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Privés de jets

« Ils creusent leur propre tombe ». C’est une conversation entre amis, la discussion a glissé vers la polémique du moment sur les « jets privés » et cet ingénieur du secteur de l’énergie vient de lâcher une condamnation sans appel. Il faut l’admettre, l’aviation d’affaires – une dénomination plus exacte – a poussé le bouchon un peu loin. Ses acteurs continuent de justifier des comportements qui ne sont plus acceptables dans un contexte de changement climatique avéré et douloureux.

Certes, pour un dirigeant, faire un Chambéry-Poitiers en Pilatus PC-12, en compagnie de plusieurs collaborateurs, est une bonne utilisation du temps et de l’argent de l’entreprise. Sur certaines destinations desservies par une ligne aérienne, la décision peut encore s’entendre. Un Cessna Citation Mustang peut faire gagner un temps précieux à ses passagers : ils décident de l’heure de départ et c’est l’avion qui les attend. En outre, ils bénéficient d’un cadre de travail où la confidentialité est assurée.

C’est en substance ce qu’expliquait Renaud Helies, directeur général de Sparfell Aviation, sur le plateau de JumpSeat. Et c’est ce que les acteurs du secteur de l’aviation d’affaires ont longtemps défendu : le concept de bureau volant.

Il n’empêche. Les liaisons les plus demandées chez GlobeAir – un exploitant reconnu pour la pertinence de son positionnement sur le marché – en 2019, avant la crise du COVID-19, étaient… Paris-Nice et Genève-Nice. Dans les deux cas, le passager a pourtant l’embarras du choix entre le train et l’avion de ligne. Ce dernier consomme 3 l/100 km par passager, de l’ordre de 10 fois moins que le Mustang si l’on tient compte du faible remplissage observé chez GlobeAir (pas plus faible qu’ailleurs a priori). Les arguments habituels des avocats de l’aviation d’affaires – même celui de la confidentialité puisqu’il s’agit d’un vol court – paraissent bien faibles.

La polémique ne retombe pas. Le groupe LFI a déposé une proposition de loi visant à interdire « la circulation des avions privés affrétés à la demande d’un particulier ou d’une entreprise hors vols commerciaux classiques ». En d’autres temps, la gauche aurait surtout défendu le secteur industriel de l’aviation d’affaires, salué l’avance technologique des Falcon de Dassault et réclamé de meilleurs salaires pour les ouvriers sur les chaînes de fabrication. En 2022, on estime qu’il s’agit d’éviter un contre-exemple démotivant au citoyen prêt à faire des sacrifices.

L’aviation d’affaires doit se prendre en main. Airbus, qui mène la danse technologique chez les constructeurs d’avions de ligne, vise 2035 pour la mise en service d’un avion sans rejet carboné, grâce à l’hydrogène. Un objectif ambitieux. C’est ce qui manque à l’aviation d’affaires.

L’impulsion pourrait venir de là où on ne l’attend pas : du Canada. Bombardier, dont les Challenger et Global sont appréciés de leurs clients, n’est pas le constructeur le plus décoiffant en matière d’innovation. C’est pourtant son projet Ecojet d’aile volante qui pourrait débloquer la situation, en offrant une consommation considérablement diminuée. Les autres avionneurs auront-ils l’audace de suivre ?

Thierry Dubois

Thierry Dubois

Thierry Dubois est journaliste aéronautique depuis 1997. Ingénieur Enseeiht, il s’est spécialisé dans la technologie – moteurs, matériaux, systèmes — et la sécurité des vols. Chef du bureau français du magazine Aviation Week, il anime aussi des rencontres comme les tables rondes du Paris Air Forum. Pour Aerobuzz, Thierry Dubois couvre notamment les hélicoptères civils et des sujets techniques.

15 commentaires

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  • Les journalistes mainstream ont trouvé un nouveau cheval de bataille pour occuper l’attention du public. Comme d’habitude, très peu d’argumentation, beaucoup d’émotions (faut bien concurrencer Netflix).

    Quoi qu’il en soit, le couple présidentiel a sans doute pris COTAM Unité (7X) pour aller rendre hommage à feue Elisabeth II, la gendarmerie n’étant pas nécessairement capable de garantir la sécurité d’un Eurostar ou même d’un Shuttle/Ferry, si quelqu’un avait eu cette idée saugrenue.

    Il y a pleins de raisons de prendre un jet, des bonnes, des mauvaises ; la plupart des gens ont une opinion tranchée sur le sujet, même s’ils ne le maîtrisent pas.

    Il est à noter, que l’on est prêt à interdire les jets privés, alors que personne n’imagine fermer, au hasard BFM-TV, LCI, etc. qui consomment énormément d’énergie, sans doute plus que toute la flotte française d’affaire, mais n’apportent pas plus que cela à la communauté.

