussite des actions de toutes les associations et ONG engagées sur le terrain. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a lui seul gère une flotte d’environ 70 avions affrétés pour des missions variées. C’est le travail de Pierre Lucas, ingénieur de formation, pilote professionnel et pilote instructeur, basé à Dakar.

Cet ancien conseiller du Centre de Crise du Quai d’Orsay, humanitaire au Laos, à Madagascar, au Burkina Faso et en Ethiopie, a coordonné d’août 2014 à décembre 2015, les opérations aériennes engagées dans la lutte contre Ebola. En partenariat avec la mission des Nations unies pour la réponse à l’épidémie a déployé plus de 15 aéronefs dans les 3 pays d’endémie ainsi qu’au Sénégal et au Ghana, au titre d’un corridor humanitaire dédié.

Plus de 45.000 passagers ont été transportés (40% de personnels d’ONG, 50% de personnels d’agences du SNU, 7% de donateurs et personnels diplomatiques et 3% de partenaires gouvernementaux), ainsi que 350 tonnes de fret humanitaires. 68 évacuations médicales ont été réalisées dont une dizaine avec suspicion de contamination par le virus Ebola.

En mars 2014, une première alerte Ebola est signalée en Guinée, et l’OMS demande la mise en place d’un soutien. En Juillet, on constate une explosion épidémique dans 3 pays d’Afrique de l’Ouest, et fin août il y a déclaration de l’urgence humanitaire de niveau 3, qui aboutit le 1er septembre à la fermeture des frontières aériennes par Notam, entrainant la suspension des vols commerciaux vers les pays d’endémie.

Le PAM propose à la communauté humanitaire et à l’Organisation Mondiale de la Santé son soutien pour la réponse logistique offrant 3 services : la fourniture d’un service aérien humanitaire, la construction des centres d’isolement et de traitement, et l’appui logistique.

MSF-F (Médecins sans frontières – France) et le service aérien du PAM entament des négociations en vue de l’ouverture d’un corridor humanitaire dédié (Bamako, Accra, Dakar et Las Palmas) ; s’en suivent 5 semaines de négociations diplomatiques et interministérielles intenses avec les autorités sénégalaises.

Il faut bien comprendre que le Sénégal, souhaitant à juste titre protéger sa population, voulait sanctuariser son territoire refusant toute intrusion aérienne en provenance des pays contaminés. Enfin le président Macky Sall donne son autorisation assortie de 3 conditions : création d’un terminal dédié pour garantir une stricte séparation des activités, pas de transport de patients ou personnes contaminés, et enfin du suivi médical strict pendant 21 jours de toute personne ayant emprunté ces vols.

Le 25 septembre 2014 a lieu le premier vol au départ de Dakar au titre du corridor grâce à la mise en place d’un terminal provisoire sous tente. Fin septembre 2014, un certain nombre de pays mettent à disposition leurs moyens aériens pour le transport cargo (Allemagne, USA, France, Espagne, Canada). A partir d’octobre, déploiement de 12 appareils dans les 3 pays d’endémie (5 avions, 7 hélicoptères).

En Guinée, le foyer de l’épidémie d’Ebola est à dix-huit heures de route de la capitale Conakry, en pleine zone forestière, près des frontières avec le Liberia et la Sierra Leone. Il n’y a pas de ligne aérienne régulière pour atteindre les centres d’intervention des humanitaires, à N’Zerekore, Macenta, Forécariah. À Conakry, l’aéroport dit « de voisinage », chargé des lignes intérieures, paraît désert une fois parti un rare vol du PAM, pris d’assaut par le personnel médical qui veut rejoindre les centres de santé.

Dans ce contexte, Aviation Sans Frontières a proposé ses services pour désenclaver malades et soignants de la Guinée forestière. Il a mobilisé pour cette opération, coordonnée par l’ambassade de France à Conakry, un avion Cessna Caravan d’une capacité de neuf passagers ou d’une tonne de fret. Des équipes de deux pilotes volontaires se relaient pour des missions de quatre à six semaines. Ils transportent le personnel soignant, les fournitures alimentaires, du matériel médical et des médicaments, des cas suspects d’Ebola.

Aviation Sans Frontières a mobilisé pour l’opération un avion C208, le F-OJJC. Basé à Conakry, l’appareil a desservi des centres d’intervention des humanitaires : N’Zerekore, Beyla, Macenta, Kerouane (en Guinée forestière), Forécariah, Manéah et Coyah (à l’ouest du pays). Des équipes de deux pilotes volontaires se sont relayées, sous coordination logistique directe de l’Ambassade de France à Conakry.

