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SNCASE SE.161 Languedoc : l’étonnant destin d’un avion français

La carrière du SNCASE SE.161 Languedoc, aussi appelé MB161, dans le transport aérien s’est concentrée juste après la seconde guerre mondiale. Ce gros quadrimoteur à train classique souffrait d’une conception ancienne. Une centaine d’exemplaires a été construite. Dans « SNCASE SE.161 Languedoc, balbutiements de l’aviation de transport moderne en France » (éd. Lela Presse) Philippe Ricco retrace l’histoire d’histoire de cet appareil qui vola sous les couleurs d’Air France, et donc l’image reste associée à celle du statoréacteur Leduc 010.

2.12.2013

Comme toujours lorsqu’il est question d’avions de légende, ou tout simplement d’avions anciens, une précaution s’impose : jeune voyageur, ou seulement passionné par les histoires d’Air, tu n’a connu de l’aviation que les machines modernes, conçues sur ordinateurs, équipés des innovations les plus spectaculaires qui soient, matériaux composites, glass cockpit, commandes de vols électriques, etc. Mais souviens-toi que tes parents et grand’ parents ont peut-être pris place dans ces avions de légende, des avions pilotés alors souvent par des pionniers qui ont, lentement et avec persévérance, façonné le transport aérien d’aujourd’hui ! Respect donc !

Le Languedoc, appelé successivement « Marcel Bloch MB161 » (ou, indifféremment MB 161, MB.161, MB-161) puis « SNCASO SO161 », « Bordeaux » et finalement « Languedoc » est l’un de ces avions de légendes utilisés juste après la seconde Guerre. Mais il est relativement peu connu. Et c’est bien dommage ! Pourquoi ? Philippe Ricco estime que « le Languedoc, plus gros avion français de l’époque, souffrait d’une conception déjà ancienne, aggravée par une désorganisation chronique de l’industrie française… » (page 266). Et de citer une note technique interne à la SNCASE (Société nationale des constructions aéronautiques du sud-ouest qui avait en charge le développement et la production des Languedoc) datée du 1er décembre 1947 : « si la cellule du Bloch 161 possède des qualités réelles, si elle est très robuste et d’un pilotage agréable, l’appareil n’a, en fait, ni moteurs, ni équipements, ni même une construction générale présentant d’élémentaires facilités d’entretien. […] L’appareil possède de gros défauts de conception et de fabrication. […] La cabine est mal conçue. […] Quant aux équipements en général, ils laissent fortement à désirer : l’installation électrique est si déficiente que les vols de nuit ont été suspendus ; l’équipement radioélectrique de communication, de transmission et de navigation est plus que médiocre ; les instruments de bord (pilotage et surveillance moteur) sont trop fragile et sont souvent en panne… » (page 266) Rien que ça !

Et encore, à la lecture de l’ouvrage, on découvre aussi que l’avion connaissait de réels problèmes de rentrée du train. Et qu’en cas de fortes pluies et d’orages, l’étanchéité du poste de pilotage n’était pas vraiment garantie… C’est ainsi que ce bel oiseau à la ligne pourtant si épurée (il faut imaginer le célèbre DC3 avec quatre moteurs et un fuselage très allongé…) qui a été commandé en particulier par Air France pour desservir ses lignes africaines, ne sera construit qu’à cent exemplaires. C’est évidemment peu !

Philippe Ricco retrace donc avec cet imposant ouvrage (336 pages au format A4) le fabuleux destin de cet avion hors norme : 14 tonnes à vide et 22 tonnes de masse maximale ; capacité de 20 à 45 passagers suivant les versions (Air France avait même envisagé un aménagement à seize couchettes seulement pour ses lignes sud-atlantiques) ; une vitesse de croisière de l’ordre de 350 km/h ; et une autonomie, sans réservoirs supplémentaires, de … 1000 kilomètres. Là encore, c’est peu !

Peu de commandes donc, pour le Languedoc, qui fut néanmoins utilisé par d’autres transporteurs qu’Air France, notamment l’Armée française et la Marine (recherche et sauvetage), mais aussi Air Liban, Tunis Air, LOT, Aviaco… On retrouvera même un Languedoc adapté à des missions de « banc volant » pour avions expérimentaux, comme le statoréacteur Leduc 010…

Pour illustrer ce monument consacré au Languedoc, Philippe Ricco a réuni plus de 600 photos, dont des centaines totalement inédites, ainsi que 35 profils. Mais le livre est aussi un recueil d’anecdotes, de détails, de témoignages et de récits qui constituent un très bel hommage à tous ceux qui ont œuvrés à l’aventure aéronautique du Languedoc : techniciens, ingénieurs, pilotes…

Bruno Rivière

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A propos de Bruno Rivière

chez Aerobuzz.fr
Reporter photographe par passion, Bruno Rivière a assuré la rédaction en chef d’Aéroports Magazine pendant près de 25 ans. Il a également enseigné le journalisme en faculté. Spécialiste du transport aérien, il a rejoint Aerobuzz en janvier 2011. Bruno Rivière réalise des reportages et des recensions de livres.

