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Syrie : l’armée de l’Air frappe très fort avec ses missiles Scalp-EG

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, quatre Rafale partis des Emirats Arabes Unis ont tiré huit missiles de croisière SCALP-EG contre un objectif tenu par l’Etat Islamique. Derrière les seuls effets militaire de ce bombardement, des messages et des non-dits…

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Les Rafale de l’armée de l’Air française peuvent emporter un missile de croisière SCALP-EG sous chaque aile.
© Armée de l'Air

Dans le cadre de l’opération Chammal, un premier emploi du missile SCALP-EG contre Etat Islamique avait eu lieu le 15 décembre dernier. Et en 2011, la France avait tiré une quinzaine de ces missiles imposants et chers (5,10m de long pour 1.300 kg, coût unitaire d’environ 850.000 €…) en Libye, au cours de l’opération Harmattan. L’armée de l’Air dispose de deux vecteurs pour tirer le missile : le Rafale, qui peut emporter un SCALP-EG sous chaque aile et le Mirage 2000D, qui n’en prend qu’un sous le fuselage. Les Rafale de la Marine n’emportent qu’un seul missile sous le fuselage, de manière à pouvoir revenir apponter avec lui en cas de non tir.

La mission de ce week-end a donc visé un complexe industriel dans la région d’Alep, en Syrie. Les huit missiles ont sans doute visé chacun un point d’impact distinct sur un même site. Mais pourquoi utiliser de telles armes en Syrie ?

Le missile de croisière est conçu pour l’attaque d’objectifs fortement défendus, de manière à ne pas exposer les avions. Un cas de figure qui ne s’applique pas à la Syrie dont l’espace aérien appartient aux avions de la coalition emmenée par les Etats-Unis. Un autre atout du missile est de permettre des bombardements simultanés, en programmant les trajectoires, les angles d’attaque et les impacts à la seconde près. Rien de mieux pour surprendre un ennemi qui ne voit pas arriver la menace.

« Par son très haut niveau de précision, le missile permet également de limiter les risques de dommages collatéraux » expliquent également les militaires. Certes… Le SCALP-EG pèse 1.300 kg, dont 360 kg de charge militaire. Pourtant, la BLU-126, dont disposent maintenant les armées françaises, offre déjà une solution partielle en terme de réduction des dommages collatéraux : il s’agit simplement d’une Mk82 classique de 250kg, pouvant recevoir un kit de guidage Paveway, dont une partie de la charge militaire est remplacée par un matériau inerte.

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Missile SCALP-EG exposé devant un Rafale du CEAM de Mont-de-Marsan. La voilure, repliée quand le missile est accroché sous l’avion, est ici déployée comme pendant le vol
© Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Mais dans l’équation ayant abouti à la décision d’emploi, il reste deux termes non militaires. Le premier est politique : le missile de croisière est qualifié en France de « préstratégique ». La décision d’emploi remonte très haut dans la hiérarchie militaire et politique. Utiliser le SCALP-EG est un moyen de rappeler à tous que la France joue (sur ce plan là au moins…) dans la cour des grands. Au même titre que les Etats-Unis ou la Russie, cette dernière s’étant livrée à un véritable festival à l’automne 2015. En Europe, Britanniques et Italiens ont également utilisés ce type de missiles en Libye.

Dernier terme de l’équation, et sans doute celui qui est le plus sujet à spéculation : la durée de vie des missiles. Fabriqués et livrés au début des années 2000, les SCALP-EG français devront être remis à niveau à partir de 2018 (révision du système propulsif, du système de guidage, de la charge militaire…) pour retrouver du potentiel.

L’actuelle loi de programmation militaire ne prévoit une remise à niveau que de 100 missiles, sur les 500 livrés par MBDA MBDA MBDA est une société du secteur Aéronautique et Spatial spécialisée en particulier dans l’étude, le développement et la production de systèmes de missiles. . Si d’autres missiles seront sans doute révisés après 2020, il semble peu probable que l’ensemble des stocks bénéficie de cette mise à niveau. Le reliquat devra alors être démantelé. Mais le démantèlement coûtant cher, il semble alors plus judicieux de tirer le missile en opération…

Frédéric Lert

A propos de Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom (...)
Journaliste chez Aerobuzz.fr

7 Commentaires

  • Manneken Pis

    petit calcul :

    Stock : 500
    révisables : 100
    Tirés : 15 + 8
    Solde à tirer avant 2018 : 377

    Conclusion : il va pleuvoir des Scalp sur DAESH les 2 prochaines années

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  • Julien

    Donc en somme, il y a une certaine logique : l’armée de l’Air envoie ses encombrants à la Daechèterie ....
    En fait c’est normal :-)

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  • patex

    Merci pour cet article très intéressant.
    Cependant quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui va rendre ces missiles obsolètes ?

    L’auteur écrit : "Fabriqués et livrés au début des années 2000, les SCALP-EG français devront être remis à niveau à partir de 2018 (révision du système propulsif, du système de guidage, de la charge militaire…) pour retrouver du potentiel."

    De quel potentiel parle-t-on ? Les éléments devant être mis à niveau ont-ils une sorte de date de péremption, ou s’agit-il plus généralement de donner à ces armements rétrofités des capacités accrues ?

    Je ne suis pas dans le secret, mais l’emploi de ces armes sur des cibles vraisemblablement peu ou pas défendues contre la menace sol-air me paraît disproportionné. Sans doute l’état major veut-il aussi mener un exercice "grandeur nature" en lançant de tels raids et ainsi développer l’expertise de l’armée de l’air dans l’emploi de ces armes qui restent assez récentes ?

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  • Gallifet

    " la Syrie dont l’espace aérien appartient aux avions de la coalition emmenée par les Etats-unis "
    Sans rire, mr Lert ?

    Il semblerait qu’il y ait quelques avions russes dans le secteur, non ? Et je ne pense pas qu’ils demandent la permission au CAOC pour réaliser leurs frappes ( et ils n’utilisent sans doute pas comme nous des bombes appauvries en explosif ( comme le chocolat sans sucre ou le beurre allégé..)
    Mais comme cela semble bien faire plaisir aux chefs de l’Armée de l’air de conduire une troupe de supplétifs ( les programmes Young Leaders à Colorado Springs sont passés par là, et je me souviens des militaires à PSAB en Arabie séoudite qui étaient tout contents de se velcroter des galons US sur leurs teneus, les grands enfants...)

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  • Sauteret

    il me semble logique d’utiliser les Scalps avant qu’ils ne deviennent HS et il faut bien que nos militaires s’en servent en combat réel ! Je suis satisfait de cette décision

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  • guichard

    850 000€ pièce !!! sans compter tout le reste rafale/ porte-avion/bases extérieures etc ...
    Nous attisons les braises de ce foyer qu’est le moyen orient .
    L’intervention en Irak ne nous sert même pas de leçon .
    Pendant ce temps la , pas d’argent pour accueillir les anciens dans des maisons de retraite !!!
    Vive la République
    Vive la France !!

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  • benji

    Les russes ont récemment installé des batteries de missiles sol-air assez avancées autour de leur base en syrie.
    Depuis qu’ils ont perdu un Su-24, ils doivent avoir la gâchette facile.

    C’est peut-être ça aussi qui motive l’utilisation d’une arme stand-off. C’est cher, mais moins que de perdre un rafale et son pilote parce qu’un conscrit russe était trop nerveux...

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