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L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn

Philippe Barbier et Jean-Claude Tourn ont profité du salon UGS (Unmanned Global Systems) de Bordeaux (14 et 15 octobre 2015) pour dévoiler leur démonstrateur EyoCopter ; un drone à voilure tournante capable de porter des charges de plusieurs dizaines de kilos, équipé d’un système de propulsion qui rappelle celui de l’hélicoptère Djinn.

2.11.2015

Deux entrepreneurs, expérimentés mais encore très jeunes dans leur tête, se proposent de bousculer les idées reçues en matière de drone hélicoptère. Après quelques années de développement dans la discrétion Philippe Barbier et Jean-Claude Tourn présentaient sur le salon leur démonstrateur EyoCopter, qui préfigure à l’échelle ½ le futur appareil de série en cours de fabrication. L’appareil se distingue par son mode de propulsion, avec deux bras moteurs éjectant des gaz chauds pour l’entrainement du rotor. Dans les années cinquante, le SO 1221 Djinn avait connu un beau succès en utilisant un principe relativement similaire, avant de se faire piétiner par l’Alouette II et de tomber dans les oubliettes de l’histoire.

« A la différence du Djinn, nous utilisons deux bras moteurs distincts du rotor pour l’éjection des gaz » explique Philippe Barbier, directeur technique de la société. « Sur le Djinn, l’air comprimé circulait dans les pales et il était donc limité en température. Le rendement était pauvre. Avec notre appareil, 100% des gaz chaud du microréacteur, plus de 700°C en sortie de turbine, sont directement envoyés dans les bras moteurs. Une solution rendue possible par notre choix de séparer la transmission de puissance et la portance, offerte par un rotor classique ». Les bras moteurs sont en inox et pèsent chacun 800g sur le démonstrateur. Une utilisation de l’inconel ou du titane permettrait de gagner quelques centaines de grammes…

Le démonstrateur EyoCopter 200 utilise un réacteur JetCat P200 de 200N (20 kg) de poussée. Un moteur allemand déjà utilisé pour les gros modèles réduits ou même les engins cibles. Le modèle de série sera équipé d’un JetCat P400, deux fois plus puissants. Le point faible de l’entrainement du rotor par l’éjection de gaz est connu : le rendement est moins bon et la consommation plus élevée que sur un hélicoptère classique. Mais des avantages existent aussi : l’appareil est beaucoup plus simple car il ne requiert pas de boite de transmission principale (BTP) entre le moteur et le rotor, ce qui se traduit donc par une plus grande légèreté, une meilleure fiabilité et une économie de fabrication et d’entretien. Plus étonnant encore, l’ensemble moteur, rotor, système de pilotage forme un ensemble compact et solidaire qui peut s’installe facilement sur la cellule. « C’est du plug and play » résume Philippe Barbier.

Si l’EyoCopter 200 est encore équipé d’un rotor anti-couple alimenté par une batterie, l’appareil définitif en fera l’économie et son pilotage en lacet sera assuré par un moteur électrique agissant directement sur le rotor pour l’accélérer ou le freiner. « Nos essais ont montré que nous aurons assez d’autorité avec ce système que nous avons fait breveté » assure Philippe Barbier. Un autre brevet déposé pour le EyoCopter concerne la distribution des gaz éjectés par le réacteur vers les bras moteurs.

Le démonstrateur EyoCopter pèse 35 kg à vide. Il consomme environ 40 litres de carburant à l’heure et ses deux réservoirs de 30 litres lui donne une autonomie de 1h30. La garde au sol offerte par les patins surdimensionnés permet d’emporter facilement une charge volumineuse. L’élingage fait également partie des capacités recherchées. « On n’a pas encore fait d’élingage, mais ça nous démange… » glisse Philippe Barbier. L’EyoCopter a déjà dépassé les cent heures de vol, faisant la démonstration de pilotabilité, de ses performances et de ses qualités de vol. La masse maximale de 115 kg au décollage a déjà été atteinte : 35 kg à vide, 20 kg de carburant et une charge de 60 kg accrochée sous l’appareil.

