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La « supply chain » du MC-21-300 affectée par l’embargo américain
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UAC y croit. Le constructeur russe maintient que son MC-21-300 pourra être certifié par l'EASA en 2020. Pourtant, l’embargo décrété par les USA avec la loi CATSAA, et imposé au reste du monde, a obligé plusieurs fournisseurs occidentaux comme Hexcel, Toray ou encore Solvay, de quitter le programme. Un coup dur pour le mono-couloir russe qui ambitionne de se positionner face à l’A320 et au 737.

13.03.2019

Si le moteur du MC-21, le PD-14, est russe, et n'est donc pas visé par l'embargo américain, d'autres composants comme les premiers caissons d’ailes tombent sous le coup de la loi CATSAA. © UAC

Heureusement que le moteur du MC-21, le PD-14, sera russe. Il a été certifié en octobre dernier. Car les caissons d’ailes des 11 premiers MC-21 fabriqués, ne sont pas russes. C’est Solvay, un groupe d’Arizona, qui les a fabriqués par injection de résine. Ils sont plus légers et moins onéreux que les pièces cuites avec le traditionnel procédé de cuisson par autoclave. Mais le CATSAA sanctionne les fournisseurs américains de l’industrie militaire russe.

Le 002 sur le parking d’Irkutsk, devant les halls d’Irkut, prêt à décoller pour Zhukovsky, en juillet 2018. © UAC

L’ironie est que les sociétés visées, telles que Solvay, fournissent des pièces destinées à des avions civils, même ils sont assemblés par des groupes de défense. Sous des prétextes de sécurité nationale, ce sont surtout les intérêts de Boeing qui sont défendus.

Rosatom sauve le MC-21.

Deux sous-traitants d’Irkut, Aerocomposite et ONPP Technologiya, réceptionnaient des produits composites fabriqués par Hexcel, Toray, et Solvay, et destinés à la fabrication de ces caissons d’ailes : trois sociétés qui ne peuvent plus honorer de contrats en Russie. Mais il ne reste à Irkut, que 6 kits d’ailes livrés, pour assembler 6 avions. Un décalage dans les livraisons ultérieures, dans le programme, est prévisible.

Le prototype 002 décolle d’Irkutsk, pour rejoindre le centre de recherches aéronautiques fondamentales Gromov, à Moscou – Zhukovsky © UAC

 

Le directeur du centre de recherche en aérodynamique (le TsAGI), a confirmé, le 14 janvier, que l’industrie possède le savoir-faire nécessaire pour réaliser de telles pièces, avec le soutien de ses laboratoires. On apprend aussi, que le russe Rosatom, expert en composites, devrait fabriquer les nouveaux matériaux dans son usine d’Alabuga (Tatarstan), au profit d’Aerocomposite et Technologies.

Le MC-21, 1er espoir depuis le crépuscule des Tupolev civils, il y a 30 ans.

Le MC-21 est un moyen-courrier développé par Irkut. Deux versions verront le jour : le MC-21-200 (de 132 à 165 passagers), et le MC-21-300 (163 à 211 passagers.) Une 3e version de 250 sièges, le MC-21-400, est envisagée. Les dimensions du MC-21-300 sont proches de l’A320, avec 36,8 m de longueur, 35,9 m d’envergure, et 11,5 m de hauteur.

Le premier prototype a réalisé un vol de convoyage de 4.000 km, en 6 heures, le 17 octobre 2017, entre son usine d’Irkutsk, et Zhukovsky, où actuellement, il poursuit ses essais en vol. Le 2e « proto » l’a rejoint le 20 juillet 2018. Le 3e est sorti d’usine, le 25 décembre, et volera en mars. Deux MC-21 sont eux aussi, affectés auprès de l’institut Gromov de Zhukovsky, mais pour des tests de résistance, et ne voleront pas.

UAC semble être déterminé à produire cet avion déjà commandé en 100 exemplaires par Aeroflot, et destiné aux marchés de CEI et d’Asie Centrale.

François Brévot

 

A propos de François Brevot

chez Aerobuzz.fr
François Brévot est un reporter globe-trotter, chroniqueur, et photographe, passionné d’histoire contemporaine, aéronautique et spatiale, et de géopolitique. Il écrit en particulier, sur l’aviation militaire moderne ou ancienne, française ou internationale, et de nombreux récits de voyages sur des destinations et musées à caractère aéronautique. Spécialisé sur les nouvelles puissances aériennes, il visite très régulièrement les salons aéronautiques émergents du nouveau Siècle, que ce soit en Russie, en Chine, en Asie, en Turquie, et se passionne pour les nations d’Europe centrale.

3 commentaires

  • Patrick

    sanctions, contre sanctions .. pour le plus grand bénéfice de nos amis américains et les plus grosses pertes pour nous.
    Les Russes vont bien trouver le moyen de remplacer les composants en question par leurs propres composants , ils prendront du retard mais au bout du compte ce sera à leur avantage.
    De toute façon , il faudra bien remplacer le 737 sur le marché , Airbus n’arrivera pas à tout fournir.

  • Stormy
    Stormy

    C’est dommage, car maintenant que les 737-Max ne vont plus trouver preneur (vous en voulez combien ? je vous en trouve – 25 pour le prix d’un ! ) cela pourrait faire une bonne alternative. En plus il est beau, plus que ce vieux 737 retaillé depuis des années, et qui visiblement arrive au bout de son potentiel de design.
    Les Russes ont prévu un an de retard, le temps qu’il faut pour nettoyer certains composants. Pour info on a le même problème avec les Rafales et leurs missiles (contrat égyptien) voilà ce que c’est que de compter trop sur les Américains.

  • Félix

    Quand on sait que même les producteurs de pommes et de poires belges subissent un embargo total sur leurs exportations en Russie, je trouve que c’est un parfait retour de flammes pour monsieur Poutine. Pas de pitié, et vive Airbus.

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