Accueil » Aviation Générale » La cohabitation drone – avion léger testée en vraie grandeur

La cohabitation drone – avion léger testée en vraie grandeur

Claude Le Tallec est instructeur avion. Afin d’évaluer la détectabilité des drones à basse altitude par un pilote, il a organisé un exercice de panne campagne au-dessus d’un champ où opérait un drone. Retour d’expérience…

arton5486

arton5486

Existe-t-il des risques de conflits entre des petits drones et des avions légers ou des planeurs ? Telle est la question que se sont posés quelques pilotes d’aviation générale qui voient les vols de ces engins se développer de façon importante.

En 2012, la DGAC a publié un arrêté permettant le développement de l’utilisation d’aéronefs télépilotés, tel est le nom de ces drones qui doivent en permanence être sous le contrôle d’un télépilote, dans quatre scénarios bien définis, tous à une hauteur sol inférieure ou égale à 150 m.

En parallèle à ces vols de drones, l’aviation générale continue ses opérations, principalement à une hauteur sol supérieure à 150 m hors aérodrome. Cependant, des aéronefs peuvent être amenés à voler à une hauteur sol inférieure à 150 m hors aérodrome dans certains cas comme l’atterrissage en campagne pour les planeurs, les exercices de panne moteur pour les avions ou le travail aérien pour les avions et les hélicoptères.

Afin de se faire un bonne idée de ce que pourrait être un conflit entre un drone et un avion évoluant tous deux conformément à la réglementation en vigueur, un exercice de panne moteur a été exécuté par un avion au dessus d’un champ sur lequel évoluait un aéronef télépiloté.

La sécurité de l’exercice étant bien sûr un enjeu majeur, l’avion et le drone ont été tous deux équipés d’un Flarm et une station sol de réception du Flarm [A partir de données GPS et d’un émetteur-récepteur radio, le [FLARM localise les autres avions, planeurs ou drones équipés de Flarm volant à proximité, et donne au pilote une conscience de la situation lui permettant d’éviter les collisions en vol ou à l’atterrissage. Ce système a été rendu obligatoire en France pour les planeurs par une décision de la FFVV (Fédération Française de Vol à Voile) de mars 2013.[/note] a été positionnée près du télépilote du drone. En outre, le télépilote du drone avait pour instruction de ne pas réagir au conflit pour laisser à l’avion l’initiative de l’évitement.

L’exercice a montré que les pilotes de l’avion ne voient pas le drone au moment de débuter leur exercice à environ 1100 ft sol. Les diodes vertes de leur Flarm indiquent par contre qu’un engin « Flarmé » évolue sous l’avion. Le télépilote du drone voit un avion passer sans s’en préoccuper, ils sont en effet nombreux à voler à cet endroit.

En vent arrière convergente vers le champ choisi, la charge de travail importante du pilote de l’avion pourrait ne pas lui permettre de voir le drone, très peu visible sur fond de terre et évoluant sans mouvement d’attitude significatif. Les diodes vertes du Flarm donnent toujours une indication fiable de la direction dans laquelle se trouve le drone. Le télépilote du drone n’a alors pas le sentiment que l’avion qui longe le champ va faire un demi tour pour se poser là où il travaille.

En finale, le pilote perçoit bien le drone sur fond de ciel, une fois que son altitude est inférieure à celle du drone. Les diodes rouges du Flarm indiquent alors un risque de conflit. Le télépilote du drone constate le risque de conflit avec une difficulté d’appréhension des altitudes et distances relatives entre drone et avion.
2. C'est avec ce Robin DR221 que Claude Le Tallec a réalisé son exercice1. C'est un drone eBee de SenseFly opéré par Airinov qui a été utilisé pour l'essai

Quelles leçons peut-on tirer de cet exercice ?

La première est que le principe fondamental du voir et éviter, qui fonctionne plus ou moins bien depuis un siècle, est rendu dissymétrique dans un conflit petit drone – avion habité. Le drone est trop petit pour être perçu à temps par le pilote de l’avion, ce serait donc principalement au pilote du drone d’éviter les avions habités. Dans notre exercice, le télépilote du drone aurait pu poser son drone dès qu’il a perçu qu’il y avait un risque.
La deuxième est qu’il vaut mieux agir le plus tôt possible pour passer à distance les uns des autres, une manœuvre d’anti-collision tardive est en effet compliquée à réaliser du fait de la difficulté de percevoir les distances relatives.

La troisième leçon est qu’un dispositif coopératif tel que le Flarm permet le maintien d’une conscience de situation bien utile dans ces circonstances, à la fois pour le télépilote du drone et pour le pilote de l’avion. Il peut être utilisé comme système d’assistance sans modifier les règles existantes

Enfin, une note d’optimisme, la situation provoquée dans l’exercice reste encore très improbable – tant que le marché des drones ne se développe pas trop !

Claude Le Tallec

La vidéo de l’exercice

Les quatre quadrants de la vidéo montrent les trajectoires respectives de l’avion (descente jusqu’à 170 ft et remise de gaz) et du drone (trajectoire circulaire à 140 m sol) en vue de dessus et en vue latérale, une vue du cockpit et une vue des indications du Flarm.

A propos de martin

Martin R. est le développeur et webmaster d’Aerobuzz depuis sa création en 2009. Développeur de formation, il a fait ses classes chez France Telecom. Il lui arrive d’oublier ses codes le temps de rédiger un article sur un nouveau produit multimedia ou sur un jeu.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

33 commentaires

    • Bastien Otelli

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Protection anti-spam *

Sur Facebook

Sur Twitter