
Cette chronique aurait dû parler du sous-continent indien, de l’effacement de la Russie, des ambitions indiennes, de la montée en puissance de la France et de la Chine en embuscade. Nous aurions évoqué les changements d’équilibres industriels et géopolitiques, les gagnants et les perdants, l’accélération de l’histoire née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Après un demi-siècle d’hégémonie et d’amour foufou entre Moscou et Delhi, les cartes ont été méchamment rebattues et il aurait été passionnant de développer le sujet. Le partenaire historique de l’Inde est apparu faible, incapable de venir à bout de son ancien vassal, incapable de tenir ses engagements. Les besoins nationaux russes ont entrainé des retards de livraison aux clients exports, retards synonymes pour l’Inde de dangereuses pertes de capacités opérationnelles face au Pakistan à la Chine. En vrai, pour parler comme un influenceur coincé à Dubai, cette chronique aurait été l’une des plus ambitieuse et érudite de ces dernières années.
Au lieu de quoi l’ami Donald a appuyé sur le gros bouton rouge posé sur son bureau et lancé l’opération Epic Fury. Et brusquement le fonctionnement du monde et de ses zones d’influence est passé de la tectonique des plaques à une logique de tectonique des claques. Une nouvelle danse dont le président américain est le chorégraphe en chef et qui se joue dans une cour de récréation mondiale où Donald tient simultanément le rôle de surveillant général et de chef de bande façon La guerre des boutons.
Face à lui aujourd’hui, l’Iran, élève réputé difficile dans le récit qu’il se raconte. Les limites de la patience du SurGé ayant été rapidement atteintes, la diplomatie est devenue une scène de western, une bagarre générale dans un saloon avec Bud Spencer comme premier rôle. J’en colle une à machin qui se retourne et en colle une autre à truc qui passe à son voisin etc. Et c’est comme ça que moins d’une semaine après son lancement, l’opération Epic Fury a entrainé derrière elle une douzaine de pays. La tragédie de la politique internationale, c’est que la fanfaronnade peut très vite quitter le registre de la comédie. Une claque annoncée devient missile, un duel verbal devient assassinat d’état, et soudain la cour de récréation ressemble moins à une farce qu’à un baril de poudre.
Un commentaire
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Ça ira déjà mieux quand les américains auront compris qu’ils ont élu un dérangé du bulbe.
Mais comme le faisait remarquer Jancovici, les américains n’ont pas culturellement la notion de limite.