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Si Melun-Villaroche nous était conté

Au moment où l’aérodrome de Melun-Villaroche ambitionne de devenir le pôle d’activités aéronautiques du sud du Grand Paris, il est intéressant de se retourner sur le passé de cette plate-forme qui a vu éclore l’industrie aéronautique française. Robert Lamouche qui a été un acteur de cette épopée retrace l’histoire de ce centre aéronautique exceptionnel dans un ouvrage de 220 pages illustrées de plus de 300 photos d’archives.

22.01.2017

Les essais du stato-réacteur Leduc à l’aide de son avion-porteur Languedoc ont débuté à Melun en 1950 et 1951. © DR

Voilà bien l’œuvre d’une vie ; ce livre, enrichi à l’occasion de sa troisième édition, constitue une encyclopédie de tout ce qui s’est vécu en terme d’aéronautique sur le terrain de Melun –Villaroche de 1936 à nos jours. Robert Lamouche y a passé toute sa vie professionnelle. Il remonte dans l’Histoire, même avant 1936, évoquant les inventions d’Albert Moreau à Combs-la-Ville (commune voisine), qui inventa en 1912 un stabilisateur automatique (ancêtre du pilote automatique) avec lequel il effectua un vol de 25 minutes en atmosphère turbulente, en lâchant toutes les commandes et en partageant tranquillement un repas avec son passager.

Opération Varsiti

Bien sûr, vous saurez tout sur la vie du terrain, avant guerre et pendant l’occupation allemande, mais c’est à partir de 1945 que les évènements se précipitent. C’est ici que l’opération « Varsiti » fut préparée : une nuée de Dakota et de nombreuses troupes de choc américaines s’y préparèrent à un parachutage massif et à des largages de planeurs au-delà du Rhin qui se déroula le 24 mars. L’entrainement de chaque équipage de Dakota fut intense : 392 heures : 34 heures sur planeur, 72 heures de vol en formation, 251 heures en remorquage de planeurs et 35 heures en entrainements divers. Au total l’opération mobilisera 1.700 avions, 2.400 planeurs et 800 chasseurs.

Un an plus tard les américains y apportent 6 Messerschmitt 262 ; 5 partent aux Etats-Unis ; le dernier, cédé à la France, est remonté sur place, et décollera aux mains du capitaine Brihaye pour un vol de 52 minutes vers Orange. Ce fut le premier décollage d’un avion à réaction du terrain.

Ben Bella, président de la République algérienne, s’y posa avec un avion et un équipage russes, en venant rencontrer le général de Gaule. Un peu plus tard, ce sont des tigres et des lions qui débarquent, sans que leur accueil soit prévu.

Les premiers avions à réaction français

De nombreux prototypes y firent « leurs premiers pas« . Qui se souvient, en dehors des spécialistes, du second avion à réaction français, produit par la SFECMAS : le VG70, construit principalement en bois, qui y fit son premier vol en 1948. Son successeur le VG90 eut une fin tragique. Ce fut aussi le cas du Bréguet Taon en 1957, dans le cadre d’un concours pour l’OTAN, où l’appareil se classera second derrière le Fiat G91. D’autres avions, promis heureusement à un bel avenir y firent leur premier vol ; ce fut le cas du Jaguar en 1959.

L’Arsenal VG 90 : chasseur-intercepteur embarqué pour l’Aéronavale développé à la fin des années 40. © DR

En 1952, des pilotes américains y font retentir le passage du mur du son pour la première fois. En 1955 ce furent les premiers vols d’avion Dassault à voilure en Delta, puis la course contre la montre pour permettre au Mirage III de devancer le Durandal et le Trident. Les essais du MD 320 « Hirondelle » y eurent lieu. Ce fut le dernier avion à hélice de la firme ; bien que très défendu par mon ami Jean-François Georges, jeune ingénieur d’essai en vol à l’époque, le grand Marcel décida que l’heure du jet était venu pour les avions d’affaires, et ne donna pas suite au projet.

Des pièces de collection

En 1954, un appareil au profil futuriste, le triplace M-A2- RC-H-100 ou Hirsch 100, y est testé ; il est doté d’un système d’absorption des rafales en vol, efficace jusqu’à 300 km/h. Vous pouvez l’admirer au musée de l’air et de l’espace de Paris-Le Bourget.

