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La saga Beluga, saison 3

En décidant de lancer la construction d’un remplaçant du Beluga, Airbus démontre son attachement à un « système » de production mis en place en 1970 et sur lequel repose l’efficacité de l’approvisionnement de ses chaînes d’assemblage finale. Reste à trouver un nom au successeur du Beluga, lui-même descendant du Super Guppy…

30.11.2014

Airbus exploite une flotte de cinq Beluga. © Airbus

C’est une pièce maîtresse de ce qu’il est convenu d’appeler le « système » Airbus, l’acheminement des sous-ensembles de cellules vers les chaînes d’assemblage final de Toulouse et Hambourg et, pour l’A400M, Séville. Aujourd’hui banalisée, cette manière de faire était apparue très audacieuse en 1970, lors de la mise en place de l’avionneur européen. Elle avait été imaginée par Felix Kracht, l’un des pères fondateurs d’Airbus, plus spécialement chargé de la production.

Le Beluga, il suffit de le voir voler pour comprendre le choix de son nom de baptême. © Airbus

Le Super Guppy est une des pièces maîtresse du musée Aeroscopia de Toulouse. © Airbus

D’entrée, il avait été entendu entre Français et Allemands (rejoints plus tard par les Anglais et les Espagnols) qu’il n’y aurait pas la moindre duplication dans les fabrications. Et que les sous-ensembles seraient entièrement parachevés et équipés avant d’être envoyés à Toulouse. Un gage de grande efficacité, confirmée dans les faits au fil des années. Seule l’apparition de l’A380, il y aura bientôt 15 ans, a obligé Airbus à déroger à la règle, compte tenu des dimensions hors normes du très gros porteur. D’où un « système » différent, conçu sur mesure, fluvial et routier.

Le Super Guppy a été sauvé par les Ailes Anciennes de Toulouse. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Pour passer de la théorie à la pratique, à l’époque de l’A300B, Felix Kracht avait demandé à la société californienne Aero Spacelines de construire un appareil, « convoi exceptionnel » caractérisé par un diamètre de fuselage de 7,60 mètres. Ainsi prit forme le prédécesseur du Beluga, un Boeing C-97, lui-même dérivé du Model 377. Une machine qui, en apparence tout au moins, faisait penser à un défi aux lois de base de l’aérodynamique. Mais le Super Guppy n’en affichait pas moins de caractéristiques de vol très convenables. Les premiers exemplaires furent livrés à Airbus depuis la Californie, les suivants étant construits au Bourget par UTA Industries.

La montée en cadence des chaines d’assemblage final impose un rythme soutenu aux équipes qui font voler les Beluga. © Airbus

En un deuxième temps, le bureau d’études de l’avionneur européen imagina de dériver un appareil plus gros et plus performant de l’A300-600, officiellement baptisé Super Transporter mais bientôt connu sous l’appellation Beluga. Cinq exemplaires, aujourd’hui, assurent une véritable noria entre les centres de production européens, avec une belle régularité.

Au-delà d’un type d’avion, une organisation logistique remarquable…

Ils arriveront en fin de potentiel vers 2025, alors que les besoins ne cessent d’augmenter avec la montée en cadence de l’A320 et, bientôt, celle de l’A350. Avant de concevoir un Beluga « nouvelle génération », pour l’instant sans appellation, Airbus a revu toutes les possibilités de refonte du « système » imaginé il y a plus de 40 ans par Felix Kracht, y compris l’emploi de dirigeables. Cela pour opter finalement pour la prolongation d’une manière de faire qui a donné les preuves de son bien-fondé. D’où l’avion similaire qui va être créé au départ de l’A330. Et cela en gardant un maximum d’éléments du biréacteur gros porteur existant.

Boeing utilise trois Dreamlifter extrapolés du 747-400 pour l’approvisionnement des chaînes d’assemblage de 787 Dreamliner

Boeing, qui cherche rarement son inspiration en Europe, a choisi de faire de même, il y a quelques années, et a conçu le « Dreamlifter », au départ de la cellule du 747. Trois exemplaires en ont été construits et sont plus particulièrement dévolus à la production du 787 Dreamliner.

