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Quand des étudiants développent un tracteur pour avion léger

Plus silencieuse mais pas moins active, l'aviation légère innove et nous le prouve chaque jour avec de nombreuses initiatives ici et là. Grâce à 4 étudiants de l'école d'ingénieurs EIGSI (Ecole d’Ingénieurs en Génie des Systèmes Industriels)  de La Rochelle et leur projet "Tract'Oplane", le temps où l'on tirait son avion manuellement à l'aéroclub ne semble devenir plus qu'un lointain souvenir.

7.08.2019

Le TractO'plane en pleine action à LF8523. Cet appareil participe au fondement de l'aéroclub du futur. © Romain Humeau

Le cas n’est pas inédit à la vue du marché des remorqueurs d’avions légers mais demeure assez rare pour qu’il mérite d’être souligné. L’aventure humaine autour de ce projet le mérite aussi.

Romain Humeau, Bastien Faucher, Antoine Saint-Germes et Marc-Olivier Machinet développent actuellement ce qui peut être considéré comme le remorqueur d’avion, similaire à ceux que l’on trouve sur tous les aéroports du monde entier, mais adapté à l’aviation de club.

En 2019, le prototype a été amélioré avec la réalisation d’un produit fini qui a été exposé pour la première fois les 8 et 9 juin derniers lors du meeting « Le Temps des Hélices » à La Ferté-Alais. © Romain Humeau

Le Tract’Oplane : Une machine performante et opérationnelle…

Il s’agit d’une machine que l’on pourrait qualifier d’un genre nouveau que viennent de développer les 4 étudiants. Le constat d’abord de tracteurs de remorquages peu adaptés à l’utilisation pour laquelle ils ont finalement été fait comme le souligne Romain, l’initiateur du Tract’Oplane : « Sur le marché des remorqueurs d’avions légers, on ne trouve pratiquement que des articles ou projets proposant, tout au plus, une assistance dans le remorquage de l’avion. Une force physique doit toujours ainsi être appliquée par le pilote. D’autres, effectivement, annulent les efforts et viennent se positionner sous la roulette de nez pour tracter. Les deuxièmes sont souvent très chers et donc peu accessibles pour les clubs ! Le notre, c’est un combi entre les deux et financièrement très abordable » En effet, le Tract’Oplane s’attache sur le train avant de l’avion et, grâce à une radiocommande, se contrôle à distance.

https://drive.google.com/file/d/16KaFeqEuHsrQ28rfbFPrHf3mUSqictaE/view

Ce petit tracteur est équipé de 2 roues motrices à l’arrière et de 2 roues folles à l’avant qui, grâce au différentiel de vitesse créé, permettent de diriger l’appareil. L’engin trouve sa force de traction dans les 2 moteurs électriques latéraux qui équipent le tracteur et qui ne sont autres que des moteurs de fauteuils roulants. Ce premier prototype pensé, dessiné, et créé par ces étudiants peut tirer des avions jusqu’une tonne et demie, ce qui en fait un appareil parfaitement adapté au gabari des différents avions et ULM que l’on trouve en aéroclubs. Les tests ayant été pratiqués sur Diamond DA40.

…développée par des étudiants

C’est bel et bien un aspect important de ce projet : l’aventure humaine qui se dissimule derrière la technique laisse pensive. Il a entièrement été développé par des étudiants de l’EIGSI, une école généraliste en matière d’ingénierie basée à la Rochelle.

Romain Humeau (Brevet de Base à Royan / 30h de vol) et Bastien Faucher (Pilote Privé à Luçon Chasnais / 100h de vol) sont tous les deux pilotes en aéroclub et avaient pu faire un constat : celui de la difficulté que peuvent rencontrer certains pilotes, notamment les plus agés, dans le tractage de leur aéronef. Ainsi, à la fin de leur première année de cycle d’ingénieur (3ième année), au moment ou il a fallu choisir de développer un projet pour la validation de l’année 2017/2018, il a été plutôt évident pour eux de choisir de créer un appareil pour palier à ce problème. Rejoints un peu plus tard par Antoine Germes et Marc Olivier Machinet, le développement a pu commencer.

A l’heure actuelle, une production sur commande et de manière artisanale est envisagée. L’équipe prévoit un prix finale de 1999euros ce qui placerait le Tract’Oplane, selon eux, à une marge de 1000euros inférieure par rapport aux prix pratiqués par la concurrence. © Romain Humeau

« Pas simple, l’école nous a aidé de 200 euros pour le développement et il a fallu se tourner vers d’autres soutiens. » témoigne Bastien. Et l’autre soutien de taille fut l’aéro-club des Voureuils à Luçon-Chasnay et qui a accepté de les aider dans l’élaboration du projet. En échange, le deal était de pouvoir disposer de l’engin pour une utilisation courante à l’issue du développement. Une manière aussi pour eux de tester en grandeur nature le tracteur. Au final, le pari est gagnant et l’équipe de bébé-ingénieurs parvient à terminer le travail en 10 mois pour une enveloppe finale de 1500euros. Pour entrer dans ces frais très faibles, les ingénieurs en herbes ont dû notamment avoir recourt à de la récupération, notamment pour les moteurs coutant 490euros chacun dans le commerce.

