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Plus qu’un hangar pour les réserves du musée de l’air et de l’espace

C’est sous des trombes d’eau que le « totem » qui marque l’entrée du bâtiment a été dévoilé par un parterre d’officiels, le 23 novembre 2017 à 15 heures… Tout le monde s’est vite réfugié à l’intérieur dU nouvel hangar "Jean-Paul Béchat" (3.500 m2) dédié aux réserves du musée de l'air et de l'espace du Bourget !

Le vaste bâtiment Jean-Paul Béchat est situé dans la zone technique de Dugny © Jean Molveau / Aerobuzz

Le gigantesque hall vient d’être édifié dans la zone technique de Dugny, à côté du « hangar Bermuda », là où une équipe de jeunes issus des milieux défavorisés, encadrés par l’association les Ailes de la Ville, effectue un travail de restauration de longue haleine de ce vieux quadrimoteur.
Car les réserves se situent de l’autre côté des pistes de l’aéroport du Bourget. À proximité, de nombreux avions en piteux état attendent des jours meilleurs sous l’averse…

Visiblement, il faudra poursuivre l’effort pour sécuriser toutes les réserves du musée de l’Air et de l’Espace © Jean Molveau / Aerobuzz

Conserver les collections « bois et toile »

Depuis 1921, lorsqu’a pris corps la constitution du musée de l’Air, décidée en 1919, « c’est la première fois que le musée dispose d’un véritable bâtiment dédié aux réserves » énonce Christian Tilatti, conservateur en chef du musée. Le cahier des charges a donc été établi sous sa houlette par l’équipe de la conservation : « on a d’abord défini nos besoins, ce qu’on voulait y mettre. Ce hangar est destiné aux “petits formats“, de faibles dimensions, plutôt fragiles, de technologie bois et toile. »
À l’intérieur, deux reliques, bien solitaires encore, illustrent le propos. « Les collections aérostation y trouveront également leur place, nacelles, cercles de charge, soupapes… »

La dévolution du bâtiment a dicté des conditions de température (+ 19 °C) et d’hygrométrie (50 % d’humidité) contrôlées, et l’interdiction de la lumière du jour. Sans ouverture côté tarmac, hommes et matériels y pénètrent par un grand sas. Les matériels sont positionnés et déplacés sur des bâtis à roulettes, l’utilité du « sas » étant la possibilité de se livrer à un dépoussiérage, à la constitution d’un constat d’état, sans « contaminer » le local principal.
C’est donc le premier hydravion à coque, le Donnet-Lévêque type A de 1912 qui accueille le visiteur lors de cette cérémonie inaugurale. Ces bâtis métalliques permettent de regrouper tous les éléments constitutifs de l’aéronef, tout en préservant sa mobilité et son accessibilité, aux techniciens du musée comme aux éventuels chercheurs extérieurs.

Le premier hydravion à coque, le Donnet-Lévêque type A de 1912 dans le sas d’entrée du hangar © Jean Molveau / Aerobuzz

Son cheminement le fera ensuite pénétrer dans la vaste nef, où il rejoindra l’aile volante Fauvel AV-36 du champion vélivole Éric Nessler et le Deperdussin Monocoque de 1913, exposés à titre d’exemple. Le planeur sur son bâti est d’ailleurs accroché sous un palan capable de le monter sur la mezzanine.
Le début des opérations de « remplissage » de ce hall est prévu pour janvier 2018 (ce qui coïncidera avec la prise de fonction de la nouvelle directrice, Anne-Catherine Robert-Hauglustaine, d’ailleurs présente), avec des pièces en provenance de divers lieux déjà utilisés par la conservation.

Ce n’est qu’un début…

Cette arche de Noé aéronautique a été conçue par l’architecte Jean-François Schmit, qui n’en est pas à son coup d’essai en la matière. À son crédit, entre autres, le centre de maintenance d’Air-France à Blagnac, ou une usine pour les fusées Ariane. Mais ce genre, « c’est une de mes cordes » se justifie celui qui n’aime pas le terme d’architecture industrielle – « on ne fait jamais de boîtes à godasses » assène-t-il, un brin agacé suite à une remarque profane.
D’ailleurs, il considère que son dernier-né « est une prouesse technique, car on a dû faire face à une problématique de climatisation et d’hygrométrie, avec une imperméabilité à l’air totale ». L’étude a pris un an, et la construction une bonne année supplémentaire…

Le hangar Jean-Paul Béchat : une vaste nef, surmontée partiellement d’une mezzanine © Jean Molveau / Aerobuzz

Ce bel ouvrage a été financé par un important mécénat du GIFAS, décroché par la directrice d’alors, Catherine Maunoury, et une dotation complémentaire du ministère des Armées. Il porte le nom d’un grand industriel, l’ingénieur Jean-Paul Béchat décédé le 22 novembre 2014 qui fut pdg de la Snecma avant d’assurer la présidence du directoire de Safran. Éric Trappier, président du GIFAS n’a pas manqué de lui rendre hommage, en présence de sa famille, dans son discours.
Tandis que le général Stéphane Abrial, président du Conseil d’administration du musée de l’Air et de l’Espace a révélé qu’un autre bâtiment suivra, celui-là de 6.000 m2, plus particulièrement destiné à abriter les machines métalliques de plus grande envergure, tandis que le hall 39-45, côté Le Bourget, désaffecté depuis longtemps car impropre à l’accueil du public, sera transformé pour un usage de réserve.

Le MAE, les passionnés d’aviation le savent, avait bien besoin d’un développement à la hauteur de la richesse du patrimoine qu’il préserve et valorise. Sous tutelle du ministère des Armées, secteur de la défense qui constitue « le deuxième centre culturel de l’État » selon le général Fleury, il se doit d’être à la hauteur de sa mission. Et le préfet du 93, au nom de la ministre Florence Parly, a précisé que le musée de l’Air et de l’Espace est « l’établissement culturel le plus fréquenté de Seine-Saint-Denis ». Il dispose désormais d’un sérieux outil pour tenir son rang.

Jean MOLVEAU

A propos de Jean Molveau

Journaliste aéronautique, Jean Molveau est le rédacteur en chef d’Aviasport et du magasine Vol à Voile dont il est l’un des fondateurs (1983). Historien reconnu de l’aéronautique, il a signé 7 ouvrages. Il a rejoint Aerobuzz en 2009. Au sein de la rédaction, Jean Molveau traite plus particulièrement les sujets historiques
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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