Puis vint l’époque des stato-réacteur Leduc, et, pour les premiers prototypes, de son avion-porteur « Languedoc« . Les essais se firent à Melun en 1950 et 1951, puis furent déplacés ensuite à Istres jusqu’en 1958, date à laquelle les essais furent stoppés.

C’est à la même période que Roland Payen conçoit et fait voler un tout petit avion expérimental (envergure : 5,16 m – longueur : 5,10 m) à Aile Delta, doté d’un moteur à réaction. Il convient de noter qu’en 1954, il avait doté l’appareil d’un aérofrein de queue dont la formule sera reprise sur la navette spatiale américaine et sur « Buran« .

Le temps des pilotes d’essais

Sur ce même terrain se succéderont les premiers vols des appareils lourds : Noratlas, Transal, et même les essais de la version amphibie de l’hydravion Nord N 1400 « Noroit« .

Histoire du Centre Aéronautique de Melun-Villaroche
par Robert Lamouche. Editions du Puits Fleuri
23×25 cm. 222 pages. plus de 300 photos. 39 euros + port

Vous l’avez compris, à travers cette brève évocation de l’ouvrage de Robert Lamouche, le lecteur est convié à revisiter un large pan de l’aéronautique française. Les illustrations (hélas un peu pâlottes) sont très nombreuses et souvent rares. La dernière partie est consacrée aux hommes du terrain et aux pilotes d’essais, dont bon nombre n’ont pas survécus à ces essais, à une époque où il fallait « aller voir » sans simulation préalable.

Ce livre d’histoire constitue un manuel de référence dans son domaine.

Jean Ponsignon

Melun-Villaroche entretient sa mémoire aéronautique

A propos de Jean Ponsignon

chez Aerobuzz.fr
En parallèle d’une carrière de 29 ans dans le conseil en organisation et management et de 6 ans dans l'humanitaire, Jean Ponsignon a signé une centaine d’articles sur deux sujets principaux, l’aéronautique et l’humanitaire, pour Aviation & Pilote, Aventure, Bourgogne Magazine, La Croix… Il a rejoint Aerobuzz, début 2013. Jean Ponsignon traite l’actualité culturelle.

6 commentaires

  • Gasche

    Bonjour je me demande s’il n’y a pas une erreur,
    Si mes souvenirs sont bons le jaguar a fait son premier vol à Istres en 1969
    Avec Bernard Witt aux commandes

    • Hardy G

      Le premier Jaguar (biplace E01) a fait son premier vol le 08/09/1968 avec Bernard Witt…avec un peu de retard dû à une certaine agitation sociale du moment.
      Quant au Taon (anagramme de NATO), premier vol le 25/07/1957 par B.Witt à Melun.
      Il avait gagné le concours NATO face au Fiat G-91…mais il n’a pas gagné la sélection du 08/01/1958 (politique américaine oblige…). Il avait même battu le record de vitesse de sa catégorie!

  • Philippe Berthon

    Bonjour à tous,
    J’ai la chance de voler aujourd’hui sur cette plate-forme, rappelons-nous qu’elle est ouverte aujourd’hui à la CAP, et possède même un resto et un aéroclub (http://acmv.free.fr), et son musée SAFRAN, plus l’association AMPAA (association des mécaniciens pilotes d’aéronefs anciens) qui ambitionne de créer un musée! Pour visiter, le musée SAFRAN, à partir du parking aviation générale, c’est de l’autre coté de l’aérodrome, et il y a bien 5 km.
    OK, c’est une classe D, et cela en rebute certains, mais par contre, vous pouvez même faire votre TdP en anglais. Et puis avec deux larges pistes en croix de 1300 et 1900 m, le posé est plutôt confortable!
    Bons vols à LFPM
    Philippe

  • Willy Henderickx

    Félicitations pour le blog que je suis assidûment avec grand plaisir.

  • Willy Henderickx

    Je viens de commander le livre de monsieur Ponsignon.

    Dans sa présentation vous mentionnez l’existence de musées sur la base de Melun-Villaroche.

    Je connais le musée SAFRAN que j’ai visité avec plaisir il y a quelques années.

    Pour l’autre musée, s’agirait-il de la collection d’avions anciens gérée par une association?

    Dans l’affirmative, portez-vous me communiquer leurs coordonnées de contact?

    Meilleures salutations.

    Willy Henderickx

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