Actuellement en 4ième année d’ingénieur (2018/2019), ces étudiants ont décidé d’agrandir l’équipe à 10 personnes de dominantes différentes et finissent le développement d’une version bis du TractO’plane, en fonction du Retour d’Expérience reçu de la première version. Equipé cette fois de 4 roues motrices, d’un accès de recharge facile, d’un indicateur de refroidissement et de charge, cette version plus mature se veut le petit frère du prototype utilisé quotidiennement à l’aéroclub de Luçon. Il pourra également tracté des aéronefs d’un tonnage plus important tels que les bimoteurs légers (ex : DA42)  Mais les ambitions de la petite équipe ne s’arrêtent pas là. Pour leur cinquième année (2019/2020), les élèves ont pour projet la création d’une startup afin de certifier et commercialiser le TractO à grande échelle, sous réserve qu’un marché favorable s’ouvre à eux.

https://drive.google.com/file/d/16KaFeqEuHsrQ28rfbFPrHf3mUSqictaE/view

… pour une aviation de club facilité.

La finalité est bien celle ci. « A l’aéroclub de Luçon, il y a un légère pente et une butte à l’entrée du hangar. Le TractO’plane nous est très utile pour les passer, notamment pour les plus anciens du club. Un DA40 pèse toujours son poids avec le plein !  » témoigne Jean-Paul Bichon, le trésorier du club et utilisateur du TractO’plane. « On est heureux de voir que notre projet répond à un réel besoin » rajoute Romain.

Ce projet est d’autant plus intéressant que aucune réglementation auprès de la DGAC n’encadre actuellement l’utilisation de ce genre d’appareil sur les tarmacs et taxiways. Un club peut ainsi acquérir une telle machine et l’utiliser sans entraves aux régles établies. La DGAC impose uniquement qu’un mode d’emploi de l’appareil soit mis à la disposition des usagers. Alors, à bon entendeur, le TractO’plane ou autres remorqueurs trouveront toujours une place dans le hangar de votre aéroclub.

Jean-François Bourgain

Informations supplémentaires :

Si le projet vous intéresse, l’équipe du TractO’plane est prête à vous répondre par mail :  romain.humeau.pro@gmail.com

Lien vers une vidéo de présentation du tracteur : https://drive.google.com/file/d/16KaFeqEuHsrQ28rfbFPrHf3mUSqictaE/view

A propos de Jean-François Bourgain

chez Aerobuzz.fr
Détenteur du Brevet d'Initiation Aéronautique (BIA) et Pilote Privé avion, c'est par passion du vol que Jean-François Bourgain est devenu Journaliste aéronautique. Il collabore régulièrement, entre autres, à AéroBuzz.fr depuis 2016. Site Internet : https://jeanfrancoisbourgain.fr/

14 commentaires

  • CB

    Je trouve absolument réjouissant que des étudiants fassent un projet appliqué et je leur souhaite de rencontrer du succès dans leur aventure. Pour avoir été en école d’ingénieur il y a peu, et pas une des pires, je regrette ne que peu d’écoles aient ce genre de démarches, les projets sont trop souvent des simulacres d’avant-projet et ne donnent pas la vision d’un projet complet notamment pour les phases de réalisation, commercialisation, …

  • Hugues CHOMEAUX
    Hugues Chomeaux

    J’avais envoyé quelques questions aux concepteurs, restées sans réponse.
    J’en ai plusieurs en lisant la réponse de M. Humeau.
    Il en subsiste une : quel est l’intérêt d’un système radio-commandé, ne serait-il pas plus simple et moins onéreux d’avoir un système ‘mano-commandé’ si je peux utiliser ce néologisme.

    • JEAN GUILLON

      L’intérêt tombe sous le sens, lorsqu’on se retrouve seul pour sortir les avions qui sont devant le votre. Il n’est pas évident lorsqu’on est près de l’hélice de voir si le bout d’aile va passer sans heurter tel ou tel obstacle. Par contre la télécommande doit être particulièrement bien faite pour pouvoir agir avec douceur et précision. Le surcoût d’une télécommande est parfaitement raisonnable pour un tel projet.
      Pour moi autant cet appareil est utile autant il n’y avait pas matière à « ameuter » les médias pour le présenter, mais cela c’est le phénomène réseaux sociaux en particulier et télévision parfois on veut que la planète entière puisse faire l’éloge des égos. Rien de pire de nos jours que de vivre dans l’anonymat.

      • John

        Les « petits avions privés » sont dans un marché très différent du commercial.
        Les concepteurs utilisent les médias pour faire connaître leur produit et espérer des commandes !

  • Jean-François Bourgain

    Bonsoir à tous, J’ai demandé à Romain Humeau que je cite dans l’article de répondre à vos nombreuses interrogations au sujet du Tract’Oplane. Voici sa réponse :

    « Le remorqueur tire sans soucis les trains classiques (seulement la barre d’attelage change)

    On peut aussi pousser avec le remorqueur pour rentrer les avions dans le hangar car la barre rigide le permet.

