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Militaire deux carrières

par Frédéric Lert

Il y a deux mots sacrés aux Etats unis : vétéran et héros. Quand on prend l’avion Outre Atlantique, il n’est pas rare que l’équipage fasse applaudir les passagers en uniforme qui reviennent d’une contrée lointaine où ils ont sauvé la démocratie. Qu’ils aient passé 6 mois devant un écran à gérer le stock de crème glacée d’une base avancée n’y change rien : ils ont défendu le monde libre, ce sont des vétérans. Et s’ils ont fait correctement leur boulot, ce sont des héros.

Une bonne communication institutionnelle se doit de ne jamais l’oublier et Airbus Helicopters Inc, la filiale américaine de l’hélicoptèriste, rappelle systématiquement dans ses communiqués de presse la présence de nombreux vétérans dans son personnel. Le dernier communiqué célébrant le million d’heures de vol des UH-72 Lakota l’écrit même deux fois ! On n’est jamais trop prudent…

C’est une chose qui peut nous faire sourire de ce côté ci de l’Atlantique. Après tout, ce ne sont pas les vétérans qui manquent en France, mais l’époque où l’on pouvait s’en glorifier est passée.

Les militaires eux-mêmes ne donnent-ils pas des verges pour se faire battre quand ils s’interdisent de sortir en uniforme de leur ministère ? Le matin et le soir devant le « balargone », c’est le défilé des employés d’une multinationale comme une autre, avec peut-être un peu moins de mallettes en cuir et un peu plus de sacs sur l’épaule. Les militaires appliquent leur science du camouflage pour se rendre anonymes.

Malheureusement, cet anonymat perdure une fois quittée l’institution. Bon an mal an, ce sont par exemple des dizaines de pilotes et de navigateurs de combat qui quittent l’Armée de l’Air et de l’Espace à la fin de leur contrat, après 20 à 30 ans de service. Idem pour l’aéronavale et l’ALAT.

Il s’agit la plupart du temps de jeunes quadragénaires au sommet de leur art qui ont souvent accumulé, c’est particulièrement vrai pour ces deux dernières décennies, une expérience opérationnelle considérable. Ils ont été placés dans des situations difficiles et savent maitriser le stress aussi bien que d’autres les présentations powerpoint. Ils savent dire bonjour, se lever tôt le matin. Ils savent lire et écrire, travailler en équipe. Et surtout ils ont été très bien sélectionnés et formés. Il y a sans doute des exceptions, mais pour la commodité de la démonstration on s’en tiendra aux généralités.

On peut penser que leur départ représente une perte sèche pour l’institution, mais il faut bien faire de la place pour ceux qui arrivent derrière. On peut aussi croire que c’est une chance pour la société, même s’il y a parfois un gouffre entre le monde des armes, bien souvent rejoint par idéal, et le monde civil trop souvent placé sous le signe des affaires.

Ces navigants irriguent le pays de leurs savoir-faire et de leur savoir-être. A Aerobuzz.fr, on en connait des dizaines qui poursuivent une deuxième carrière en compagnie aérienne, dans des grands groupes ou des PME, comme scénaristes de BD, informaticiens, paysans, journalistes, ingénieurs, restaurateurs ou fabricants d’accessoires de modes…

Ces dernières semaines, on les a vus pendant Volfa, on les a salués au salon du drone, on les a croisés à d’innombrables reprises dans les aéroclubs. Ce sont nos vétérans, ils sont discrets, et on tenait nous aussi à leur dire qu’on les aime bien…

Frédéric Lert

 

7.11.2021

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A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

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6 commentaires

  • Stormy

    Merci pour ce beau texte, si vrai.

    Avant en France on disait « ancien combattant » – et puis sous l’influence américaine on s’est mis de plus en plus à dire « vétéran »… Ce terme était utilisé en France pour désigner les anciens légionnaires romains à qui on donnait un bout de terre pour coloniser aux marches de l’Empire (les Anglais firent ça après la deuxième GM, donnant des fermes sur les hautes terres du Kenya et de la Rhodésie à ceux qui avaient bien servi la Couronne et qui étaient assez courageux pour s’établir là-bas avec femme et enfants – on a dit ensuite que c’étaient d’affreux colons)

    Bien vu pour tous ces pseudo-guerriers qui pullulent sur les bases américaines, en treillis du matin au soir et qui au mieux gardent la clôture en fumant des joints. Comme beaucoup de Français, j’ai donné , merci – on y apprend à les détester.

    Et pour info celui de chez nous qui y fait un séjour sans s’en homologuer une, c’est qu’il est resté dans sa tente le soir.
    Maintenant c’est vrai que cela interpelle de voir le soutien manifesté aux troupes engagées outre-mer « fighting terror » (quelle expression bien commode d’ailleurs)

    En France c’est un peu différent – enfin c’est tout de même bien mieux que dans d’autres pays européens.

    Bien vu pour la sortie de Balard – quand j’étais à l’Ecole de Guerre, je regagnais mon domicile avenue d’Iéna en tenue (j’ai toujours du mal à orthographier le mot « peurhe ») ce qui m’a donné l’occasion de distribuer quelques horions, reçus avec stupéfaction par la partie adverse qui avait cru l’insulte gratuite.

  • francois h.

    Beau texte fort bienvenu. J’apprécie l’allusion aux présentateurs de Powerpoint!

  • Charle de Graeve

    Merci Monsieur Lert.

    Très émouvant. Ils ont notre respect et notre soutien .

    Charles De Graeve
    27 ans sur hélico du Bell à l’Alouette III de l’ALAT, en passant par les Samu, secours en montagne et le Sahara…

  • Vladimir_K

    Il n’y a pour moi, pas plus exact que la dernière phrase de ce texte. La discrétion et l’humilité sont quelque chose que j’admire particulièrement chez les militaires français.

    À l’opposé, je suis toujours gêné lorsque des militaires canadiens se promènent dans les supermarchés ou tondent leur pelouse en tenu de combat (c’est d’ailleurs d’autant plus gênant que les critères d’entrée dans l’armée canadienne sont bien plus laxes que pour l’armée française).

    J’ai côtoyé durant ma carrière professionnelle des (ex) éléments des deux armées, et ce n’est pas par chauvinisme la différence de niveau entre les deux armées et que j’ai plus de facilité à respecter l’armée française que l’armée canadienne ou même américaine.

    Pour ce qui est du côté Ouest de l’Atlantique, se souvenir des deux premières guerres mondiales est justifié, même si l’intervention des États-Unis et du Canada a finalement été un service payant et payé et non un cadeau. Que penser de ceux qui ont vitrifié la Corée ? Ceux qui ont empoisonné puis brûlé le Vietnam ? Qui ont bombardé des civils et torturé en Irak, en Yougoslavie, re-Irak, Syrie, etc.

    Certes, ils n’ont fait que répondre aux ordres, mais cette dualité très affichée me gêne. Je suis sans doute trop européen. Mais cela ne change rien. Je suis fier des militaires français (de la plupart en tout cas), qu’ils soient pompiers, gendarmes ou dans la défense.

  • Daniel Fremont

    Bravo et merci pour ce beau texte bien tourné, et tellement remarquable en France!

  • Christine Grandguillaume

    Ils n’en parlent pas mais c’est dans leur regard et leur façon de regarder le ciel qu’on sait qu’ils ont un jour eu entre les mains autre chose que nos avions de club…..

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