Airbus prévoit de mettre en service le premier Beluga de nouvelle génération à la mi-2019 et, pour l’instant, cinq exemplaires en sont programmés. Ils seront exploités en parallèle avec les Beluga de première génération et sans doute cette flotte sera-t-elle ensuite renforcée.

Pierre Sparaco

14 commentaires

  • jjdavidian

    La saga Beluga, saison 3
    J’opterai bien pour Orca etant donnee la taille et pour rester dans le monde aquatique

  • Seb

    La saga Beluga, saison 3
    Je suis novice et vais poser des questions de mon niveau. Dans le coût de fabrication d’un avion, quelle est la proportion du coût d’acheminement des tronçons, ailes, et cockpits du dit avion ? En comptant la fabrication et la maintenance des Beluga, et d’un point de vue économique uniquement (je dis bien uniquement), ne serait-il pas plus judicieux que la cellule complète de l’avion soit produite au même endroit ? Il y a des aéroports régionaux quasi inexploités avec des terrains gigantesques aux alentours. Je pense entre autres à Angers-Marcé et Châteauroux. Alors oui, il y aurait dorénavant des problème de délocalisation des compétences, de nouvelles villes à créer, etc… Mais combien coûte à Airbus ses bisbilles politiques européennes ?

    • Jean-Luc Soullier

      Du temps du STG377 l’estimation du poids économique du transport tournait autour de 2% du prix de vente d’un avion neuf. Il se disait alors que chaque fois qu’un Super Guppy prenait l’air AI perdait de l’argent, l’heure de vol était évaluée aux alentours de 15 000 USD de l’époque, soit un coût comparable à celui d’un 747. Ceci s’explique par le prix exorbitant de la maintenance de machines qui n’étaient en fait que des prototypes (et qui volaient sous un régime de CDNS, c’est à dire sous Annexe II). En fait l’amortissement de toute l’opération A300-600ST a fait passer l’estimation de 2 à 3% du prix de vente d’un avion neuf, (alors que les STG étaient, eux, totalement amortis) mais ça n’est pas le point. Le pont aérien est un maillon stratégique de l’organisation de production, et sa remise en cause n’est pas à l’ordre du jour point. J’ai un souvenir du patron du transport disant ‘ici il n’est pas permis de parler d’argent ». The buck stops here.

  • tout frais

    La saga Beluga, saison 3
    merci à 10 h 10 de confirmer mon idée ( sic ) pour appeler le futur  » gros  » le super beluga…cela va de soi ! on vote ?
    ..

  • YVON LAGOUGE

    La saga Beluga, saison 3
    Bonjour,
    Dans ma petite tête, j’ai pensé Hippocampe.
    Bonne journée.

  • tout frais

    La saga Beluga, saison 3
    Pierre SPARACO pourrait-il nous donner le maxi de précisions concernant les receptions CDN de ces Beluga, leur immatriculation, leurs conditions, et restrictions de vol…un petit résumé du manuel de vol SVP

    En ce qui concerne les nombreuses escales pour aller aux US, on pourrait peut être suggérer à Airbus d’utiliser le proto de MRRT ravitailleur , et envoyer les Baluga par 3 ou 4 pour simplifier les problèmes.
    et s’ il s’ agit d’ un  » pont arien  » baser un ravitatilleur à mi-parcours ! quel est le temps de vol ? à priori, l’ autonomie de base de ce type d’ avion est importante ??
    mettre une perche pour le biberon ne doit pas être un problème.

