Accueil > Industrie > Concorde, un héritage en péril

25 commentaires Industrie

Concorde, un héritage en péril

Que reste-il de cet élan qui permit, à la fin des années 60, à la France et à la Grande-Bretagne, associées dans le plus ambitieux des projets aéronautiques, de défier les deux puissances mondiales qu’étaient alors l’URSS et surtout les USA ? L’aéronautique de défense aurait bien besoin aujourd’hui d’une telle volonté politique.

JPEG - 83.5 ko
Le 21 janvier 1976, Air France mis en ligne Concorde sur Paris-Rio de Janeiro, et British Airways, sur Londres- Bahrein
© Air France

Il y a très précisément 40 ans, jour pour jour, le 21 janvier 1976, Air France et British Airways donnaient le coup d’envoi de la carrière commerciale de Concorde. 27 ans plus tard, en 2003, la poignée d’appareils encore en service était dispersée dans une dizaine de musées. Le supersonique lancé en 1962 par la France et la Grande-Bretagne, entrait définitivement dans l’histoire.

Aussi courte fut sa carrière, Concorde a redonné à l’Europe confiance dans sa capacité d’innovation et de réalisation. Il a surtout permis à l’industrie aéronautique française et britannique de se reconstruire autour d’un projet ambitieux et de faire émerger une nouvelle génération d’ingénieurs. Et c’est parce qu’il y a eu Concorde, qu’avant la fin de cette décennie, Airbus devrait passer devant Boeing.

Ce succès de celui que l’on appelle avec fierté «  le constructeur européen », contraste avec l’incapacité chronique de l’Europe à se doter d’une industrie aéronautique d’armement. La volonté politique n’y est pas. Et c’est ainsi que l’Eurofighter, le Grippen et le Rafale se concurrencent depuis des décennies et que la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ou encore l’Italie préfèrent le F-35 au « made in Europa ».

Pendant que les américains, les russes et les chinois tentent de mettre au point leur chasseur de 5ème génération et imaginent déjà des démonstrateurs préfigurant la 6ème génération, les européens s’éparpillent. Les projets de coopérations intra européens ne sont pas à la hauteur des enjeux, et à force de tourner au ralenti, les bureaux d’études risquent d’être incapables de produire le système aérien militaire de demain. L’Europe n’est déjà plus armée pour rivaliser avec les USA sur le marché des drones d’attaque furtifs.

Contrairement à Boeing qui a eu la peau de Concorde avec l’aide de la FAA (Federal Aviation Administration), l’industrie américaine n’a même pas besoin du Pentagone pour contrer les européens ; ils se savonnent la planche eux-mêmes. Serait-il plus difficile de faire voler un drone Male que de transporter une centaine de passagers au-dessus de l’Atlantique nord à Mach 2,2 ? Le défi est évidemment plus politique que technologique. Concorde fut d’abord une grande idée.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport (...)
Journaliste chez Aerobuzz.fr

25 Commentaires

  • aviarock

    Bravo Gil ! Bien dit. Totalement approuvé... Hélas...

    Signaler un abus
    Répondre
  • JCD

    Qu’a fait la FAA contre le Concorde ? (désolé je suis trop jeune pour connaitre son histoire sur le bout des doigts...)

    Signaler un abus
    • J Serrat

      La réponse est simple.
      Concorde était une avancée majeure sur un point très précis, la vitesse pour relier l’Europe aux principales places américaines.
      Bien évidemment, le but commercial principal recherché, argument des ventes futures de cet avion révolutionnaire, était l’accès aux aéroports des USA et de permettre aux hommes d’affaire, d’où qu’ils viennent aux US, d’être à Paris ou à Londres en moins de 4 heures. Pouvoir faire un aller retour de travail dans la journée.
      Comment empêcher le développement de ce projet révolutionnaire qui préfigurait la suite, des transporteurs supersoniques encore plus gros pour mettre LAX à moins de 5 heures, JFK à 3 heures ?
      Tout simplement en décrétant que le passage du "mur du son" au dessus du territoire américain serait interdit. De là, Concorde se déplaçant à la vitesse d’un B 747 au dessus des USA pour transporter 4 fois moins de passagers tout en consommant 1,5 fois plus de carburant, c’était tuer ce projet dans l’oeuf. Sans la vitesse, le Concorde n’avait plus aucun intérêt commercial.
      C’est ce que la FAA a fait en répondant à tout le lobbying de Boeing et des constructeurs américains.
      La FAA a imposé que le Concorde devrait, dès son arrivée au dessus des eaux territoriales américaines, passer en subsonique ce qui veut dire qu’on lui ôtait son seul attrait commercial, la vitesse.
      La suite on connaît : Une merveille de technologie et de beauté sacrifiée sur l’autel des intérêts des constructeurs nord américains.