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  • Bdd13, il n’est pas question d’une remise en cause du réchauffement climatique, juste une divergence sur les causes. A chacun sa paroisse.
    Là où tout le monde devrait s’accorder, c’est sur ce qu’il faut faire dans l’urgence.
    Faire de grandes réserves d’eau (de pluie) me parait plus opportun que d’empêcher les avions de voler.
    En France. Parce qu’ailleurs, est, ouest et Asie l’idée ne les effleure même pas !

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    • Il n’y a pas de divergence sur les causes dans le monde scientifique, qui a abouti à un consensus (cf GIEC 2021). J’ai fait partie de ce monde, et je peux vous dire qu’il y a longtemps qu’il y avait consensus, mais que voulez-vous, il y a toujours des bandes de « je sais mieux que tout le monde » pour dire le contraire sans qu’on puisse valider leur propos par une quelconque raison valable.
      Petite parenthèse : faire de grandes réserves d’eau, même de pluie, n’est pas toujours opportun. Beaucoup d’hydrologues pourront vous l’expliquer, et ce, pour de multiples raisons.
      Nous sommes dans une affaire d’une extrême complexité avec rétroactions, ce qui explique pourquoi nombre de gens ont « entendu parler » du problème, mais sont très loin d’en avoir une approche réaliste.

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  • Bravo Stanloc ! J’applaudis des deux mains et un peu des deux pieds, mais ce n’est pas très pratique. Et enfin, à moins que j’ai raté un épisode, la bande à Roy nous parle des salariés de Dassault. Il y aussi ceux de Daher et ceux des compagnies d’aviation d’aviation d’affaires… en particulier les jeunes pilotes qui ont là l’opportunité de se faire une maturité avant de postuler pour une grande compagnie. Et j’avoue que je ne comprends pas l’entrée de l’article :  » Ils creusent leur propre tombe ». Monsieur Dubois, dont vous permettrez que je me chauffe ou plutôt m’échauffe, vous avez des fréquentations discutables : un employé du secteur de l’énergie. Oui, oui ! Car, parlons-en ! Engie vient de me faire payer un surcoût de 575 € pour ma consommation de chauffage de l’hiver dernier, mais en l’ajustant au prix du gaz poutinien, et en outre après un changement de compteurs dont ils sont seuls maîtres !!! Alors, au lieu de taxer les jets qui transportent les super chefs d’entreprise, les pilotes de Formule 1 – quoique là aussi nos chers politiques ont tout fait pour annihiler la course automobile en ce pauvre pays de France, avec d’abord l’interdiction de se doucher au Moët & Chandon -, les stars du cinéma, les footeux (et on sait d’où ils viennent !), etc.. enfin toutes personnes susceptibles d’être sans arrêt importunés dans les transports en commun par le bof moyen franchouillard, qu’on peut facilement rencontrer à chaque coin de rue, hé bien au lieu de taxer leurs jets, surtaxons donc ces entreprises qui se sont faites des c… en or avec l’augmentation de l’énergie, comme celle de votre ami Engyman, et les gros SUV allemands, dénoncés par Stanloc, ce qui permettra peu-être de rééquilibrer la balance franco-allemande. Le moindre jeune, mal rasé, lunettes Ray-ban et casquette à l’envers, s’achète une Audi ou une BMW – d’occase, certes ! – dès qu’il a son premier sou. Or, je considère que, vu le nombre, ils polluent et portent préjudice à notre économie dans des proportions gigantesques à côté des nuisances des TBM et des Falcon qui sont des fiertés nationales et font vivre des milliers et des milliers de gens, y compris des bons qui achètent des SUV Audi, BMW et même des Mercedes et des « Voitures du peuple » (ah ! j’avais failli les oublier ceux-là !). Bref ! Il y en a marre de ces attaques contre tout ce qu’on fait encore de bien en France, et il y en a marre de ces écolo-mélanchoniques qui rappellent le pacte germano-soviétique et les sabotages des inféodés à Moscou pendant que nos aviateurs attendaient leurs Dewoitine 520, bloqués à Francazal par manque d’approvisionnement des hélices de la maison Ratier en proie à des grèves dures… en 1940. Bon, ça fait du bien, et en outre ça m’a permis de penser fort à l’ami Jean-Baptiste Berger. J’ai l’impression qu’il m’a tenu le coude en faisant mon tapuscrit. Aviateurs, levez-vous, ne restez pas silencieux ! Ils vont nous passer par les armes si ça continue. Bon dimanche, quand même !

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    • Cette affaire de climat est en train de diviser la population, alors que nous devrions tous (tous, sans exception) faire des efforts pour limiter les dégâts.
      Une chose est sûre en vous lisant : vous êtes très loin, mais vraiment très loin, d’avoir conscience de l’urgence (comme les politiques, comme les chefs d’entreprises, comme les journalistes, comme beaucoup de gens en ce monde).
      Vous comprendrez dans quelques années (bientôt) et vous rappellerez la teneur de mes propos.
      En 2009, j’avais répondu à un directeur de parc régional, qu’on ne verrait les effets du CC que dans une dizaine d’années. 10 ans plus tard, les feux ravageaient la moitié de la planète (Canada, US, Sibérie, Australie…), et les niveaux d’étiage n’ont jamais atteint de si bas niveaux.
      Dans moins de dix ans, les effets du CC seront décuplés, et vous comprendrez alors ce que « urgence » veut dire.

