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Roland Glavany, un parcours exemplaire (enfin) raconté…

Militaire de carrière, pilote d’essais… Roland Glavany est d’abord un homme discret. Le journaliste Bernard Bombeau a réussi à le faire parler. Le résultat est un témoignage passionnant sur une tranche cruciale de l’histoire de l’industrie aéronautique française.

C’est sans aucun doute l’un des tout derniers « grands » : militaire qui a courageusement servi son pays, brillant pilote d’essais, homme de bon sens. Le général de corps aérien Roland Glavany, né à Nantes en 1922, a accumulé plusieurs vies, avec un brio sans pareil. Pris de vitesse par les événements, il s’est tout d’abord évadé en Espagne, est devenu pilote en 1943, a ensuite combattu au sol dans les bataillons de Choc avant de retourner à ses premières amours, dès que les circonstances le lui ont permis, devenant pilote de chasse en 1945 et, 5 ans plus tard, entrant au prestigieux Centre d’essais en vol.

Plus tard, il abandonna provisoirement l’armée de l’Air pour rejoindre les essais en vol de Dassault, repris l’uniforme en 1959 et y occupa de hautes fonctions dont le commandement du CEAM et celui de la base de Mont-de-Marsan avant de devenir commandant des écoles de l’armée de l’Air. Ensuite, l’âge de retraite ayant sonné, incapable de rester inactif, il accepta la présidence de l’Ofema, Office français d’exportation des matériels aéronautiques, ainsi que celle des Ailes brisées. Quel parcours !

Le problème de Glavany, vis-à-vis de nous tout au moins, réside dans sa grande modestie. Il a œuvré sans relâche, mais il l’a fait discrètement, lui qui méritait largement d’être érigé en exemple. Il a peu parlé, n’a pas écrit, s’est rarement confié jusqu’au jour récent où notre confrère Bernard Bombeau l’a convaincu de se livrer. Le résultat : 250 pages passionnantes qui font défiler le gotha de l’aéronautique française. On y croise une multitude de personnages, pour la plupart connus, qui bénéficient d’un éclairage différent, sinon candide, et sont replacés avec tact dans leur juste contexte. Un exemple choisi parmi d’autres, Louis Bonte, directeur du CEV (« Monsieur le Directeur ») de 1948 à 1958, homme exceptionnel, dit Glavany, « une sorte de moine-serviteur de l’Etat dont l’autorité naturelle s’assortissait d’une grande chaleur humaine ». Le verdict est sans appel, « il fut le grand patron de ma vie », une affirmation exprimée avec le plus grand respect et qui rejoint d’ailleurs la manière d’évoquer Bonte d’André Turcat.

« Le » patron, contrairement à ce que pouvait attendre le lecteur, ne fut donc pas Marcel Dassault (l’appréciation est, là, respectueuse mais légèrement mitigée). Il est vrai que Glavany fut amené à démissionner, en âme et conscience. Avant cela, les essais de machines prestigieuses avaient traversé les pages de ce récit passionnant, notamment la riche lignée des Mirage pour aboutir à l’impressionnant Mirage IV.

Occasion rare, voici une vision de l’intérieur de la genèse du Jaguar, de la fusion Dassault-Breguet, du décollage vertical (le Balzac), de la géométrie variable. Il y a des dîners à la Tour d’argent, chez Ledoyen, des amitiés solides mais aussi des deuils, les accidents, en ces temps-là, n’étant pas rares. Certains ont durement frappé les esprits, à commencer par celui de Rozanoff, qui voulait changer de vie et ouvrir une librairie. On retient aussi les propos tenus à propos de grands ingénieurs qui ont marqué leur temps, Lucien Servanty ou Pierre Lecomte, notamment. Nous les savions brillants, imaginatifs, influents, ils le deviennent davantage quand c’est Glavany qui le dit. L’envers du décor, c’est aussi l’industriel qui rédige lui-même la fiche-programme à laquelle il va répondre (l’exemple cité est celui de l’Alpha Jet).

Des vérités qui ne sont habituellement pas bonnes à dire, à tort, émaillent ces pages d’une grande sincérité. A propos de coopération, « je fus souvent horripilé par l’esprit de supériorité manifesté par les industriels britanniques, et tout particulièrement par la société Rolls-Royce ». Heureusement, la Royal Air Force était amicale, ouverte, et souriante.
Glavany mérite un grand coup de chapeau pour ce document très fort, Bombeau nos remerciements, y compris ceux des historiens de l’avenir.

Pierre Sparaco

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