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Les secrets du F-35A à la portée des russes et des chinois
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L’épave du F-35A japonais tombé en mer le 9 avril 2019 a été rapidement localisée et certains débris récupérés. Il reste cependant à remonter l’avion pour éviter que des pays tiers ne tentent de s’en emparer pour l’étudier. Ce ne serait pas une première. De tels transferts de technologie involontaires ont, en effet, déjà eu lieu par le passé…

2.05.2019

Les USA savent qu'il est vital pour le programme F-35 de retrouver l'épave du chasseur japonais. Le F-117 récupéré par la Russie en ex-Yougoslavie a signé la fin de l'avion furtif. Il y a aussi le souvenir du Mig 25 … © Lockheed Martin

La recherche et la localisation de l’avion de combat furtif F-35A tombé en mer le 9 avril 2019 a nécessité l’intervention de  8 navires, 7 avions de recherche dont un P-8 Poseidon américain. Et il est probable que d’autres moyens conséquents seront mis en œuvre pour surveiller puis remonter l’épave de 150 millions de dollars qui git à 135 km au large de la base de Mizawa.

Une course de vitesse entre Américains, Russes et Chinois

Cette opération est indispensable pour bien comprendre les raisons qui ont conduit au crash d’un avion qui n’affichait que 280 heures au compteur. Défaillance mécanique, logicielle ou défaillance du pilote ? Un véritable casse-tête japonais pour les enquêteurs américains en perspective.

Mais au-delà des aspects strictement techniques et industriels, la localisation du F-35A, puis son repêchage sont indispensables pour éviter que les voisins russes ou chinois ne mettent la main sur les secrets technologiques de cet appareil de cinquième génération. Des voisins turbulents qui tentent actuellement de mettre au point leurs propres programmes d’avions de combat de cinquième génération.

Le Japon perd un F-35A

Un concentré de technologie, une mine d’informations

En effet, le F-35A, malgré ses déboires techniques et ses dépassements de budget à répétition est un concentré de technologie. Sur la liste des secrets à protéger figurent les matériaux qui le constituent et qui contribuent à le rendre difficilement détectable par les radars, l’architecture interne des systèmes, son radar à antenne active, son moteur,  et ses moyens de communication, d’identification  et de guerre électronique.

Mettre la main sur un exemplaire du F-35A reviendrait à accélérer les programmes équivalents en Russie et en Chine qui peinent à mettre au point des moteurs de nouvelle génération. Cela fragiliserait les pays de l’Otan qui ont fait le choix de l’avion américain pour leurs forces aériennes. Pour mémoire le F-35A est un avion furtif qui, pour accomplir sa mission, doit interagir par liaison de données tactiques protégées avec les autres moyens militaires occidentaux tels que les AWACS, et les moyens de commandement C4ISR.

Pour Lockheed Martin, l’avionneur qui a conçu le F-35A Lightning II, la compromission des secrets de l’avion revient de fait  à diminuer son attrait commercial. En effet qui voudrait d’un avion furtif dont la furtivité serait en passe d’être contrée par les systèmes Russes et Chinois ? Ce cauchemar militaire, technique et commercial a déjà été vécu par les Américains et  les Russes.

Mig-25 ou l’histoire d’une défection lourde de conséquence

Pour bien comprendre, un petit retour en arrière s’impose. Nous sommes en pleine guerre froide, le 6 septembre 1976. Ce jour- là, un MIG-25 Foxbat Soviétique à court de carburant se pose sur l’aéroport japonais d’Hakodate. Son pilote, Viktor Belenko vient de faire défection avec le fleuron des forces aériennes du pacte de Varsovie. Un avion tout neuf, capable, selon les experts militaires des années 60, de dépasser facilement Mach 3, et  qu’aucun avion occidental ne pouvait alors rattraper.

L’étude approfondie de l’avion et le débriefing de son pilote ont rassuré les services de renseignement occidentaux quant aux capacités réelles du MIG-25 face aux F-15 et F-14 qui équipaient l’USAF et l’US Navy alors. De plus, la CIA a fait main basse sur la technologie du radar et du système d’identification Soviétique, l’équivalent de l’IFF occidental. Une brèche de sécurité inadmissible qui a imposé le développement par Moscou d’un nouveau système IFF pour tout le pays, de nouveaux radars, et d’une nouvelle version du MIG-25.

Pour faire bonne mesure, l’avionneur MIG a été sommé de préparer au plus vite le successeur d’un avion désormais ringardisé par un déserteur ; ce sera le MIG-31 qui entrera en service dans les années 80. Au total une facture estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars de l’époque.

Fin anticipée du F-117 pour cause de secrets éventés

Quelques années plus tard, en 1999, c’est au tour des Russes de rendre la politesse à Washington. En effet, le 27 mars 1999, en ex-Yougoslavie, un avion furtif F-117 a été abattu par un missile tiré d’une batterie SA-3 « améliorée localement » par les forces serbes. Peu de temps après les débris de l’avion ont pris le chemin de Moscou pour y être analysés en détail.