7 commentaires

  • lavidurev

    SNCASE SE.161 Languedoc : l’étonnant destin d’un avion français
    Peu de livres traitent de cet appareil et ceux qui ont connu cet avion pardonneront les quelques fautes ou erreurs qui se sont glissees dans l ouvrage preferant laisser une place aux reves et aux bons souvenirs.

  • bernardbacquie
    Bernard Bacquié

    SNCASE SE.161 Languedoc : l’étonnant destin d’un avion français
    Sv – ça doit vouloir dire « Sans visibilité » – est plutôt dur. Car moi-même écrivain tentant de jouer les historiens, je reste admiratif devant le travail de profondeur de Philippe Ricco. C’est une montagne d’informations dans son bouquin et – cela est une évidence -, plus vous en mettez et plus vous avez quelques chances d’introduire des erreurs. Et, bien sûr, l’EARS99 y est évoqué puisque TOUT y est. C’est un document remarquable avec une foule de photos dont beaucoup inédites. C’est un travail de fourmi qui me laisse vraiment pantois. Et il faut remercier Ricco de nous donner de tels ouvrages de références. Je m’étais beaucoup servi de son livre sur Leduc pour écrire la biographie de Jean Sarrail. Merci à lui et bravo !

  • Xav

    SNCASE SE.161 Languedoc : l’étonnant destin d’un avion français
    Bonjour

    Est-ce que sont emploi au sein de l’EARS99 est évoqué?

    Merci.

  • Sv

    SNCASE SE.161 Languedoc : l’étonnant destin d’un avion français
    Fautes d’orthographe, autonomie confondue avec le rayon d’action…. c’est peu sérieux tout cela..

    Sinon pour le reste, histoire aéronautique intéressante

    • Ph. Ricco

      SNCASE SE.161 Languedoc : l’étonnant destin d’un avion français
      Bonjour
      Pour faire suite aux remarques suivantes : « Fautes d’orthographe, autonomie confondue avec le rayon d’action…. c’est peu sérieux tout cela.. »

      Je présente volontiers mes excuses au lectorat pour les coquilles qui ont pu m’échapper et je me ferai un devoir de publier un correctif. Serait-il possible d’en savoir plus sur ces fautes qui ont échappé aux relecteurs ? Pouvez-vous s’il vous plait les citer ?
      D’autre part, je connais la différence entre l’autonomie, qui s’exprime en heures, et le rayon d’action ou encore la distance franchissable qui, tous deux, s’expriment en kilomètres. Le mot « autonomie » est cité aux pages 88, 164, 197 (2 fois), 233 et 236. Le « rayon ‘action » apparaît aux pages 94, 169 et 197. Auquel de ces endroits une erreur s’est-elle glissée ? Y a-t-il un autre endroit qui m’ait échappé ?
      Je suis prêt à assumer mes erreurs, mais pouvez-vous s’il vous plait être plus précis ?

      Cordialement,
      PhR

      • Paul Pontois

        En 1949, j’ai volé comme passager entre Paris et Dinard avec un Languedoc 161. Un cadeau de mon père pour la réussite de mon bac.
        Devenu nostalgique sur mes vieux jours, je suis en train d’en faire une maquette pour mon bureau.
        Connaitriez-vous l’immatriculation du ou des Languedoc qui volai(en)t sur cette ligne ?

        Merci beaucoup de votre attention.

      • masau gerard

        Bonjour,je n’ai rien a dire sur la qualité du travail de recherche que vous avez effectué. que les gens qui n’ont jamais fait de fautes d’orthographe lèvent le doigt; personne? alors que l’on cesse de critiquer pour les coquilles vu qu’il n’y a rien de plus difficile que de les trouver. après ce petit préambule j’en viens a ma recherche: je suis fan de cet avion depuis très très longtemps et je me propose d’en faire une maquette au 1/32 mais pour cela j’ai besoin de meilleurs plans que ceux qui ont été publiés jusque maintenant. Le 1/100 c’est bien pour les vues d’ensemble mais pas pour les détails. Je voudrais donc savoir si vous pouvez me dire ou trouver des plans a grandes échelle pour que je puisse en faire une sortie 3D afin de préparer mes pièces? Evidemment la liasse de plan constructeur serait l’idéal mais bon il ne faut pas rêver. Je vous serais très reconnaissant si vous pouviez orienter mes recherches et vous remercie par avance de toutes réponses de votre part. cordialemet GM

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