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L’aventure d’UTA

UTA qui a été absorbée par Air France en 1990 fut une compagnie française à part. Claude Bossu qui en a été l’un des cadres dirigeants raconte cette « compagnie extraordinaire ».

26.12.2019

Un Cessna C152 de l'aéro-club UTA à bord d'un Boeing 747 Cargo d'UTA. © JPO

On ne peut parler de cet ouvrage sans prendre deux précautions. Ou plus exactement, sans apporter deux précisions préalables. La première, c’est que Claude Bossu, cadre supérieur à UTA puis directeur d’UTA Industries, ne cache pas sa « haine » d’Air France : « gens d’Air France, je vous déteste vraiment ! » (page 220). Le lecteur décidera s’il faut comprendre ce cri du cœur au premier ou au second degré…

La deuxième précision, c’est que l’ouvrage s’arrête au moment du départ de l’auteur de la compagnie, en 1988. Sauf que juste quelques mois plus tard, un DC-10 d’UTA explose au-dessus du Sahara et que cet acte odieux va traumatiser l’ensemble du secteur aérien en général, et la compagnie UTA en particulier. Voilà pour le préambule.

Maintenant, il faut bien admettre que le livre de Claude Bossu est une véritable mine d’or. L’histoire qui se lit presque comme un roman avec l’utilisation de la première personne du singulier et le recours à d’innombrables anecdotes qui rappelleront tellement de souvenirs aux « anciens » (dont je fais partie) débute dès les années quarante. C’est donc presqu’un demi-siècle de notre histoire de l’aviation qui est reprise dans ces pages malheureusement pas assez illustrées (et en noir et blanc). Mais qu’importe.

On assiste à la naissance du groupe UTA, à la fois transporteur et industriel, à travers ses expériences aux quatre coins du monde. Car UTA est une compagnie long-courrier, et, chose peut-être moins connue à l’époque, UTA assure la maintenance technique de l’essentiel de la flotte française aérienne de transport militaire, notamment dans le Pacifique (Polynésie et Nouvelle-Calédonie).

Sont évoquées aussi ici les grandes heures des compagnies telles que la TAI (Transports Aériens Intercontinentaux) ou l’UAT (Union Aéromaritime des Transports qui fusionneront pour former UTA) ou telle qu’Air Afrique qui, avec UTA, va participer au désenclavement de l’Afrique. Pas un espace publicitaire (c’est-à-dire pas un seul mur, palissade, etc. qui ne soit pas recouvert d’un slogan vantant les tarifs, les classes ou les services d’Air Afrique ou d’UTA).

L’aventure d’UTA, histoire d’une compagnie extraordinaire. De Claude Bossu – Editions JPO. 231 pages – 24,35 euros. ISSN : 9-782373-011135

 

Il est aussi beaucoup question dans ce livre des débuts du KSSU (Alliance industrielle de KLM, SAS, Swissair et UTA) pour la maintenance des avions et en particulier des premiers DC-10. Évidemment, ceux qui connaissaient bien UTA regretteront que certains moments forts de la compagnie ne soient pas mentionnés, ou trop rapidement. Je parle par exemple de cette transformation dans les hangars d’UTA Industries d’un 747-200 en version -300 sur laquelle la compagnie s’était bien gardée de communiquer, sans doute pour ne pas « affoler » les passagers. Et puis, les personnalités si fortes des René Lapautre et autres Hubert Andrade, ne sont ici, me semble-t-il, pas assez exploitées. Reste que c’est un travail de mémoire passionnant auquel s’est livré Claude Bossu, en toute humilité, et que le livre doit être inscrit dans les meilleurs bibliothèques historiques du transport aérien national.

Parallèlement, comme si deux histoires s’étaient juxtaposées, Claude Bossu distille dans son livre le fabuleux destin de l’Aéroclub d’UTA. Il faut dire qu’il a tellement présidé cet aéroclub qu’il le connait mieux que quiconque. Et là encore, l’épopée de ce petit club installé au début sur le terrain de Mitry-Mory, puis après l’ouverture de Roissy-CDG, sur celui du Plessis-Belleville, vaut à elle seule un récit.