  • Bernard Bacquié

    La saga Beluga, saison 3
    Oui, ça c’est vrai, Monsieur Xavier. Quand Sparaco nous parle du Beluga, c’est du caviar ! Alors, pour le nom, je pourrais proposer… sevruga, mais c’est le plus commun et devant le beluga, qui était le préféré du shah d’Iran, ça ne tient pas la route. Il y a aussi l’osciètre, le meilleur à mon goût, mais il faudrait peindre les avions en vert.
    Finalement je pressens qu’ils vont nous sortir un autre nom de baleine. Il doit bien y avoir un Moby Dick chez les Airbusiens.

    • 10 H 10

      La saga Beluga, saison 3
      Si l’on suit la lignée des noms, ce sera Super Beluga puisqu’il y a eu le Guppy et le Super Guppy!
      Mais quel progrès depuis le Guppy! Enorme…..

  • Emc

    La saga Beluga, saison 3
    Çe qui est rigolo c’est que le 5ème Béluga a quasiment été construit en perruque sans véritable ordre de lancement.
    Et quand on a voulu én relancer un ou deux, et bien les outillages étaient introuvables, a l’inventaire certes, mais ou ???
    Ceci dit, en construire plus de 5 ne pose pas un problème de certification ?
    Çe n’est pas la meme norme ?
    A vérifier.
    Emc

    • tout frais

      La saga Beluga, saison 3
      c’est peut être compris comme de la construction amateur ? plus sérieusement, il y a vraisemblablement une STC, et sans doute à condition qu’il n’y ait aucune commercialisation, les spécialistes pourront sans doute nous en dire plus, c’est une question intéressante, mais qu’il y en ait, 3, 5 ou 10 ne doit pas changer grand chose à la délivrance d’ un certificat de navigabilité.
      il y a une solution, pour ceux qui ont beaucoup,de temps passer, avec l’ immat, il est possible de connaitre les détails du CDN….il existe certainement sur les documents DGAC…mais sans doute, près d’un livre à lire !

      Pour simple, il serait possible de les appeler les  » super-beluga  »

  • tout frais

    La saga Beluga, saison 3
    bis-répétita…il y a déjà eu un article à ce sujet, il y a quelques semaines et j’avais attiré l’ attention que si le bien fondé de cette formule est incontestable, à condition de  » voir avant  » ce qi n’avait ps été possible pour le beluga, il serait hautement souhaitable de pouvoir transporter toutes les pièces, Y COMPRIS L ‘ A 380 et de la mettre fin au système actuel , mi barge, mi routier…solution pas très aéronautique !
    a ma connaissance, il ne manquait pas grand chose pour transporter les ailes, et sur une version rallongée ( pourquoi pas ) on pourrait y mettre les fuselages, ou du moins les tronçons, comme c’est le cas pour les transports actuel qui n’a que trop duré….les riverains apprécieront !
    et pourquoi pas passer une maquette du  » super gros  » dans la soufflerie de Modane, ce qui permettrait de faire le maxi avec certitude
    à noter que la soufflerie Eiffel , aujourd’ hui propriété du BTP, mais qui ne refuse pas de faire de la sous-traitance. par location, et serait certainement très heureux d’ accueillir ce  » gros  »
    Pouvoir transporter les éléments pour les 25 ans à venir, ce doit être l’ objectif.
    Espérons que ces appareils puissent servir en même temps, pour tester en longue durée, différents équipements, tel que les roues motorisées pour le roulage au sol qu’il serait souhaitable de développer rapidement.
    sur ce type d’ appareil, ne ne semble pas que le poids soit un problème, mais essentiellement le volume, et le carburant à embarquer ne nécessite pas de grosses quantités.
    espérons aussi, que pour une bonne gestion, un fret en retour pour chaque Pays, puisse être mis en place.

    • Yves

      La saga Beluga, saison 3
      Concernant le cas du carburant a embarquer il serait judicieux d’augmenter l’autonomie pour pouvoir effectuer des rotations avec moins d’escales pour le site de Mobile aux USA…

  • Xavier

    La saga Beluga, saison 3
    Les analyses sont autant aussi rafraîchissant sinon plus que les nouvelles/ »breaking news », pour faire le point. Une fois de plus merci M. Sparaco !

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