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La Roumanie joue avec les nerfs d’Airbus Helicopters
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Malgré un fort investissement sur le long terme, l’hélicoptériste européen attend toujours de voir venir des contrats en Roumanie. L’usine montée de toutes pièces pour le programme H215 est opérationnelle, mais n'a pas de commandes. Plus inquiétant : Bucarest, tenté à son tour par le F-35, souhaite également commander des hélicoptères de combat AH-1Z américains.

7.09.2017

Avec le H215 (nouveau nom des Super Puma AS332C1e et L1e) made in Romania, Airbus Helicopters veut offrir un appareil performant et bon marché. © A. Pecchi / Airbus Helicopters

Vendre des avions et des hélicoptères est un sport parfois frustrant, qui ne récompense pas toujours à leur juste mesure le talent et l’investissement. Prenez la Roumanie… La France y a patiemment investi depuis plus de cinquante ans dans le domaine des hélicoptères.

Un partenariat de 50 ans

A l’époque où le pays était encore une dictature dirigée par Nicolae Ceausescu, Sud Aviation mettait en place une solide coopération avec IAR (Industria Aeronautica Romana) qui aboutissait à la création d’une industrie de l’hélicoptère locale avec deux valeurs sûres : l’Alouette 3 et le Puma. Le génie des Carpates et Madame ont quitté la scène sous les huées du public et il reste de cette époque, dans la région de Brasov, un terreau industriel très favorable avec quantité d’ingénieurs aussi francophiles que compétents.

C’est en s’adossant à ce contexte favorable qu’a été créé Airbus Helicopters Romania en 2002 : une co-entreprise avec IAR qui emploie aujourd’hui 160 personnes et affiche une solide réputation dans la maintenance lourde, la reconstruction d’appareils accidentés ou même les programmes de modernisation. C’est par exemple à AHR qu’a été confiée la modernisation de vingt Puma pour la Royal Air Force. Et c’est encore AHR qui va moderniser trois Super Puma des garde-côtes finlandais.

Une filiale roumaine à 100%

Dix ans après la création de la co-entreprise, Airbus Helicopters a décidé de doubler la mise en portant sur les fonds baptismaux Airbus Helicopters Industries (AHI). A la différence d’AHR, AHI est une filiale à 100% d’Airbus Helicopters, qui a pour ambition de porter le projet H215 dans le pays. De quoi s’agit-il ?

Tout simplement de viser le marché de remplacement des Mil Mi8 et Mi17, ou encore des Sikorsky S61 encore en service dans le monde. « Un marché considérable » explique-t-on chez Airbus Helicopters, qui l’évalue à environ 1.900 appareils.

Super Puma made in Romania

Avec le H215 (nouveau nom des Super Puma AS332C1e et L1e) made in Romania, l’hélicoptériste franco-allemand veut offrir un appareil performant et bon marché. AHI fabriquera les appareils qui pourront ensuite être personnalisés par IAR, également associé au réseau de fournisseurs. A l’occasion de la visite du président Macron en Roumanie en août dernier, Airbus Helicopters et IAR ont d’ailleurs annoncé le prolongement de dix ans de leur partenariat stratégique.

Mais n’allez pas dire que c’est le scénario Renault-Dacia qui se met en place, vous seriez immédiatement contredit à Marignane. Renault vend en France des voitures fabriquées en Roumanie. Airbus Helicopters quant à lui ne renonce pas à produire la famille H215/H225 en France. Le problème, c’est que l’usine roumaine de 10.000m2 inaugurée en décembre 2016 attend toujours sa première commande. Et notamment une commande roumaine qui permettrait de remplacer la cinquantaine de Puma encore en service dans le pays. Mais Bucarest ne semble pas pressé.

La concurrence américaine

Une situation d’autant plus énervante pour Paris que dans le même temps la Roumanie a signé une lettre d’intention avec Bell Helicopters pour la fourniture d’hélicoptères de combat AH-1Z Viper. Les appareils seront assemblés en Roumanie dans le cadre d’une co-entreprise entre cette fois Bell et le groupe national de défense Romarm.

Cette annonce intervient dans un contexte d’augmentation des dépenses militaires dans le pays, qui annonce vouloir investir une dizaine de milliards d’Euros dans ses équipements militaires d’ici 2026. Une manne qui profite pour l’instant essentiellement à l’industrie américaine : outre les AH-1Z, Bucarest pourrait acheter des missiles Patriot et une douzaine de F-16 block 50/52 d’occasion. Les Roumains annoncent même vouloir rejoindre, à terme, la communauté F-35 ! Ca commence à faire beaucoup pour un pays qui reste l’un des plus pauvres d’Europe…

Frédéric Lert

 

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

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