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Polar Kid : Loïc Blaise en toute humilité

Il a réussi son tour du cercle arctique en ULM. Une première. Loïc Blaise l’a fait pour tous les malades de sclérose en plaque comme lui. Il l’a fait aussi pour attirer l’attention sur les conséquences inéluctables du réchauffement climatique. Par solidarité.

21.08.2018

Défiant la maladie, Loïc Blaise a traversé 4 continents, 3 océans et 7 mers pour se battre contre le renoncement, adresser un message d'espoir aux malades et combattre cette «sclérose en plaques planétaire» qui nous concerne tous : le réchauffement climatique. © Life Odyssey

« La meilleure façon de parler de la sclérose en plaque, c’est de montrer ce qui se passe en Arctique », affirme Loïc Blaise que nous avons rencontré à Lyon, deux jours après son retour de Russie. Il était épuisé, mais il rayonnait. Son aventure autour du cercle Arctique s’est révélée plus complexe qu’il ne l’avait imaginée. Il se donne quelques jours pour souffler.

« Des glaciers tristes comme la mer de Glace »

Juste quelques jours, parce que mieux que quiconque, il sait que le temps lui est compté, comme il l’est pour la planète. « L’Arctique est splendide. J’y ai vu des couleurs dont j’ignorai qu’elles existent. Mais l’Arctique est dans un état pitoyable. Les écosystèmes s’effondrent les uns après les autres. Tous les gens que nous avons rencontrés disent que la dégradation s’est accélérée au cours des cinq dernières années. On ne peut plus attendre : les glaciers sont tristes comme la Mer de glace ».

Cette expédition polaire, Loïc l’a imaginée en novembre 2014, deux ans après que sa sclérose en plaque ait été diagnostiquée et que dans la foulée, il ait perdu sa licence de pilote professionnel. « Toute atteinte neurologique est rédhibitoire ». Fini le T-6 et le Catalina, ses avions de prédilection. Après un passage à vide, il décide de revoler, parce que le pilotage c’est sa vie, mais surtout pour « reconstruire une certaine confiance en soi ».

« J’applique à ma vie ce que j’ai appris en avion ».

La solution c’est évidemment l’ULM, même si le mal dont il souffre est difficilement compatible avec le pilotage. « Cette maladie atteint toutes les sphères en même temps : cognitif, motricité, sensoriel, équilibre… Elle touche aussi l’émotionnel parce qu’on est fatigué en permanence. La sclérose en plaque, c’est à la fois un feu moteur et une fuite hydraulique, avec des fois, un problème sur le circuit carburant », résume Loïc. « J’applique à ma vie ce que j’ai appris en avion ».

Il a développé une méthode personnelle pour composer avec sa maladie. « Tous les jours, je marque dans mon carnet mon état cognitif et mon état physique ». Une manière de formaliser le plus possible qui lui a valu une distinction et qu’il partage désormais avec d’autres malades. « Cette façon de faire remet le malade en pilote de sa maladie ».

Loïc s’implique. A travers les échanges qu’il a avec les autres malades, il s’est rendu compte que son métier de pilote lui octroyait un statut à part. « En tant que pilote, on véhicule un moteur puissant qui est celui du rêve et du désir. On est sensé être des gens rationnels. On peut dès lors porter un message ». C’est en allant au bout de cette logique qu’il a décollé, le 3 juillet 2018, de Samara, en Russie, aux commandes d’un ULM amphibie Borey « Polar Kid » (moteur Rotax 912 de 100cv) construit par le russe AeroVolga.

L’ULM Borey « Polar Kid » construit en Russie par AeroVolga. © Life Odyssey

Le tour du cercle arctique en 45 jours

Initialement, il avait prévu qu’il lui faudrait 80 jours pour parcourir les 23.500 km, autour du cercle polaire arctique, à travers 9 pays. Au final, il n’aura mis que 45 jours et fait 37 escales. L’idée de départ était d’être accompagné par le cosmonaute russe Valery Tokarev et plusieurs personnalités médiatiques françaises du monde de l’espace et de l’aéronautique auraient du se succéder à ses côtés dans le cockpit de son ULM. Le report de la tentative d’un an a fait que Loïc a finalement fait équipe avec deux cosmonautes, Valéry Tokarev et Oleg Atkov. AeroVolga a pris en main l’organisation.