      Signaler un abus
    • mcmanus

      Les Etats-Unis avaient leurs projets d’avions supersoniques par Lockheed et Boeing. Quand ces projets ont été abandonnés, laissant le champ libre à Concorde, la FAA a prétexté la nuisance sonore du vol supersonique pour interdire le survol du territoire américain à Concorde en supersonique. Du coup, les compagnies américaines intéressées par l’avion ont annulé leurs intentions de commandes.
      Concorde a vu ses liaisons vers les Etats-Unis diminuer en nombre, pour finalement ne plus concerner "que" New York.
      Les USA ont contribué à creuser la fosse du supersonique européen.

      Signaler un abus
    • Benji

      Interdiction d’atterrissage sur les aéroports de la côte est pendant les premières années d’exploitations (un peut chagrinant pour un appareil taillé pour l’atlantique nord...)
      Et quelques autres douceurs, voir l’excellent bouquin de Jean Mezerette sur l’histoire de la traversée de l’atlantique.

      Signaler un abus
    • azerty

      La FAA a interdit le survol du territoire américain à vitesse supersonique, rendant le Concorde "inutile" aux USA, ce qui a conduit à l’annulation de pas mal de commandes là bas et par effet boule de neige dans le monde entier (cf wikipédia pour un petit résumé ou "Concorde Le Magnifique" des éditions Privat si tu es plus curieux).

      Signaler un abus
    Répondre
  • Luc

    Sujet intéressant, abordé avec un point de vue pertinent !

    Merci

    Signaler un abus
    Répondre
  • BAERT

    100% d’accord
    Clair, Net et simplement vrai
    Nos hommes politiques d’aujoud’hui ne sont que de pâles gestionnaire du Très Court Terme. Aucun ne sait donner à la France et à l’Europe une vision de Moyen Long Terme.
    Personne ne nous dit ce que sera la France dans vingt ans. Le faire est pourtant d’une évidence et d’une nécessité absolue. Ne pas définir, construire, impulser de telles visions, de tels objectifs stratégiques est aussi inconsistant au plan politique que de ne pas investir dans le développement au plan entrepreunarial.
    Mais notre monde/société est aujourd’hui frappée de plusieurs maladies graves : ignorance, inconsistance, lâcheté, couardise, clientélisme, etc...
    Tant et si bien qu’il n’est même pas certain qu’un homme politique français contemporain soit en capacité intellectuelle de comprendre, par exemple, que d’acheter des avions de chasse américains aujourd’hui, c’est perdre notre indépendance militaire/stratégique de demain car ce sont nos cousins d’outre Atlantique qui auront les clefs de notre Défense.
    Mais au final c’est bien cette société française qui est responsable de tout cela car on aura toujours les hommes politiques que l’on mérite.

    Signaler un abus
    Répondre
  • Dominique de Champeaux

    Il est indéniable que la FAA a mis des bâtons dans les roues de British Aerospace et de Sud Aviation pour empêcher que leur joyau (dont je suis un inconditionnel) soit mis en service sur la desserte des USA depuis l’Europe. D’où en effet une exploitation qui a débuté sur Dakar-Rio chez AF et sur Bahreïn chez BA.

    Mais à mon humble avis, ce qui a tué Concorde était plus son manque d’autonomie que la FAA. En effet, les 3200 NM séparant Paris de New York ou Washington étaient la limite de ce que pouvait franchir le bel oiseau en respectant la réglementation OACI en matière d’emport de carburant, réserve de route, réserve de dégagement et réserve finale en plus du délestage. Ce qui rendait NY inaccessible d’un seul coup d’aile depuis Francfort, Rome, Madrid, Stockholm ou Zürich (avec en plus le fait que les survols continentaux devaient se faire en régime subsonique, régime impliquant un rayon spécifique - distance parcourue par quantité de carburant consommé - plus faible).

    J’ai eu le cœur très serré quand depuis ma chambre d’hôtel en escale j’ai assisté à la TV l’approche et l’atterrissage des 3 derniers Concorde en service commercial, l’un derrière l’autre à LHR, mais en même temps je le disais que c’était inéluctable...

