Accueil » Dépose minute » Docteur Donald et Mister Trump

Docteur Donald et Mister Trump

© Vincent / Aerobuzz.fr

Donald Trump a toujours été un bon client pour nos Dépose Minute dominicaux. Mais je vous avoue qu’en ce début 2026, j’ai du mal à suivre. Orange Man ayant démarré la nouvelle année sur les chapeaux de roues, le plus simple reste encore de prendre les choses dans l’ordre chronologique.

Le 7 janvier dernier, le leader maximo de los Estados Unidos a indiqué que son pays devrait porter son budget militaire à 1.500 milliards de dollars dès 2027. Il est aujourd’hui, à quelques poussières de milliards près, d’environ 1.000 milliards, vingt fois celui de la France. L’augmentation serait donc de 50% d’une année sur l’autre.

C’est une idée pleine de finesse. Après tout, quand on a déjà le budget militaire le plus élevé de la planète — supérieur à celui des dix pays suivants réunis — la seule décision raisonnable, c’est d’appuyer encore un peu plus sur l’accélérateur pour vaporiser des milliards supplémentaires avec élégance. Il n’est jamais inutile d’acheter des avions qui ne volent pas, des croiseurs qui ne croisent pas et de financer des programmes secrets si secrets qu’ils ne servent à rien.

Il y avait déjà le Golden Dome censé protéger les Etats-Unis contre tout ce qui vole, voici venir maintenant la Golden Fleet, une marine de combat plaquée or avec des cuirassés de 35.000 tonnes qui promettent de faire d’excellentes cibles. L’US Navy, où l’on trouve finalement autant de sycophantes qu’à Pyong Yang, parle sans rire pour ces futurs navires de la « class Trump ». « La marine américaine dirigera la conception de ces navires en collaboration avec moi » a expliqué le président US, ajoutant sans trembler « parce que j’ai un fort sens de l’esthétique ». Donald Trump en veut 25, pas un de moins. A 10 milliards pièce, faites le calcul. C’est fascinant, mais reconnaissons que l’objectif est louable puisqu’il s’agit d’être prêt à gagner toutes les guerres possibles, y compris celles qui n’auront jamais lieu, contre des ennemis imaginaires, dans des scénarios écrits par des consultants grassement payés.

Mais attention, Docteur Donald est aussi Mister Trump, avec cette capacité inouïe de repousser toujours plus les limites du possible. Quelques jours donc après avoir satellisé le budget de la défense US, il a tourné ses batteries vers l’industrie de défense, l’accusant de trop payer ses patrons et de trop rémunérer ses actionnaires au lieu d’investir dans les outils de production.

Honnêtement, personne n’avait vu venir cette épiphanie, concrétisée par un méchant coup de genou dans les parties sensibles de RTX (ex Raytheon), le deuxième fournisseur du Pentagone derrière Lockheed Martin, accusé par un simple tweet d’être le moins réactif des fournisseurs du Pentagone. Surpris par cette attaque soudaine, RTX a immédiatement plongé à l’immersion périscopique et surveille le passage de la tempête en surface…

Comment expliquer cette soudaine croisade contre l’industrie de défense, quelques semaines après lui avoir offert 500 milliards d’étrennes ? Venant de Donald Trump, l’homme qui monétise tout ce qu’il touche, c’est un peu comme voir un pyromane proposer d’installer des détecteurs de fumée : inattendu, confus, et profondément suspect. L’explication la plus rationnelle voudrait qu’il ne s’agisse que d’une réforme trumpienne : spectaculaire dans le discours, floue dans l’exécution, et au bout du compte parfaitement compatible avec le statu quo.

Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une trentaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les commentaires sont reservés aux Abonnés premium

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.