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Le ravitaillement en vol de nuit des Caracal : un sport de combat

Deux MC-130J Hercules de l'US Air Force sont venus à Cazaux pour entraîner les pilotes H225M Caracal de l'EH 1/67 Pyrénées. Le ravitaillement en vol de nuit est une nouvelle capacité pour l'armée de l'Air.

Deux Caracal peuvent être ravitaillés simultanément par un Hercules. La perche de ravitaillement en vol, au premier plan, est vue ici en position rentrée.

Deux Caracal peuvent être ravitaillés simultanément par un Hercules. La perche de ravitaillement en vol, au premier plan, est vue ici en position rentrée.

L’armée de l’Air a reçu ses H225M Caracal en 2006. A l’époque on parlait d’EC725. Dès l’année suivante, elle a commencé à expérimenter le ravitaillement en vol, une des capacités essentielles du nouvel hélicoptère. Les Caracal de l’armée de l’Air sont aujourd’hui utilisés par l’escadron d’hélicoptères 1/67 Pyrénées de Cazaux, qui cultive son savoir-faire en matière de ravitaillement en vol avec passion et obstination. Si bien qu’environ les deux tiers des pilotes de l’unité sont maintenant qualifiés.

Cet effort de longue haleine commence à payer puisque les Caracal engagés au Sahel ont déjà utilisés le ravitaillement en vol sur cinq missions. Un vol de sept heures non stop a notamment été réalisé, la limite théorique étant de douze heures. La capacité du Pyrénées commence à être connue dans les hautes sphères militaires et particulièrement au Commandement des Opérations Spéciales dont dépend aujourd’hui l’escadron. En deux mots, l’idée est de pouvoir traverser un territoire grand comme la France, de Brest à Menton, d’un coup d’aile avec un hélicoptère et sans amputer sa charge utile. Rapidité, discrétion et efficacité, le triptyque parfait des forces spéciales.
Deux Caracal peuvent être ravitaillés simultanément par un Hercules. La perche de ravitaillement en vol, au premier plan,  est vue ici en position rentrée.
Le Pyrénées maîtrise à ce jour le ravitaillement sur trois types de Hercules, les C-130J (dès 2008), C-130H (en 2012) et les MC-130P (l’année suivante). Malgré les similitudes des appareils, chaque modèle de Hercules a donné lieu à une ouverture de domaine particulière : turbulences de sillage, souffle des hélices, vitesses d’évolutions, rien ne devait être laissé au hasard. Mais le ravitaillement ne pouvait se faire que de jour. C’est donc en train de changer cette semaine, avec la qualification des premiers pilotes pour les opérations nocturnes.

Si on peut qualifier le ravitaillement en vol de jour de « spectaculaire », alors les mots manquent pour la même opération se déroulant de nuit. Tous feux éteints, sur une mer noire et un ciel chargé, un C-130 n’est vu que comme une ombre furtive à 50m de distance. A cent mètres, il est totalement invisible sans jumelles de vision nocturne (JVN). Bien évidemment, tout le travail se fait avec ces JVN.
Départ vers la zone d’entraînement en fin d’après-midi. La première partie du vol est mise à profit pour l’entrainement « jour » des pilotes.
L’armée de l’air ne dispose pas encore de ses propres ravitailleurs. La divine surprise de ces dernières semaines, c’est que l’achat de deux avions neufs a été officialisé en fin d’année dernière. La mauvaise nouvelle, c’est que les avions ne seront disponibles qu’en 2019… En attendant, Paris fait avec ses alliés.

Les Hercules Italiens ont été très employés ces dernières années mais cette semaine, c’est l’US Air Force qui a répondu présent. Le 352nd Special Operations Wing de Mildenhall (Grande-Bretagne) est venu à Cazaux avec deux MC-130J et les deux avions ont été engagés tous les soirs pour entraîner les équipages français.

Volets sortis, tuyaux déroulés, le MC-130J ralentit à 120 kt pour tenir la formation avec les hélicoptères.
En décembre dernier, une brève campagne menée en Italie avec un pilote de DGA Essais en vol a permis d’ouvrir le domaine de vol de nuit et d’entrainer un premier pilote du Pyrénées. Ce pilote, alors qualifié de « primo formateur », a donc transmis son savoir-faire à ses collègues de Cazaux. A la fin de la semaine, le passage de relai ayant été mené tambour battant, l’escadron devrait disposer de sept pilotes qualifiés nuit, dont trois moniteurs (tous étaient déjà qualifiés « jour » auparavant). Pour l’armée de l’air, la machine est enclenchée et il reste à entretenir le mouvement…
Vol crépusculaire : le Hercules est encore relativement visible à l’œil nu. Il ne le sera plus du tout quelques minutes plus tard, quand la nuit sera bien installée et l’éclairage des bandes électroluminescentes basculé sur infrarouge.
Du côté américain, on fait preuve d’une évidente bonne volonté. La semaine passée à faire des ronds en l’air de nuit au large d’Arcachon n’était sans doute pas très excitante pour les deux équipages de l’Air Force, même s’ils en ont aussi profité pour entretenir leur propre qualification. Une prochaine étape, après ce ballon d’essai, pourrait être la collaboration des MC-130J et des Caracal dans le cadre d’exercices tactiques plus complexes.
Les deux Hercules américains resteront au total une semaine sur la base cazaline. En arrière plan, les Alphajet de la 8ème escadre de chasse.
Au Pentagone, on a pris conscience qu’il y avait un pays qui faisait tout le boulot dans le Sahel… Que ce pays avait une armée de l’Air affutée, peut-être la seule au monde aujourd’hui avec l’US Air Force à maîtriser le ravitaillement en vol des hélicoptères, de jour comme de nuit (le doute plane sur les capacités réelles des Israéliens en la matière…) Alors chapeau à Airbus Helicopters qui a développé le Caracal, et chapeau aux équipages de Cazaux qui enquillent de nuit, sous JVN et tous feux éteints, avec un hélicoptère de onze tonnes évoluant à 120 kt. Un vrai sport de combat !

Frédéric Lert

A propos de Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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