    Signaler un abus
    Répondre
  • popoaviateur

    Deux points :

    Carrière courte : c’est faux. Il a été en exploitation pendant 27 années (moins 15 mois liés à la catastrophe de Gonesse). Peu d’avions de cette génération peuvent en dire autant (sans avoir été modernisés !)

    "Contrairement à Boeing qui a eu la peau de Concorde avec l’aide de la FAA" paranoïa française. Jambes courtes, bruit, bang supersonique, coût élevé d’exploitation, s’il n’avait eu ces handicaps, les routes d’Orient, d’Amérique du sud et d’Asie auraient permis à notre Concorde chéri de voler et de séduire les compagnies. N’oublions pas que la France elle-même a interdit le survol de son territoire à vitesse supersonique alors que Concorde n’était pas encore en exploitation. Un beau succès technologique, mais une impasse économique !

    Signaler un abus
    • Tonio

      Et l’on peut ajouter à cela mon cher Popo que la concentration du staff d’ingénieurs chez Sud Aviation, puis Aerospatiale sur le programme Concorde a laissé un vide temporel entre Caravelle et le programme airbus A320. ( je cite un ingénieur que nous avons bien connu tous les deux). Ce qui a amplement profité à Boeing et Douglas avec les 737 et DC9 qui se sont retrouvés longtemps sans concurrents. On aurait pu voir l’évolution de Caravelle après la version XII, une réussite technique mais pas vraiment sur le plan financier puisque 282 exemplaires seulement furent produits dans toutes les versions.
      Visions artistiques de l’époque des trente glorieuses sans trop de stratégie à long terme.

      Signaler un abus
    Répondre
  • Bruno Rivière

    Une courte carrière Concorde ? Presque quarante ans de service pour un avion qui subissait des contraintes thermiques, de dilatation, de pressurisation... complètement hors normes, c’est un énorme exploit !

    Signaler un abus
    Répondre
  • patrick DABAS

    A peu près d’accord sur l’analyse.
    En revanche, si la FAA n’a pas facilité les choses et a provoqué des annulations de commandes, de nombreux autres pays que les USA ont interdit le survol des terres en supersonique y compris la France et de nombreux pays de Proche ou Moyen Orient.
    Cela étant posé, si le Concorde a volé commercialement pendant 27 ans c’est en très grande partie grâce à l’Amérique et aux Américains puisque toutes les autres lignes que l’Amérique avaient été fermées depuis longtemps.

    Signaler un abus
    Répondre
  • Grisez Ph

    Se (re)pencher sur Concorde ,ok ,mais le problème de la Défense européenne, c’est aussi celui de l’inexistence de l’UE dans la tête de l’homme de la rue - que j’interroge depuis une demi douzaine d’années ,sur ..."combien sommes nous en UE28 " ? aucune réponse exacte !
    et le PIB ? -qu’est-ce ? ...
    Or l’UE des 28 est ,avec 500 M de citoyens ,et le 1er PIB du monde , assez puissante pour arriver à l’objectif en question dans ce papier . Mais voilà , tant que l’on se repliera frileusement sur son 1/28ème d’Europe , n’envoyant pas aux manettes les bonnes personnes ,et ce sera le four .

    Signaler un abus
    Répondre
  • michael

    Pour le plaisir des yeux
    On peut voir les after burners de l’Olympus a l’oeuvre, ca devait pousser fort au decollage.

    https://www.youtube.com/watch?v=l7mt6AKKhq4

    Signaler un abus
    • BROEGG

      J’ai fait deux vols en Concorde, j’ai eu ce privilège. Oui ca pousse au decollage, mais avec du bruit surtout a l’arriere, qui est totalement oublié par le plaisir d’etre dans ce merveilleux avion.
      Je voudrai aussi rendre homage a André TURCAT, premier pilote de Concorde, qui nous a quitté recemment

      Signaler un abus
    Répondre
  • Paul Marais-Hayer

    Il est vrai qu’au début les américains ont freiné des deux pieds pour ralentir et "tuer" commercialement Concorde, New-York sera disponible qu’en 1979, soit trois ans après Rio.
    Par contre, une fois leurs programmes arrêtés, la clientèle US a été la plus grande part à bord aussi bien chez BA que chez AF.

