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Concorde, un héritage en péril

Que reste-il de cet élan qui permit, à la fin des années 60, à la France et à la Grande-Bretagne, associées dans le plus ambitieux des projets aéronautiques, de défier les deux puissances mondiales qu’étaient alors l’URSS et surtout les USA ? L’aéronautique de défense aurait bien besoin aujourd'hui d'une telle volonté politique.

Il y a très précisément 40 ans, jour pour jour, le 21 janvier 1976, Air France et British Airways donnaient le coup d’envoi de la carrière commerciale de Concorde. 27 ans plus tard, en 2003, la poignée d’appareils encore en service était dispersée dans une dizaine de musées. Le supersonique lancé en 1962 par la France et la Grande-Bretagne, entrait définitivement dans l’histoire.

Aussi courte fut sa carrière, Concorde a redonné à l’Europe confiance dans sa capacité d’innovation et de réalisation. Il a surtout permis à l’industrie aéronautique française et britannique de se reconstruire autour d’un projet ambitieux et de faire émerger une nouvelle génération d’ingénieurs. Et c’est parce qu’il y a eu Concorde, qu’avant la fin de cette décennie, Airbus devrait passer devant Boeing.

Ce succès de celui que l’on appelle avec fierté « le constructeur européen », contraste avec l’incapacité chronique de l’Europe à se doter d’une industrie aéronautique d’armement. La volonté politique n’y est pas. Et c’est ainsi que l’Eurofighter, le Grippen et le Rafale se concurrencent depuis des décennies et que la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ou encore l’Italie préfèrent le F-35 au « made in Europa ».

Pendant que les américains, les russes et les chinois tentent de mettre au point leur chasseur de 5ème génération et imaginent déjà des démonstrateurs préfigurant la 6ème génération, les européens s’éparpillent. Les projets de coopérations intra européens ne sont pas à la hauteur des enjeux, et à force de tourner au ralenti, les bureaux d’études risquent d’être incapables de produire le système aérien militaire de demain. L’Europe n’est déjà plus armée pour rivaliser avec les USA sur le marché des drones d’attaque furtifs.

Contrairement à Boeing qui a eu la peau de Concorde avec l’aide de la FAA (Federal Aviation Administration), l’industrie américaine n’a même pas besoin du Pentagone pour contrer les européens ; ils se savonnent la planche eux-mêmes. Serait-il plus difficile de faire voler un drone Male que de transporter une centaine de passagers au-dessus de l’Atlantique nord à Mach 2,2 ? Le défi est évidemment plus politique que technologique. Concorde fut d’abord une grande idée.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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