L’ULM « Polar Kid » s’est bien comporté. « J’ai choisi le Borey parce qu’avec son train classique, c’est un réal à piloter. On ne se pose pas trop de question quand on attaque une piste en gravier. En croisière, il volait à 75 kts. » Le plus long survol maritime, entre Kulusuk, au Groenland, et l’Islande. Il a duré 5 heures. Le vol le plus fort émotionnellement parlant a été la traversée du détroit de Béring, entre la Russie et l’Alaska.

A l’est du Groenland. La plus longue traversée océanique. 5 heures de vol entre Kulusuk et Bildudalur en Islande. © Life Odyssey

« Quand ça n’allait pas je le disais ».

Cette étape a tenu ses promesses. « Nous sommes restés bloqués une semaine, à cause du brouillard, avant de pouvoir entreprendre la traversée ». A ce moment là, la maladie a fait une poussée et l’attente a été un calvaire pour Loïc. « J’avais une obligation de résultat énorme. Les gens qui me suivaient sur les réseaux sociaux étaient des malades. »

La pression morale était forte. « Si je fais demi tour quand ça merde, ça ne va pas ». Il était porteur de l’espoir de dizaine de personnes qui comme lui vivent avec une sclérose en plaque. « J’ai voulu que ce tour du cercle arctique soit une victoire honnête. Quand ça n’allait pas je le disais ».

Dans les semaines et les mois qui viennent, Loïc Blaise a prévu d’aller à la rencontre de malades, de scolaires et plus généralement du public, pour parler de maladie, la sienne et celle de notre planète. Nous sommes tous concernés.

Gil Roy

 

Pour Loïc Blaise, la sclérose en plaques est une « gestion de panne permanente ».

 

Loïc Blaise veut relever un double défi contre la fatalité et l’inertie. Il se refuse à voir notre monde se laisser gagner par la paralysie. A ses yeux, chaque fois qu’un peuple ou un écosystème disparaît, c’est l’humanité entière qui s’enfonce dans l’infirmité. Pour lui, le réchauffement climatique n’est ni plus ni moins qu’une sclérose en plaques planétaire.

 

Comment avez-vous pu gérer votre maladie au cours de ces 45 jours de vol qui ont du être éprouvants ?

J’avais fait une préparation physique avant le départ qui m’a permis de partir avec une assez bonne forme, mais au fur et à mesure de l’expédition, mes forces diminuaient. Actuellement c’est l’excitation de la réussite qui me permet de tenir. Mais je suis surtout heureux de m’être appliqué la « méthode de pilotage de soi » que j’avais préconisée ; c’est le premier succès de cette expédition.

Quels ont été les moments les plus marquants de ce long raid ?

Le passage du détroit de Béring fut pour moi le plus marquant ; la météo était pourrie, il fallait voler bas au dessus d’une mer agitée recouverte de morceaux de glace, et je sentais que je reliais deux univers si différents : la Russie et les Etats Unis. Mais en même temps je sentais que mon moteur était si peu puissant, culminant à une vitesse de 75 kts. C’était ma première grande victoire et je fus alors persuadé que nous réussirions le vol circum polaire. Auparavant, en survolant la Russie, après avoir depuis Samara gagné le cercle polaire, et traversé la Yakoutie, en accomplissant 15 escales en Russie, j’avais été touché par l’accueil simple et fraternel des peuplades autochtones, qui souvent n’avaient jamais vu de petit monomoteur.

Pratiquement comment se sont passés les vols ?

Comme les russes finançaient la plus grosse partie des dépenses, ils ont exigé que mes copilotes soient russes ; mais, excusez du peu, ce furent deux cosmonautes : Valery Tokarev et Oleg Atkov. La société AeroVolga nous a fourni un hydravion bimoteur d’accompagnement.

Quant à la météo, le vent a pratiquement été toujours de dos, ce qui nous a permis de boucler ce tour du monde en suivant le cercle polaire en environ 150 heures de vol en 45 jours. Pour les escales nous choisissions chaque fois que possible un terrain proche d’un lac pour avoir deux options d’atterrissage. De fait nous n’avons amerri qu’une fois en Russie sur la rivière Kama. L’appareil Polar Kid, hydravion ultra-léger de 9,70 mètres d’envergure, ne nous a causé aucun souci

Comment avez-vous ressenti les effets du réchauffement climatique ?

D’abord par la chaleur ambiante ; j’avais emporté des vêtements polaires et j’ai souvent eu trop chaud ; nous avons eu parfois 40°C au Nord de l’Océan Arctique. La Zone arctique se vide de glace. Au Groenland, les chiens ne sortent plus de l’année car on ne peut accrocher les traineaux car la glace fond partout. En 6 ans, la zone de gel permanente s’est déplacée vers le Nord de 200 km. Les maisons s’écroulent parce que le sol s’est ramolli. La Russie rêve de développer un tourisme arctique, mais celui-ci va perturber les populations locales et accélérer le réchauffement. Comme en Alaska, l’exploitation pétrolière a provoqué des avantages à court terme, mais qui se révèlent destructeurs à moyen terme.