    Toutefois, nous avons aussi en Europe notre part de responsabilité, surtout pour la fin du supersonique, et d’une certaine façon une "honte" d’arrêter un avion sans proposer un équivalent commercial.

    Désolé, mais dans l’histoire de l’aviation, jamais notre intelligence et nos connaissances n’ont proposé le lendemain deux fois et demie plus lent que la vieille et c’est sur ce point où notre fierté en prend un coup.

    Cet article démontre bien que la concurrence entre nous (comme par exemple sur les chasseurs 5e Génération (Rafale, Typhon...) est une grosse erreur loin de l’union "concordante" de l’esprit des années 60.

    Toute cette dynamique a fait que maintenant Airbus est Airbus, nous avons appris de nos erreurs et de nos forces, mais rien n’est acquis, il faut travailler sur l’avenir et surtout redonner une offre commerciale supersonique peut être pas à Mach 2, mais 1,4 serait déjà bien... car cette date symbolise bien la régression et la stagnation d’il y a 40 ans... et j’ai tellement aimé Concorde que je me vois mal mourir sans voir son successeur...

    Je ne peux pas terminer mon message sans avoir une pensée pour André Turcat, disparu il y a peu, une pensée pour Lucien Serventy et tous ces ingénieurs qui sans Catia, ont réalisé le plus bel avion du monde !

    L’avenir c’est de refaire tout aussi bien, si ce n’est mieux... c’est uniquement cela qui fera que l’avenir sera radieux.

    Mach 2 - 127 °C à la sonde, niveau 600 et 58 kms minute !

    Signaler un abus
    Répondre
  • Nicolas

    Au niveau coopération européenne, il y a tout de même le Neuron qui en est un exemple réussi . Le projet a réuni Suède, Italie, Espagne, Suisse, Grèce et France sous la maitrise d’oeuvre de Dassault Aviation.
    Selon moi l’avenir de l’industrie aéronautique d’armement passe d’une part par ce modèle économique et d’autre part par ce type de d’aéronef. Les chasseurs tels que nous les connaissons, quelle que soit leur génération, ont tous en commun le défaut de devoir emporter un humain a bord avec toutes les complications que cela entraîne en termes de systèmes complémentaires a embarquer (siège, éjection, oxygène et j’en passe).

    Signaler un abus
    • Grisez Ph

      C’est pour cela que Dassault vient (cf autre article ) d’initialiser une étude universitaire sur l’art et la manière de combattre dans le futur ,avec sans doute un schéma style Rafale accompagné de sa meute de Neurons ...dociles et autonomes ,juste assez ...

      Signaler un abus
    Répondre
  • lavidurev

    Un fait incroyable est que seulement soixante quinze annees separent les debuts de l aviation du premier vol de Concorde.

    Signaler un abus
    • Grisez Ph

      Et ce qu’on peut remarquer ,(moi ,en tous cas !) ,c’est la convergence de la technologie vers la "science "des oiseaux ,après un départ "divergent " ,pour causes de faiblesse de nos connaissances . Léonard de Vinci avait bien remarqué qu’une aile plus étendue traine plus , mais des trous dans son panel de réflexions ne lui ont pas permis de "conclure ". Et il a fallu passer par les frères Mongolfier pour donner à tous l’envie de voler avec quelque espoir ...
      Convergence ? ... cerveaux électroniques et systèmes de vol ...avion (pas oiseau ) ; winglets , aubes de soufflantes , "blue edge blades " , maintenant les doubles rémiges d’extrémités d’ailes du Lotus ,de Joby Aviation (cf A et C ), etc sans compter les pendulaires ,extra légers à composante oiseau à ... 30 ou 40% .
      J’espère donc que nous irons plus loin .

      Signaler un abus
    Répondre
  • Hollevoet julien

    Bonjours a tous,
    Je vois que certains connaissent bien le travail sur le concorde.
    Je cherche des informations sur mon papy robert Hollevoet qui a été au labo (21 ?), il travaillait sur les vérins hydrauliques du train d’atterrissage.
    Photos et anecdote serait super pour moi.
    D’ailleurs petite info qui n’en est peut-être pas une. Mais mon papy m’a dit peu de temps avant qu’il parte. Que le labo de sud aviation travaillait sur un concept d’avion a hélice ultra économique et très très long courrier... Mais apparemment le concorde l’a éclipsé car les hélices n’avait plus les faveurs des dirigeants.

    Signaler un abus
    Répondre

Laisser un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

Haut