Du coup, l’avion d’attaque furtif  de Lockheed Martin, qui avait démontré son invulnérabilité en Irak pendant la guerre du Golfe a été retiré du service sans délai. Toujours en 1999, ce sont cette fois les Chinois qui mettent la main sur un avion espion américain EP-3, un dérivé de l’avion de patrouille maritime P-3 Orion bourré de matériel d’écoute radio et radar dernier cri.

L’équipage a eu le temps de détruire les équipements sensibles ainsi que d’effacer les données collectées avant de se poser sur l’Ile de Hainan. Il n’empêche cet appareil doté d’un système de mission rénové a été étudié dans ses moindres détails par les experts chinois qui se sont rapidement dotés d’appareils aux performances analogues.

Sous le couvert du secret, des experts américains expliquent que la chute d’appareils d’attaque à géométrie variable dernier cri  F-111 au Vietnam dans les années 70 aurait donné naissance à un cousin soviétique au rôle similaire… le Sukhoi-24.

Bref, les cas de transfert de technologie involontaires ne manquent pas dans l’histoire.

Pour Lockheed, pour l’Otan et ses alliés, il est tout simplement hors de question qu’un F-35A tombe entre des mains de pays rivaux, il en va de la crédibilité militaire occidentale et de l’avenir d’un programme hors de prix qui a déjà couté trop cher pour qu’on puisse se permettre de le stopper.

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9 commentaires

  • stanloc

    Je me souviens d’avoir suivi à la TV, un jour, une interview de Monsieur Marcel Dassault, et le journaliste lui posa la question, s’il ne craignait pas que les israéliens ne copient les avions qu’il venait de leurs vendre. Il répondit que cela leur prendrait au moins trois ans et que durant ce temps il ferait progresser ses propres avions, donc les copies auront toujours au moins 3 ans de retard.
    Il y a encore un monde à inventer entre l’étude d’un produit fini et la façon de le fabriquer. C’est dans les tours de main pour contourner les difficultés de fabrication et les astuces de conception/fabrication , que réside la supériorité d’une production. Il faut créer tout l’outillage spécifique déjà, et cela n’est pas une mince affaire.

  • Palou

    Bonjour, je suis en train de rechercher le bouton « like+mdr+bienfaitpourleurpoire », pourriez vous avoir l’obligeance de me l’indiquer ?
    En vous remerciant !
    loool
    C’est la meilleure nouvelle de la journée..
    Pour la France.
    Sans haine pour les U.S. mais ça serait tellement justice.
    Palou

  • Alanqua

    Est-ce qu’il existe des systemes d’autodestruction? Par exemple de l’acide qui se deverse sur les cartes electroniques ou les systemes internes pour les fondre et les rendre inexploitables?

    • Perlimpinpin

      Il est probable qu’en cas d’utilisation du siege éjectable, un système se charge d’effacer les mémoires de l’appareil et de détruire (par surtension) certains éléments critiques de l’appareil.

  • perlimpinpin

    A mon avis, le point le plus intéressant concerne le moteur F-135, si on regarde les appareils russes ou chinois, leurs moteurs sont en retard par rapport aux performances des engins signés Pratt et Whitney ou General Electric…Il y a eu d’autres transferts de techno involontaires, pendant la seconde guerre mondiale, les américains ont pu s’emparer d’un Zero japonais, après remise en état, il a permis aux pilotes US de mettre au point des tactiques et des avions plus efficaces. En corée, dans les années 50, in Nord Coreen a fait defection avec son MIG-15 flambant neuf. Plus tard, les israéliens se sont emparés d’un MIG-21…. aujourd’hui les USA reconnaissent disposer d’un escadron avec des MIG-23/29/ et des Sukhoi 27 en plus des Draken et Mirage mis à disposition par des sociétés privées. A quand in SU-35 ou in J20?

  • Vertaco

    Si le scénario se répète à l’identique que pour le F-117, ce serait le plus gros hold-up de l’histoire …

    • Patrick

      le F-35 est déjà le plus gros hold-up de l’histoire.
      Lookeed a piqué des centaines de milliards de dollars dans les poches des contribuables pour sortir ce .. ?? machin ??

  • maricel varon

    Le probleme avec le « reverse engineering » c’est que ca prend du temps et au final on aura au mieux qu’une copie. Les chinois ont copies le F22 et on maintenant un erzat d’avion furtif qui tombe en panne (moteurs) et qui n’est pas si furtif que ca, ce sont pourtants des as de la copie :))

    • Patrick

      Bof , faire une copie de ce machin n’a pas forcément d’intérêt.
      Par contre , mieux connaître l’électronique et l’informatique embarquées pour mieux les pirater , ça , ça a de l’intérêt.

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