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Standard F3R : le Rafale continue de grandir
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La Direction générale de l’armement (DGA) a prononcé le 31 octobre 2018 la qualification du nouveau standard F3-R du Rafale. Au menu pour l’avion de combat de Dassault, un nouveau missile et un nouveau pod de désignation laser. Entre autres choses…

12.11.2018

rafale R3 dassault

Pour le Rafale, le standard F3-R, c'est d'abord deux évolutions capacitaires majeures : l’intégration du missile à longue portée Meteor et le pod de désignation laser de nouvelle génération Talios. Un coût d'un milliard d'euros. © Dassault Aviation

Depuis le lancement du programme, le Rafale a connu différents standards lui ayant permis d’accroitre progressivement ses capacités militaires. Le standard F3 qualifié en 2008 apportait la capacité d’attaque anti-navire, l’utilisation de la nacelle Reco NG et du missile à charge nucléaire ASMPA. Le Rafale devenait ainsi pleinement polyvalent dans tout le spectre de ses missions.

Missile à longue portée Meteor et pod de désignation laser de nouvelle génération Talios.

Cinq ans plus tard, dans les dernières heures de 2013, la DGA notifiait un marché de développement du standard F3-R à Dassault Aviation, Thales, MBDA et Safran. Environ un milliard d’euros pour financer deux évolutions capacitaires majeures : l’intégration du missile à longue portée Meteor et le pod de désignation laser de nouvelle génération Talios. D’autres évolutions (essentiellement logicielles) des systèmes embarqués devaient également permettre à l’avion d’évoluer pour rester dans la course. Course face à la concurrence et course des exigences opérationnelles.

Le standard F3-R comprend notamment la mise en place d’un AGCAS (Automatic Ground Collision Avoidance System) et diverses améliorations portant sur le radar RBE2, le système de guerre électronique Spectra, le pod Reco NG et le système de navigation inertielle. Avec le standard F3-R, le Rafale Marine sera également équipé d’une nacelle de ravitaillement en vol de nouvelle génération et les avions seront capables d’utiliser la version à guidage terminal laser de l’AASM.

Un programme d’importance

Pour marquer l’importance du programme, Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense) avait alors fait le déplacement en grande pompe à Mérignac, où sont assemblés les avions. Cela faisait seize ans qu’un ministre de la Défense ne s’était pas rendu sur place… Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, qui accueillait également la fine fleur de la DGA et des principaux partenaires du programme, n’avait pas boudé son plaisir…

L’évolution la plus visible du F3-R concerne donc l’intégration du missile Meteor de MBDA. Un missile cher – on parle d’un million d’euros pièce – mais dont la propulsion par statoréacteur promet une vitesse et une portée très dissuasives. Tiré dans des conditions optimales, il dépasserait les cent kilomètres de portée. Associé au radar RBE2 AESA, dont il exploitera pleinement les performances, le Meteor offre au Rafale une capacité sans doute unique au monde pour un avion de cette taille et de ce niveau de polyvalence.

Missiles Mica NG de MBDA

D’ailleurs les bonnes nouvelles arrivent groupées chez MBDA qui bénéficie également d’un marché d’acquisition de 567 missiles MICA NG et de la rénovation pyrotechnique de 300 MICA déjà livrés. Le MICA est un missile conçu pour le combat rapproché et l’interception à moyenne distance, disponible avec deux modes de guidage : infrarouge ou électromagnétique.

Avec la nouvelle génération, MBDA promet une totale indépendance vis à vis des composants importés (on sait que la présence d’une seule puce électronique made in USA dans un équipement peut entraver son exportation…). En résumé, les MICA NG permettront de mieux « traiter » des menaces caractérisées par des signatures infrarouge et électromagnétique réduites.

La miniaturisation croissante de la partie électronique du missile permettra également d’augmenter le volume de propergol emporté, élargissant du même coup sa portée. Les MICA NG seront livrés à partir de 2026 et participeront à l’augmentation de létalité du Rafale au standard F3-R.

Intégration du pod Talios de Thales

L’autre morceau de choix du standard F3-R concerne l’intégration du pod Talios développé par Thales. Les nacelles de désignation laser ont « traditionnellement » été le talon d’Achille des avions français, offrant des performances présentées par les équipages comme très inférieures aux matériels équivalents en service à l’étranger. Avec le Talios, Thales a l’ambition de revenir dans la course.