Vous êtes revenus en France voici deux jours ; comment envisagez-vous l’avenir ?

J’ai l’intention de produire deux livres, un pour raconter l’expédition et un autre de photos pour montrer la beauté et la fragilité des régions arctiques. De plus je veux témoigner de ce que j’ai vu dans les écoles ; je vais commencer prochainement à Dijon. Par ailleurs je souhaite continuer à travailler avec le monde de la médecine.

Propos recueillis par Jean Ponsignon

 

Les 45 escales du tour du cercle Arctique de Polar Kid

Samara, Krasnyi Yar (Russie)
Perm, (Russie)
Tyumen, Troitskaya Sloboda (Russie)
Surgut, région autonome des Khanty Mansi (Russie)
Novy Ourengoy, district autonome de Yamalo-Nenets (Russie)
Norilsk, le territoire de Krasnoïarsk (Russie)
Khatanga, territoire de Krasnoïarsk (Russie)
Saskylakh, République de Sakha-Yakoutie (Russie)
Tiksi, République de Sakha-Yakoutie (Russie)
Nizhniejensk, République de Sakha-Yakoutie (Russie)
Chokurdah, République de Sakha-Yakoutie (Russie)
Chersky, République de Sakha-Yakoutie (Russie)
Pevek, district autonome de Chukotka (Russie)
Cap Schmidt, district autonome de Chukotka (Russie)
Baie de Providence, district autonome de Chukotka (Russie)
Pays de Galles, Alaska (États-Unis)
Tin City lrs, Alaska (USA)
Shishmaster, Alaska (États-Unis)
Ralph Wien Memorial, Alaska (États-Unis)
Deadhorse, Alaska (États-Unis)
Ile de troc, Alaska (États-Unis)
Inuvik (Canada)
Paulatuk (Canada)
Kugluktuk (Canada)
Cambridge (Canada)
Gjoa Haven (Canada)
Taloyoak (Canada)
Igloolik (Canada)
Rivière Glade (Canada)
Qikiqtarjuaq (Canada)
Sisiniut Groenland
Kulusuk, groenlandais (Danmark)
Bildudalur, Islande
Vagar, îles Foroyar (Danmark)
Scatsta (Grande-Bretagne)
Aéroport de Bergen (Norvège)
Oslo D’Oslo (Norvège)
Borlange (Sweegen)
Turku (Finlande)
Malmin-Helsinki (Finlande)
Saint-Pétersbourg (Russie)
Iaroslavl (Russie)
Nijni Novgorod (Russie)
Tcheboksary (Russie)
Samara (Russie)

Sites web de Loïc Blaise

A propos de Jean Ponsignon

chez Aerobuzz.fr
En parallèle d’une carrière de 29 ans dans le conseil en organisation et management et de 6 ans dans l'humanitaire, Jean Ponsignon a signé une centaine d’articles sur deux sujets principaux, l’aéronautique et l’humanitaire, pour Aviation & Pilote, Aventure, Bourgogne Magazine, La Croix… Il a rejoint Aerobuzz, début 2013. Jean Ponsignon traite l’actualité culturelle.

4 commentaires

  • Chaberge Marylin

    Je vous félicite Monsieur
    Je sais que la vie que nous partageons avec la Sclérose est un combat de tous les jours
    Votre courage et votre force pour ce voyage vous honorent
    Prenez soin de vous

  • Axel Bergman

    Félicitations pour cette belle aventure humaine Loic ! Je suis admiratif de votre courage et votre optimisme. Je vous ai rencontré en juin dernier pour le rassemblement hydravions à Biscarosse, lors de votre conférence.
    Vous parliez de ce grand projet Polar Kids et maintenant vous avez réalisé votre boucle à bord de cet Ulm avec vos compagnons cosmonautes .
    Encore une fois Bravo Loic, et mes sincères Salutations.

  • yves germain

    Chapeau bas M. Loïc pour cet exploit, qualificatif largement mérité pour ce que vous avez réussi, tant sur le plan aéronautique que personnel en surmontant tant de difficultés.
    Quel courage il vous a fallu.
    Bravo à vous et à votre sympathique équipe aussi.

  • Girard

    Très belle leçon pour ceux, qui comme moi, baissent les bras un peu vite. Bravo !

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