Accueil » Un coup d’arrêt aux fusions-acquisitions dans l’aéronautique

Un coup d’arrêt aux fusions-acquisitions dans l’aéronautique

Nicolas Beaugrand, directeur associé chez AlixPartners (spécialiste aéronautique et private equity), propose une analyse sur les fusions et acquisitions dans le secteur aéronautique. Après une année 2019 marquée par la méga fusion à 93 milliards de dollars de Raytheon et UTC, 2020 s’annonce sous des auspices radicalement autres.

13.05.2020

© UTC

Avant de lire l'article

L'article est classé dans la catégorie "débat et opinion", il reflète donc le point de vue de l'auteur. Il n'engage pas la rédaction d'Aerobuzz. Si vous souhaitez, réagir n'hésitez pas à le faire via les commentaires au bas de la page.

Après une année 2019 faste en matière de fusions-acquisitions dans le secteur de l’aéronautique et de la défense, il est d’ores et déjà acquis que le millésime 2020 sera bien différent. Le secteur, et particulièrement les compagnies aériennes et l’ensemble de la chaine de valeur de l’aviation commerciale, est très fortement impacté par la crise du Covid-19 et ses multiples répercutions… Aux facteurs disruptifs tels que l’endettement croissant, les évolutions géopolitiques, la crise du 737 Max ou encore les pressions environnementales sur le transport aérien s’ajoute l’incertitude sur la reprise rendant les perspectives financières de tout projet de rapprochement plus qu’incertaines.

Le premier trimestre de cette année a certes démarré avec quelques belles transactions, mais c’était sans compter la globalisation de la crise à partir de mi-février. Certaines transactions non-clôturées pourraient même être interrompues au motif de changements dans le business plan ou de multiples qui paraissent aujourd’hui trop élevés. L’arrêt mutuel de la fusion entre Woodward et Hexcel n’en est sans doute qu’un premier exemple.

Depuis 2012, la valeur totale des fusions-acquisitions dans le secteur de l’aéronautique et de la défense avait connu une progression constante pour atteindre un montant record de 132,8 milliards de dollars en 2019, dépassant le record précédent de 131,4 milliards de dollars de 2018. Ce nouveau record s’explique premièrement par les opérations des années précédentes, qui ont alimenté des vagues de cessions d’actifs dues aux exigences réglementaires ou à la structuration des portefeuilles, mais avant tout par la méga-fusion entre égaux des groupes américains Raytheon et UTC. Cette opération à 93 milliards de dollars, annoncée au deuxième trimestre 2019 et qui vient d’être finalisée, a donné naissance à l’un des plus importants mastodontes de l’aéronautique mondiale et, de plus, agnostique à toute « plateforme ».

2019 a non seulement été un record en termes de nombre et de montant de transactions, mais aussi en nombre de transactions impliquant des acteurs du private equity et de multiples d’EBITDA (graphique 2). Les progressions les plus importantes de multiples s’observent dans les secteurs de la logistique, du MRO et de la distribution, tandis que les baisses les plus drastiques ont concerné les secteurs de l’ingénierie /gestion de projets et les pièces d’usinage et de fonderie.

C’est aussi dans ces premiers secteurs que d’autres opérations de consolidation, liées à des reconfigurations de la chaine logistique et aux évolutions technologiques, pouvaient encore être attendues cette année. Mais la situation actuelle, où les acteurs du secteur jouent avant tout leur survie, fait que l’activité fusions-acquisitions risque d’être ralentie voire inexistante dans les mois à venir. Les acteurs du private equity veulent mesurer d’abord l’impact du Covid-19 sur leurs participations. Quant aux acquéreurs et investisseurs ayant conservé des ressources suffisantes, ils pourraient être tenté de profiter d’éventuelles difficultés des petits acteurs développant des technologies de pointe, mais ils devront majoritairement attendre le retour de conditions plus favorables pour s’intéresser aux actifs à plus forte valeur ou, au contraire, à ceux en difficulté. En effet, bon nombre de fournisseurs risquent de se trouver, à court terme, dans le second groupe en raison des réductions de cadences de production et de l’effondrement des services après-vente. Ce qui conduira, in fine, à une reprise des consolidations et des réorganisations capitalistiques majeures, tout d’abord, parmi les fournisseurs.

Nicolas Beaugrand

 

Retrouvez nous en podcast et vidéo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.