A la demande du Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations Unies, une première mission avait été déployée afin d’assurer la liaison entre Mbandaka et Boende. En République démocratique du Congo, Aviation Sans Frontières était alors l’unique acteur avec l’ONU (via son service aérien humanitaire l’UNHAS) à gérer le transport aérien pour répondre à cette urgence sanitaire.

Cet appui aérien était d’autant plus nécessaire que la région demeurait inaccessible par la route. Là où par bateau, le trajet s’effectuait en 3 jours, les pilotes permettaient aux équipes de rejoindre Boende en une heure.

Dans le cadre de la mission Ebola en Guinée, l’équipage de Conakry a procédé avec la Croix-Rouge française à la reconnaissance de la piste de Macenta, située au coeur de la forêt tropicale. La Croix-Rouge française y administrait un Centre de Traitement Ebola accessible uniquement par 2 heures de route depuis l’aéroport le plus proche. Macenta étant un des premiers foyers de l’épidémie, rouvrir cette piste a été essentiel. Un énorme travail !

Dans la pratique, un médecin contrôle la température des passagers par thermoflash (un thermomètre électronique à distance) avant le décollage vers le Sénégal. Si la température dépasse les 38 degrés, le passager ne pourra pas embarquer. Si la fièvre se déclare durant le vol, l’avion devra faire demi-tour. Ce n’est jamais arrivé heureusement. A leur arrivée, les passagers sont examinés. On reprend leur température, et les infirmiers sénégalais, entièrement couverts de combinaisons, gantés et les yeux couverts d’un masque, leur posent une batterie de questions sur les personnes rencontrées lors de leur séjour.

En janvier 2015 un terminal H spécifique, remplaçant les tentes provisoires est construit sur la base militaire de l’aéroport Léopold Sedar Senghor de Dakar. C’est un outil unique combinant un terminal aérien classique, un centre de santé pour le screening des passagers avec possibilité d’isolement, et une base logistique.

8 mois plus tard l’épidémie est enrayée. L’opération a dû s’adapter en permanence au contexte opérationnel et stratégie de lutte sur le terrain. Les ONG sont passées d’une stratégie de regroupement des cas dans des centres d’isolement et centre de traitement dans les grandes villes à une stratégie d’équipes mobiles et recherche au plus profond des districts, impliquant des moyens aériens supplémentaires notamment hélicos, le transport d’échantillons sanguins et la capacité d’évacuation de personnels médicaux sous capsules à pression négative.

Le Sommet humanitaire mondial qui aura lieu à Istanbul les 23 et 24 mai prochain tiendra compte des enseignements de ces actions.

Jean Ponsignon

A propos de Jean Ponsignon

chez Aerobuzz.fr
En parallèle d’une carrière de 29 ans dans le conseil en organisation et management et de 6 ans dans l'humanitaire, Jean Ponsignon a signé une centaine d’articles sur deux sujets principaux, l’aéronautique et l’humanitaire, pour Aviation & Pilote, Aventure, Bourgogne Magazine, La Croix… Il a rejoint Aerobuzz, début 2013. Jean Ponsignon traite l’actualité culturelle.

Un commentaire

  • Guy BARDET

    L’avion au service de l’action humanitaire
    SECOURS AERIEN SANS FRONTIERES, http://www.sasf-humanitaire.fr est en mission humanitaire avec ses pilotes bénévoles au Sénégal depuis 2008, en 2013 SASF à signé un partenariat avec le Ministère de la santé du sénégal.
    Basé à Tambacounda avec un PA32-301T SASF essaie d’aider les médecins à sauver des vies de type évasan SAMU avec le Samu National Sénégalais.
    En 2015 le C.O.U.S (Centre des Opérations de Santé créé par le Président Macki SALL) signe un partenariat avec SASF, et livre 10 fûts d’AVGAS 100LL, de février à Mars 2016 tout est utilisé pour les patients.
    Secours Aérien Sans Frontières est la seule ONG Aérienne au Sénégal qui fonctionne avec des pilotes bénévoles trop petite par le nombre de ses adhérents elle doit faire face à une grande demande d’évacuation pour les populations enclavées, nous lançons un appel à dons, car au mois d’octobre il va falloir envoyer en RG le moteur (40.000€) Ce sont prés de 80 vies préservées grâce à ce petit avion. Aidez nous http://www.sasf-humanitaire.org

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