
Cette semaine, les avionneurs ont donné leurs chiffres des livraisons d’avions pour l’année écoulée. 793 pour Airbus qui visait 800 en début d’année. 76 pour Daher qui n’est pas parvenu à faire aussi bien qu’en 2024 et 2023. 600 pour Boeing qui revient de loin et qui est, peut-être, le seul des trois à se satisfaire de son score. Avec des carnets de commandes qui débordent, les avionneurs auraient aimé mettre la barre plus haut, mais leurs fournisseurs et sous-traitants, malgré leurs efforts, sont à la ramasse. La supply chain est en surchauffe. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer dans les années à venir. Bien au contraire…
Depuis des années, la filière aéronautique française serre les rangs pour limiter la casse. En 2025, une douzaine d’entreprises de taille intermédiaire et de PME ont eu des défaillances. Sur plus de 400, c’est un moindre mal. Malgré ces tensions, Airbus ne relâche pas la pression. Il reste rivé sur son objectif de 75 A320 par mois dès l’année prochaine. Et il est toujours décidé à doubler la production mensuelle d’A350 pour atteindre 12 avions par mois en 2028. Les fournisseurs et les sous-traitants souffrent en silence parce qu’ils savent qu’ils ont tout à y gagner. Ils ne sont pas au bout de leurs peines pour autant…
Ce n’est pas parce que les compagnies aériennes continuent de s’arracher la nouvelle génération de monocouloirs, comme le prouvent les contrats signés ces dernières semaines encore, qu’Airbus, mais aussi Boeing, ne pense pas à l’après. On leur a trop reproché de chercher à traire leurs vaches à lait jusqu’à la dernière goutte, avec leurs versions « MAX » et « NEO », pour maintenant, leur demander de temporiser, le temps que la supply chain reprenne son souffle.
Les successeurs du 737 et de l’A320 sont dans les tuyaux. Le top départ a été donné. Les deux avionneurs sont lancés, et Boeing n’a surement pas envie de rejouer le match MAX vs NEO qui lui a coûté très cher jusqu’à présent. L’Américain a une revanche à prendre. La compétition va être rude. Les nouveaux modèles devraient pointer le bout de leur nez à l’horizon 2030. Peut-être même avant la fin de la décennie compte tenu de l’enjeu.
Même s’il n’est pas question d’inventer l’avion « Zéro émission », les avionneurs sont bien décidés à tout remettre à plat pour réussir, à défaut d’un saut technologique, un bond substantiel en matière de réduction des couts opérationnels. Et bien évidemment, ils comptent sur les équipementiers et les sous-traitants pour les aider à atteindre leurs objectifs.
En même temps qu’ils doivent hisser leurs cadences de production vers des sommets encore jamais atteints, leurs donneurs d’ordres leur demande d’imaginer de nouvelles solutions s’ils veulent pouvoir être parties-prenantes dans les futurs programmes. C’est un défi sans précédent auquel ils sont confrontés, d’autant que les ressources financières et humaines ne sont pas extensibles. Ici, le « En même temps » n’est pas un élément de langage. C’est un passage obligé.