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le remorqueur se débrouille très bien dans l’herbe sèche et même humide.
    Il n’a pas été testé sur de la boue car ce n’est pas son utilisation première et car la fréquence de ce genre de cas de figure n’était pas assez significative pour être considérée dans notre développement (nous avons eu à peine 1 an…)

    Le garde au sol (qui a été pris en compte lors du développement) est suffisamment important pour passer les seuils des hangars et les irrégularités de terrain.

    Le remorqueur est lesté ce qui permet d’écarter tous les potentiels « problèmes » d’adhérence qui ont pu être cités.

    La comparaison avec le modèle de chez AC n’a pas de sens : la gamme de prix n’est pas du tout la même. Avec des moteurs de récupération, notre remorqueur passe de 1999€ à 1199€ ! On est loin des 2750$ sans frais de port.
    (D’autant plus que nous le vendons au prix coutant !)

    Enfin, et sûrement le plus important :

    Nous ne sommes pas des réinventeurs de l’eau tiède ou du fil à couper le beurre. Notre projet n’a jamais eu pour objectif d’être révolutionnaire et pardonnez-nous si vous l’aviez compris ainsi.

    L’unique objectif était de répondre à une problématique de plus en plus présente et cela de la manière la plus simple possible dans un laps de temps très court.
    Dans tous les cas, de ce que je lis, il est visiblement préférable de ne rien faire plutôt que de tenter d’aider son prochain à sa manière. À bon entendeur.
    Merci à tous les autres pour vos soutiens par mail ! « 

  • Pfouou!!!! Que de commentaires encourageants !! A croire que certains ont financé le projet et n’en ont pas pour leur argent, à moins qu’ils n’aient laissé l’enthousiasme de leur jeunesse au fond du hangar auquel cas évidemment le TractO ne pourra rien.

  • Carbet

    Bonjour à tous
    Ceci serait une bonne étude de mise en situation d’une équipe du niveau BTS autour d’un projet.
    Un peu léger pour des (futurs) ingénieurs , on est au niveau du Géo Trouvetout du coin , assemblant son « invention » dans son garage ! Tous les composants étant disponibles sur étagère.

    C’est en effet un gadget absolument indispensable quand on a installé le hangar en haut de la colline qui surplombe la piste . J’exagère ….. Rire
    Au vu des petites roues du bidule , travaux complémentaires à prévoir : bétonner ou bitumer le parking en herbe pour éviter que l’engin patine ou s’embourbe par temps pluvieux …….
    La version sur chenilles de la concurrence semble bien mieux pensée !

    C’est curieux cette propension de l’homme pour inventer des choses inutiles pour faire ce qu’il peut faire lui même , même à 70 ans .
    Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué .
    Après on nous parle d’écologie et d’empreinte carbone ……..
    Salutations

  • aerobeach

    « Tract’Oplane », le temps où l’on tiré son avion manuellement à l’aéroclub ne semble devenir plus qu’un lointain souvenir
    La conjugaison aussi !!!! « où l’on « tirait son avion… »
    A part le projet pédagogique, cela fait un peu invention du fil à couper le beurre !

  • del piccolo

    Cet outil est-il utilisable dans l’herbe?

    • Kohl

      Ce n’est pas un engin conçu pour les bouseux..! :-))
      Plus sérieusement, sur l’herbe sèche (c’est le cas en ce moment !!) bien tondue et à plat, la réponse est : AFFIRMATIF mon lieutenant !

  • Martial DAUPHIN

    Effectivement c’est un prototype d’étude qui ne fait pas le poids façe à l’ AC TrackTech T1V2 qui avec un tarif d’environ 3500 S et la capacité de remorquer de l’aviation d’affaire sur un terrain difficile me semble compétitif et efficace. Mais saluons le travail de cette équipe dynamique, qui trouvera sa voie. Bravo à tous.

  • Colibri

    « Tract’Oplane », le temps où l’on tiré (tirait…) son avion manuellement
    Cette grosse faute ne gène pas nos ré-inventeurs de l’eau tiède…

  • Cyril Lambiel

    Très bon travail scolaire de coordination et collaboration technique.
    Sans vouloir paraître méchant, je ne vois qu’un intérêt très limité à ce projet au niveau technique…
    Des seuils de portes, des inégalités de terrain auront à priori raison des roues, limite d’adhérence des roues en fonction de la charge à tracter.
    Sans parler de l’aspect purement esthétique de l’engin, bon c’est un proto, d’accord.

    Des solutions de tugs électriques il y en a pléthore, dont le plus remarquable de par sa versatilité est le suivant: http://acairtechnology.com/
    Aucune nécessité de tow-bar, aucune problématique de compatibilité, utilisable pour les trains classiques comme tricycles, sur terrains plats comme herbeux, etc…
    Le tout pour un prix très raisonnable somme toute…

  • stanloc

    Question du « Candide » de service : et pour les avions à train classique avec une roulette de queue ? et peut-on repousser en marche arrière l’avion pour le rentrer dans le hangar ? Si non, ces deux points seront-ils au programme de développements futures ?

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