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      • Concernant les incendies de forêt, il suffirait de broyer les broussailles au sol pour les mettre dans un gazogène. Ce n’est pas une blague,ça existe depuis la 2nde guerre mondiale.

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    • Non pas possible ?!
      Vous dites que certains jeunes sont mal rasés, avec des Ray-ban et une casquette à l’envers ?
      Mais où va-t-on ?
      Pauvre France !
      Mais que fait la police ?

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  • Toujours le même problème : c’est bien gentil de dire que les avions consomment trop alors que quand on a une solution intéressante à proposer, on a l’impression que tout est fait pour que ça n’aboutisse pas. Dit autrement, rien n’est fait pour que cela aboutisse.

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  • Bah … il faut bien des jets privés pour aller négocier de nouvelles éoliennes pour fleurir nos campagnes bientôt desséchées.
    Moi, fan des paramètres de Milanković, je suis dubitatif devant ce tintamarre écolo-climatique.
    Il fera plus chaud, plus sec, pour quelques années, décennies, siècles. Ou plus froid, glaciaire.
    L’histoire de laTerre. Les jets n’y changeront rien.

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    • Ah non, tout faux. Milankovitch nous donne des variations de 5° sur des millénaires (cf carottages du quaternaire en Antarctique sur 800 000 ans : la dernière ère glaciaire date de 20 000 ans, et la prochaine du même ordre dans 60 000 ans cf A. Berger 1981).
      Là, il est question de 5° sur 2 siècles, voire même 1 siècle et demie.
      Chaque kg de CO2 envoyé dans l’atmosphère contribue à la fonte de 15 kg de glacier.
      La combustion de 1 kg de kérosène fournit 3 kg de CO2 par oxydo-réduction.
      Un jet consomme la bagatelle de 1 tonne à l’heure en moyenne, ce qui fait 3 tonnes de CO2 à l’heure, et donc une contribution à la réduction des glaciers de 45 tonnes à l’heure.
      Les jets font partie de l’équation de réduction des émissions. Certes le paramètre n’est pas le principal, mais il participe aussi à la réduction des emmerdements sociétaux.

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  • A la lecture de tous ces messages fustigeant tel ou tel produit « de luxe » je ne peux m’empêcher d’y voir de la jalousie dans les propos des gens qui attaquent leur production/utilisation.
    Tant mieux si le luxe peut faire vivre une industrie et ses salariés.
    Tant mieux si des gens peuvent encore tirer vers le haut « le beau », l’excellence.
    Que l’aviation ait à s’adapter aux exigences du moment est une chose mais que diable il n’y a pas de raison de tirer à boulets rouges sur les jets privés, la production des diamants, des bateaux luxueux alors que tout le monde roule dans des voitures énormes (la résistance de l’air est proportionnelle à la surface du maître-couple) mues pas des moteurs monstrueux.
    Si vous avez besoin de recaler votre jugement mettez côte à côte une 4 CV Renault et un SUV (sans utilité véritable) DACIA et on ne parle pas des SUV allemands alors là c’est du délire. Or ces véhicules sont occupés la plupart du temps par une seule personne ou tout au mieux par deux personnes.

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    • Mais rassurez-vous, les scientifiques tirent à boulets rouges sur la production des diamants, celle des bateaux luxueux et des SUV.
      Le monde souhaite juste être raisonnable.
      Si les idiots de propriétaires d’avion étaient plus raisonnables, on leur foutrait la paix. Ils n’ont qu’à montrer un peu de sérieux, plutôt que de réimmatriculer leur avion à l’étranger pour échapper au tracking, et mettre 3 sous dans de la communication pour apaiser la situation.
      Mais il faut juste un peu d’intelligence.

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    • Vous avez parfaitement raison pour ce qui est des comportements délétères en matière automobile.
      Mais les excès en matière aéronautique ne sont pas pour autant excusables.

      Selon vous, parce que mon voisin fait des excès, j’ai le droit d’en faire aussi.
      Que l’autre commence à faire des efforts et j’en ferai aussi.

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      • Vous avez raison François, on peut se passer de tout… Ça s’appelle la mort.
        Celà étant, il ne faut abuser de rien 😊

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      • Non selon moi il faut éviter lorsqu’on a la bouche pleine de dire à quelqu’un qu’il a un confetti de salade sur les dents. Cela se formule aussi par « commencer par balayer devant sa porte avant de critiquer la propreté chez l’autre ».

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