Aucun doute pour les concepteurs, l’appareil est pleinement viable et pourrait même décoller à 150 kg. Mais ce n’est encore qu’un début puisque le EyoCopter 400 en cours de fabrication promet des performances en forte hausse. Avec le réacteur JetCat P400 développant 40 kg de poussée, l’appareil de 60kg à vide pourra emporter 300 kg de charge utile. Les premiers vols devraient intervenir l’année prochaine pour cet appareil remarquablement compact et puissant qui intéressera civils et militaires pour des missions de courte durée, d’environ 2h30 maximum. Au-delà, la formule de l’hélicoptère classique reprend clairement la main en rendement et performance. Mais en deçà, c’est à la naissance d’un remarquable tracteur aérien à décollage vertical à laquelle nous assistons !

Frédéric Lert

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

17 commentaires

  • a.moutet@free.fr

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Bonjour,
    a monsieur Jean Claude TOURN,
    je ne voudrais pas casser votre bel enthousiasme sur ce projet, mais que pourrais apporter votre mode de propulsion par rapport a un drone multi-pales électrique, encore moins d’entretient, aucune pollution et un niveau de bruit largement inférieur.
    Et pour la capacité d’emport le prototype Volocopter en développement en allemagne semble plus efficace . Pourquoi ne pas envisager de transformer votre modèle avec deux moteurs électriques entraînant deux jeux de pales contrarotatives, l’alimentation par batteries ou générateur procurerait une autonomie équivalente et serait plus dans l’air du temps, vers la disparition des carburants fossiles.

    Sincèrement,

    Alex.

    • syndrom

      L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
      Boonjour,

      Même remarque que Mr MOUTET !

      Bravo quand même pour votre engagement a essayer de développer un engin volant ;))

  • mefiance

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    si vous voulez des gaz chaud, je dirai même très chaud, il faut bien faire marcher le cubilo ! et comme chacun sait, ceux-ci sont en fonction de la consommation. CQFD

  • BLT

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Moi, ce qui m’épate, c’est la conso… 40 litres à l’heure!
    C’est presque autant qu’un Cabri.
    Bon, le kéro est un peu moins énergétique que la 100LL mais quand même.

  • Jean-Claude Tourn

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Jean-Claude Dusse
    Trés sensible et touché par votre enthousiasme et vos encouragements.
    Il ne s’agit pas d’air comprimé.
    Bonne rigolade.
    JCT

  • marmiton

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    rendement transmission mécanique, 95% dans le meilleur des cas, par exemple une boite de vitesses, mais pas dans le cas d’un 3×4….ce qui me laisse perplexe , c’est que l’on puisse atteindre un tel rendement compte tenu de la mécnique qui est en ouvre à chaque étage, perdre 5% par étage, c’est problabment le cas, je lance un appel à Bruno Guimbal qui pourra nous renseigner avec précisions, en toute connaissance et indépendance
    en renvoi d ‘angle ( BTP ) je doute que ce soit 5% à ce niveau.
    il reste aussi à définir le rendement des pales , soit entrainées mécaniquement, soit pas ejection en bout de pales.
    un beau cours de mécanique en vue.!

  • Jean-Claude Tourn

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Bonsoir
    Jean-Claude Dusse
    Selon Darwin les poules sont les descendantes des Dinosaures via l’Archeopterix, et elles ont des microdents. Pour votre info, elles auront bientôt des crocs.
    Philippe Boulay
    Vous avez raison, pour le Djinn comme pour e.Yo, la propulsion des rotors par reaction n’engendre pas de couple sur la cellule. Par contre il faut controler le lacet. Différents systèmes sont envisageables.

    • Jean-Claude Dusse

      L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
      Content d’apprendre que les poules ont des dents…. via une cascade d’interminables ancêtres.
      Mes notions de science de l’évolution animale ont certainement des failles, je ne mets pas en doute vos compétences à ce niveau.
      Par contre en ce qui concerne mes notions de mécanique, je peux affirmer qu’une transmission mécanique soignée dépasse un rendement de 0.95, soit 95% de l’énergie appliquée à l’entrée du système restituée en sortie.
      A qui voulez-vous faire croire qu’une transmission par air comprimé puisse rivaliser avec un tel rendement???
      Ah oui, vous mentionnez que les poules auront bientôt des crocs…et la marmotte, vous la placez où dans le business-plan?
      Bon, je l’avoue, ce genre de projets sont assez drôles car ils démontrent une certaine incompétence générale et une absence de faculté d’analyse du public qui se laisse facilement berner.
      Tant que vous y êtes, vous ne voulez pas vous pencher sur le moteur à énergie surnuméraire, ou pourrait continuer à bien rigoler?!
      Cordialement
      JCD

