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Baisse de cadence de production : un autre défi
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S’il est moins mis en avant par les avionneurs que le « ramp up », le « ramp down » n’en est pas moins un enjeu industriel. Pour cause de méventes, Airbus gère actuellement la baisse de cadence de production de l’A380.

5.07.2017

Face à une baisse de cadence (ramp down), l’enjeu consiste à maintenir la même dynamique, alors que la baisse de volume impacte toute la chaine. Il faut aussi limiter les coûts fixes malgré les baisses de volumes. © Airbus

Airbus vise un rythme de croisière à 10 A350XWB par mois en 2018. Autrement dit, l’avionneur s’est donné pas plus de trois ans, depuis la certification de son biréacteur long courrier de dernière génération, pour réussir sa montée en cadence. « C’est très ambitieux et c’est un véritable défi industriel qu’est en train d’être relevé par Airbus », affirme Nadège Collin, directrice de projet au sein d’Alten, société d’ingénierie et de conseil en technologie, qui accompagne le constructeur dans ce ramp up soutenu sur les différents axes critiques à la fois organisationnels et techniques. « Le succès d’un ramp up passe pas une sécurisation complète de toute la chaîne d’approvisionnement en amont, à la fois des fournisseurs, des usines et des assemblages finaux. »

Le Ramp down modifie les priorités

Une montée en cadence réussie passe par la sécurisation de la chaine d’approvisionnement en amont avec l’ensemble des partenaires et des fournisseurs, mais aussi par la sécurisation des moyens industriels au sein des entreprises comme au sein de la chaine d’assemblage final. Il faut également travailler sur les moyens organisationnels et sur la logistique.

S’il est possible d’établir un parallèle entre montée et baisse de cadence, il n’en demeure pas moins que le Ramp down constitue un enjeu industriel à part entière. « Le risque est lié au volume qui décroît. », explique Nadège Collin.

Sécuriser la qualité

« Pour le fournisseur, le client principal n’est plus le même, sa priorisation non plus, d’où la nécessité, pour le donneur d’ordres, de sécuriser la qualité auprès de ses fournisseurs ». Comme dans le cadre d’une montée en cadence, l’enjeu réside dans l’amélioration de la performance industrielle des lignes de fabrication.

La tentation est de croire que parce qu’on a été capable de produire de gros volumes, la qualité sera naturellement la même avec des plus petits. Le donneur d’ordres doit donc être vigilent pour s’assurer de cette qualité en amont. D’où la nécessité de réaliser des audits et d’être sûr que les moyens de contrôle n’ont pas été modifiés.

Airbus, accompagné par Alten, initie des projets spécifiques pour gérer les baisses de cadence. « Nous retrouvons les mêmes facteurs à sécuriser et à manager », affirme Nadège Collin qui évoque à ce stade, des notions de « polyvalence », de « formation » et de « présence ». « Il faut accompagner une baisse de cadence, comme on accompagne une montée », résume-t-elle. « L’enjeu consiste à maintenir la même dynamique, alors que la baisse de volume impacte toute la chaine. Il faut aussi limiter les coûts fixes malgré les baisses de volumes ».

Tous les fournisseurs du programme A380 sont confrontés à cet enjeu depuis qu’Airbus a décidé de faire tourner au ralenti sa chaine d’assemblage final. L’avionneur, lui aussi, doit relever ce défi, sur sa ligne d’assemblage final de Toulouse.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

4 commentaires

  • Bruno Guimbal

    …et ramp-up est l’équivalent en bon Français, d’embauches immédiates d’une masse déterminée de salarié(e)s, associées à de très nombreux épanouissements personnels et de très importantes contributions financières en charges sociales et impôts à la prospérité du pays. Voilà ! Arès est en train de découvrir le charme de l’industrie, dans un pays où ce n’est pas si courant.
    Bon, c’est un peu sur le ton négatif. Mais je suppose qu’Arès était parmi les milliers qui gueulaient « mais que fait le gouvernement, que font les actionnaires ! « , etc. avant qu’ils se décident à investir des milliards dans le pari du A380, il y a 18 ans.
    Je suppose aussi qu’Arès n’a jamais embauché personne dans sa vie.

    • Pilotaillon de première classe

      Merci de vous exprimer M Guimbal au sujet de l’emploi et en particulier dans le secteur de l’aviation, où l’on pense être protégé par la règlementation mais en oubliant l’histoire.
      Les grandes réalisations (Airbus, Boeing,…) dépendent effectivement de décisions politiques, car elle sont stratégiques, à l’échelle des états. Avec la limite observée sur le 380.
      Les programmes 100% privés eux sont en prise directe avec le marché…
      Nous allons donc un peu vite et simplifions en pensant que le succès est écrit à l’avance. L’emploi devrait lui aussi avoir « une dose de proportionnelle » intégrée à la réflexion collective, liée aux succès des programmes.
      La prise de décisions stratégiques au sein des entreprises pourraient être davantage partagées… si la confidentialité, la confiance pouvaient (re)naitre.
      Les risques et les profits lorsqu’ils sont obtenus, pourraient être mieux partagés si l’on se rencontrait entre parties prenantes, avec davantage de maturité.
      Monde idéal ???
      A suivre.

    • Arès

      Je suis très flatté de votre réponse Monsieur GUIMBAL, et permettez moi de louer au travers de ces quelques lignes, votre esprit d’entreprise qui fait vivre nombre de familles et honore notre pays.
      Mon commentaire n’était point dirigé contre AIRBUS, mais plutôt contre ces anglicismes que l’on utilise sans arrêt, alors que notre langue est si belle. Je reconnais, qu’il m’aurait fallu, comme vous l’avez fait, expliciter le « ramp up », pour éviter tout malentendu, mais bon c’est ainsi..
      Petite précision concernant votre réponse : vous faites erreur sur la dernière phrase, et sachez que je connais parfaitement l’implication quotidienne demandée par la direction et la gestion d’une entreprise, et je salue à nouveau votre engagement, ne souhaitant aux Hélicoptères GUIMBAL, ( petit clin d’œil ), que du « ramp up ».
      Très cordialement.

  • Arès

    Ramp down est l’équivalent en bon Français, de licenciements futurs d’une masse indéterminée de salarié(e)s, associés à quelques drames familiaux.

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