Bruno Rivière

 

Commander le livre L’aventure d’UTA – Histoire d’une compagnie extraordinaire

16 commentaires

  • Vincent Julhiet

    Très intéressant merci, et superbe photo !
    Mille pensées aux gens du vol UT772

  • Michel

    Que la fusion AF-UTA (ou UTA-AF…) ait produit Ryanair et easy jet, c’est quand même un sacré raccourci ! il faut se rappeler qu’à l’époque il se disait qu’il ne devait plus subsister que 3 majors en Europe; ce fut le cas et , pour en être, AF devait maitriser son réseau intérieur, d’où rachat (ou annexion si le collectif y tient tant que cela…) d’UTA pour la vraie pépite : Air Inter. Sur un plan personnel, lorsque j’ai postulé pour UTA, la première phrase du formulaire de demande était « par qui connaissez-vous la compagnie? », Traduction: « qui vous pistonne? ». Je suis rentré chez AF et quelques annèes plus tard, fait partie de la division de maintenance la plus mixte dans le hangar UTA: s’il y avait de vrai pro, ça serait bien que , parfois, les anciens de la « prodigieuse » compagnie se souviennent qu’il y avait parmi eux de vrais « tanches ».

  • Rantet jacques

    Une commission d’enquête sénatoriale a été créé en 1990.Ses conclusions sont disponibles sur internet.Cette commission a fait un travail remarquable et la lecture de ce long rapport ne laisse aucun doute sur les méthodes employées pour « sauver » AF en sacrifiant UTA et Air Inter.Cette décision a eu comme conséquence prévisible la croissance exponentielle deRyanair et Easy jet……

  • Marechal robert

    Oui c était une compagnie formidable avec du personnel très compétent
    Je fus leur fournisseur de sièges Sicma Aéro Seat et aussi un fidèle
    Passager.

  • Boufnouye

    Je suis allé à Seattle à l’usine Boeing d’Everett/Paine field en 1986 pour assister la transformation d’un 747-200 en 747-200-SUD-Ce n’était pas tout a fait un 747-300, il en avait l’allure mais avec les caractéristiques du -200.
    Le vrai exploit d’UTA Industries c’est la construction de 2 Super Guppy dans un hangar du Bourget. Aerospacelines avait fourni 2 Super Guppy à Airbus pour le transport des divers éléments de l’A300 qui étaient assemblés à Toulouse. Airbus en voulait 2 de plus mais AéroSpacelines ayant disparu c’est UTA Industries qui a fait le bouleau. Le premier F-GDSG est maintenant au musée d’Hamburg-Finkenwerder et le deuxième F-GEAI vole pour la NASA, ce qui est un joli clin d’oeil.

  • BERGER CLAUDE

    Bonjour
    Est il possible de faire un avis de recherche d’un agent D’UTA mon paraît dont je n’ai eu que tres rarement des nouvelles une fois en France et qui était un ami de mon père agent AIR AFRIQUE.
    Malgré des démarches auprès de l’amicale d’UTA au bourget je n’ai jamais eu de réponse.

    • Boghossian Pascal

      Prière de reformuler votre demande, car en ce qui me concerne je ne suis pas au courant bien que je sois responsable des commissions Patrimoine et logistiques. A quelle date avez-vous fait votre avis de recherche ? En général je m’efforce de répondre bien que parfois les solutions ne soient pas toujours évidentes. Vous pouvez m’adresser un mail dont les coordonnées sont écrites ci-après. Amicalement. Pascal

  • Pierre Vellay

    Jamais aucun 747-200 n’a été transformé en -300 dans les locaux d’UTA. La transformation dite SUD ( Stretched upper deck) fut réalisée aux USA à Seattle. Le 747-300 était un avion produit directement en version pont sup allongé

    • nono le mecano

      bonjour
      .ex UTA, j’ ai eu beaucoup de mal a digerer la fusion inversee, et le vol de notre CMO.
      il ne faut pas oublier cependant que c’ est a cause des greves des pilotes que Seydoux a appelle tonton au secours….on connait la suite.
      L’ histoire est racontee daus un livre ´plan de vol pour un detournement’ paru a l’ époque .
      a propos des Guppy, les deux premiers fabriques aux US sont aux musees a TLS,et a Hamburg’
      les no 3et 4 ´neufs. ou presqué sont partis aux US’.

  • GUÉGUEN

    Il est que Claude Bossu n’a pas omis de souligner que ce fut une fusion inversée et que c’est UTA qui a absorbé Air France (en pleines difficultés financières) et qu’UTA fut rebaptisée la Nouvelle Compagnie Air France dotée de la CMO ( coopérative de main d’œuvre ouvrière) dont bénéficiait UTA.

    • DJC

      Avec le numéro de siret de UTA

    • Le Bloch

      Bonjour
      Tu as tout a fait raison de préciser cela
      Car de nombreuses personnes pensent que c’est effectivement AF qui a absorbé UTA pour cause de situation financière catastrophique, alors que c’était totalement l’inverse je n’ai pas vraiment les chiffres en tête depuis le temps, mais je pense qu’a l’époque AF était a moins 70 milliards de francs et UTA venait d’être audite a 12 milliards, et qu’au moment de la fusion inversé le prix de UTA avait doublé ( à comfirmer )

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