    • Jean-Claude Tourn

      L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
      Jean-Claude Dusse
      Je reviens vers vous car vous avez deux fois raison:
      Il est d’une part, stérile et improductif d’épiloguer sur le Dinosaures, Poules et autres Marmottes et je m’excuse de vous avoir suivi dans cette voie.
      D’autre part, le rendement d’une boite de transmission mécanique n’a jamais été mis en doute, et ce n’est pas notre propos.
      Notre Concept de grue volante, permet d’éliminer toutes les BTP, BTA ou BTI ainsi que la poutre de queue et le rotor anti couple.
      L’optimisation de la ligne de gaz chauds et le gain de masse d’un réacteur, tout en tenant compte de sa consommation , nous donne l’un des meilleurs ratios de charge utile et de rendement énergétique durant 3 heures de vol.
      Je suis heureux de savoir que vous trouviez notre projet drôle, et que vous continuiez a rigoler,mais est-il vraiment nécéssaire de s’ériger en juge et de parler d’incompétence générale, d’absence de faculté d’analyse d’un public berné et de distribuer généreusement vos bons conseils ?
      Respectueusement votre
      JCT

  • Christophe

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    En 2006 dans les locaux du CELAG au Versoud, un ingénieur m’avait présenté son projet de Djinn moderne. Il devait le faire certifier en Inde avant de diffuser en Europe, plus d’échos depuis 9 ans.

    Ce projet de drone ressemble à un serpent de mer, rien dans l’article sur le niveau des décibels…

    Christophe

  • Philippe Boulay

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Plus que la formule Djinn, dans laquelle l’éjection des gaz s’opère au saumon des pales sustentatrices, cet appareil fait penser au système Phillips de 1842, dans lequel l’éjection est indépendante des sustentateurs. Par contre, j’ai un peu de mal à comprendre la phrase à propos de l’absence d’anticouple sur l’EyoCopter 200 : quid, sachant que dans la propulsion des rotors par réaction on n’en a pas besoin puisqu’il n’y a pas de liaison mécanique rotor-fuselage ?

    • michel

      L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
      Le moteur est vertical donc le rotor tourne dans un sens et le corps solidaire de la cellule dans l’autre, d’ou couple à contrarier. N’aurait-il pas été judicieux de le placer horizontalement avec un prélévement et l’échappement en poussée additionnelle ? Je me souviens d’avoir assisté aux essais (entravés ! ) d’un hélico piloté par variation du centre de gravité (comme un ulm pendulaire): le pilote-concepteur était assis sur un chariot à roulettes au centre de 2 disques contra-rotatifs avec chacun 3 pâles… on imagine la stabilité… Il y croyait, au point d’avoir démissionné de son poste pour le développer. J’espère que les deux concepteurs de l’Eyocopter maîtrise mieux leur concept.

  • Grisez

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Beau travail ! mais n’y aura t il pas un pb d’alimentation du réacteur , entrée d’air vers le bas ? ( à vitesse élevée )…

  • rouletabille

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    on aimerait avoir ne numéro du brevet concernant le remplacement des pales par un bras tournant comme les pales pour l’ éjection des gaz chaud
    le fait que sur le djin l ‘éjection se faisait par les pales, le seul fait de séparer cette fonction peut-elle faire l’ objet d’un brevet, cela semble curieux.

  • spls

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    J’ai toujours trouvé le système de propulsion du Djinn génial de simplicité. Ces messieurs sont arrivés à en améliorer le rendement, bravo ! Notons que ce mode de propulsion s’appliquerait très bien à un hélicoptère hybride à grande vitesse où une partie des gaz chauds serait déviée pour fournir de la poussée dans l’axe de vol.

    • miranda

      L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
      a priori, notre ami décrit la solution de propulsion dans l’ axe de vol par réacteur
      pour cette solution il faut de la puissance et une grosse consommation, surtout à basse altitude,
      sans compter le prix de cette petite merveille…et bien sur, de son entretien à la hauteur du prix d’ achat et comme la montre et le reveil, plus c’est petit , plus c’est fragile et plus ça coute cher….sortez la calculette et le carnet de chèques qui va bien.

  • Jean-Claude Dusse

    L’EyoCopter, un drone qui rappelle le Djinn
    Le jour où l’efficacité d’une transmission par air sera supérieure à celle d’une transmission mécanique, il faudra faire attention, les poules auront des dents…

    Le Djinn fonctionnait, mais le Darwinisme s’en est occupé…et il est mort, comme les dinosaures.

    CQFD

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