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Flying Legends : tout ce qui est rare est cher !
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Les 13 et 14 juillet 2019 à Duxford près de Cambridge, ce sera le week-end du Flying Legends ; la plus belle concentration européenne de Warbirds. État des lieux avec Nick Grey, l’organisateur.

5.07.2019

Vision unique : quatre Hispano Aviacion 1112 ‘Buchon’ (version espagnole du Messerschmitt BF 109), dont un biplace. C’était l’hommage au tournage du film La bataille d’Angleterre qui se fit à Duxford. L’édition 2019 sera quant à elle placée sous le signe du 75e anniversaire du Jour J. © Arnaud Beinat / Aerobuzz.fr

Le Flying Legends n’est pas un meeting bon marché. Pour y venir les deux jours, un adulte devra débourser 81 euros. Mais à ce tarif, il en aura plein les yeux : formations d’une dizaine de Spitfire, De Havilland DH.9, Red Arrows, Forteresse Volante, quatre C-47 dont deux ont vécu le Débarquement en Normandie, etc.  En tout, il y aura une cinquantaine de Warbirds toutes catégories confondues qui viendront pour l’occasion.

Si ce show est unique, c’est bien pour son plateau. Mais tout ce qui est rare est cher, comme l’explique Nick Grey : « Faire venir un avion comme le DC-6 de Red Bull, c’est faire venir quatre moteurs de 2.400 cv et accueillir quatre personnes. Bien sûr, ce n’est pas l’équivalent de quatre chasseurs en termes de coût, mais c’est un prix se situant entre le double et le triple de celui d’un monomoteur de même puissance. Par exemple, un Corsair venant de France nous coûte entre 5000 et 6000 euros, auxquels il faut ajouter le carburant et l’hébergement des personnels accompagnants : pilotes, mécanos, etc. Heureusement, le show a une telle renommée que beaucoup veulent y participer à tout prix ; les avions viennent pour des sommes qui restent raisonnables. »

DC-6, B-25, P-38 et Corsair ; les Flying Bull ensemble. C’est ce genre de plateau qui rend le show unique. © Arnaud Beinat / Aerobuzz.fr

A l’image de celle qui anime le patron de Red Bull, l’organisation bénéficie souvent de la passion des propriétaires. Mais l’exemple inverse existe aussi : l’horloger Breitling a été repris par des gens qui ont davantage le profil d’investisseurs à court terme plutôt que de passionnés enthousiastes. Le revirement d’image qui en résulte a déjà fait une victime : la prestigieuse enseigne se sépare du Super Constellation qui fit pourtant la joie du Legends.

Les financiers en minorité

Heureusement, la spéculation pure n’a pas encore envahi le monde des warbirds : « L’investissement dans un warbird n’est pas à comparer avec celui dans des œuvres d’art qui restent cachées dans un coffre. Ce n’est même pas celui d’une voiture de collection que l’on peut faire tourner de temps en temps avant de la remiser au garage. Un avion qui ne vole pas perd de la valeur et devra même être complètement restauré au bout d’un certain temps. ». Seuls 10 à 15% des propriétaires ont pour objectif de faire une opération financière. Ils maintiennent les avions en état de vol, les font participer à des meetings et ne les pilotent pas eux-mêmes : « Curieusement, ils développent parfois pour l’aviation une passion qu’ils n’avaient pas au départ. »

Ce Bristol Blenheim Mk.I est un ‘must see’ habituel du show. Pièce unique en état de vol de ce type, il est le fruit du mariage d’une cellule et d’un poste de pilotage retrouvé chez un particulier… qui l’avait converti en voiture électrique sur châssis d’Austin Seven. © Arnaud Beinat / Aerobuzz.fr

Et faire voler ce genre de machines, c’est cher. Le Flying Legends est traditionnellement ponctué d’un Balbo : le vol en formation de tous les appareils compatibles en matière de régime moteur. Durant la formation de celui-ci puis les différents breaks, Nick Grey fait office de Joker : une présentation hyper dynamique réalisée en Hawker Sea Fury l’année passée. Entre le décollage, le circuit d’attente et les présentations successives, le monomoteur consomma 450 litres de carburant. Malgré tout, les prix du marché demeurent résolument à la hausse : une hélice de Spitfire peut aujourd’hui atteindre 125.000 euros, déjà 25% de plus que l’année précédente.

Présenté en statique en 2018, le Fiat CR 42 ‘Falco’ de The Fighter collection (crée par Stephen Grey, le père de Nick) devrait voler cette année. Unique au monde en état de vol, il est original à 70%. © Arnaud Beinat / Aerobuzz.fr

Toutes ces données en tête justifient le prix du billet comme la rareté d’un avion qu’on ne met pas dans les mains de n’importe qui : « On connaît tous, les exceptions unanimement appréciées, mais d’une manière générale, nous préférons confier ces avions à des pilotes civils qu’à d’anciens militaires, car ces derniers gardent en eux la notion ‘d’outil de guerre’ alors que les warbirds d’aujourd’hui doivent être traités avec beaucoup de douceur et de respect. Il faut savoir qu’en mettant trop de ‘boost’, on peut détruire un moteur en un seul vol. »

Un must contre vents et marées

Malgré l’Air Tattoo à Fairford, la finale de la Coupe du monde de football et le tournoi de Wimbledon dans le même week-end, l’édition 2018 fut un plein succès en matière d’admissions. Les ‘Gold pass’ – la version luxe du billet d’entrée – étaient en rupture plusieurs semaines avant l’événement. « Les gens viennent et paient des billets qui sont chers, car les meetings se font rares tant l’organisation devient compliquée et onéreuse en termes de sécurité et de dossier administratifs. En regard, il nous faut absolument produire des choses de qualité», explique Nick Grey.

La base aérienne historique de Duxford est l’une des composantes de l’Imperial War Museum. Outre une série de musées, elle abrite gratuitement certaines des plus belles collections britanniques, moyennant le libre accès des hangars et la participation aux manifestations annuelles. © Arnaud Beinat / Aerobuzz.fr

40% de ce public cosmopolite est constitué par des familles qui s’offrent un beau spectacle : « C’est la raison pour laquelle nous avons réorienté notre communication vers les médias sociaux qui génèrent beaucoup de bouche à oreille. Il ne faut pas négliger non plus l’importance de la mémoire en Grande-Bretagne, où les gens sont plus sensibles à l’importance de la Bataille d’Angleterre, à la présence de la 8e Air Force américaine, etc. Beaucoup l’ont vécue ou ont été bercés par les histoires de leurs parents. »

Arnaud Beinat

A propos de arnaud beinat

chez Aerobuzz.fr
Reporter photographe depuis trente ans, Arnaud Beinat est spécialisé dans les sujets d’action sur le monde animalier, le secours et la sécurité, mais il aussi très intéressé par les sujets sur la mémoire des deux guerres mondiales. Il est auteur de cinq livres, trois consacrés aux sapeurs-Pompiers et deux sur l’aviation.

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