L’électronicien revendique pour son nouveau pod la capacité à couvrir l’ensemble du spectre des missions allant du renseignement à l’acquisition et la poursuite de cibles. Avec à la clef une haute résolution permettant de travailler sereinement et efficacement depuis la moyenne altitude, qui plus est avec une image en couleurs. Intéressant quand il s’agit de viser une toiture rouge ou un pick-up bleu…

F3-R un atout pour le Rafale à l’export

Au lancement du programme, en 2014, la DGA avait expliqué que ce nouveau standard allait augmenter considérablement les chances de l’avion sur les marchés export. C’était bien vu, puisque les trois contrats export engrangés depuis par le Rafale ont été conclus sur la base du contour capacitaire F3-R. La DGA évoquait aussi à l’époque une qualification mi 2018. A quelques semaines près, les délais ont été tenus.

Le lancement des chantiers de mise au standard F3-R de l’ensemble des 144 Rafale français actuellement en service s’est fait le mois dernier et les quatre premiers avions seront livrés à l’armée de l’Air et à la Marine avant la fin de l’année. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, puisque la DGA et les industriels travaillent à présent sur le standard F4 dont les études de levée de risques ont déjà débuté, et qui devrait être déclaré opérationnel en 2025.

Le standard F4 en ligne de mire

La course en avant est sans fin et le Rafale est suffisamment bien né pour supporter ces évolutions. Le standard F4 portera avant tout sur l’amélioration de la connectivité de l’avion, de son travail en réseau (augmentation de la capacité à partager des données en temps réel et de façon sécurisée), sur l’évolution des capteurs (radar, OSF, Spectra, intégration d’un viseur de casque pour les besoins français) et des armements guidés (rénovation à venir des missiles de croisière et des AASM).

En 2025 le Rafale aura derrière lui plus de vingt ans de carrière opérationnelle et il sera plus que jamais au cœur des capacités françaises. Il sera l’élément fondateur de ce que l’on appelle aujourd’hui le SCAF (Système de combat aérien futur), « système de systèmes » qui pourrait aussi comprendre des drones de combat. Aucun doute, l’histoire de l’avion ne fait que commencer…

Frédéric Lert

 

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

5 commentaires

  • Paul

    C’est écrit ou ? Ou peu partager vos source écrites ou et comment ?

  • commandant de scie

    Qui ne dit mot consent.
    Personne ne peut affirmer (bien au contraire) que notre armée pourrait fera face à celle des USA ou des Russes. L’histoire a démontré que la France s’est souvent fait passer dessus comme un paillasson (avec néanmoins tout mon respect pour nos militaires).
    La vérité blesse souvent et l’égo aussi.

  • Promé

    Il est toujours très délicat d’évaluer la supériorité ou non d’un avion de combat – pardon, d’un système d’armes – l’un par rapport à l’autre en l’absence de confrontation réelle. Même celles organisées lors d’exercices sont trompeuses: les participants évitent de trop dévoiler à « l’adversaire » de circonstance l’étendue de leurs capacités opérationnelles. En théorie, le F-22 affiche des capacités en combat aérien pur bien supérieures à celles du Rafale. Ce qui n’empêche pas ce dernier de parvenir, dans certaines circonstances, à lui damer le pion. A l’égard du F-35, nous manquons encore de recul. Cela étant dit, c’est la capacité du F-35 à œuvrer dans un système de systèmes – plus que ses capacités d’évolution – qui est censé lui apporter la supériorité face au Rafale. Là encore, il est vraisemblable que les F-35 trouveront à qui parler avec le Rafale. Il en va de même avec les Su-35 russes. J’ai en tête que des Gloster Gladiator de la RAF, en mai et juin 1941, en Irak et en Syrie, tinrent tête et abattirent sans eux-mêmes souffrir des Bf.110 germano-iraquiens et des Dewoitine 520 vichystes. Les Gladiator, des biplans, étaient pourtant alors considérés comme totalement dépassés face aux Bf.110 et D.520. Mais leurs pilotes surent profiter d’un double avantage, leur plus grande manoeuvrabilité et l’excès de confiance de leurs adversaires, pour tirer leur épingle du jeu. Mutatis mutandis, le pilote de Rafale se trouve un peu aujourd’hui, me semble-t-il, dans ce cas de figure. Son système d’armes n’est probablement pas le meilleur mais dispose de suffisamment d’atouts pour qu’un pilote bien entrainé, connaissant bien ses atouts et faiblesses et ceux de ses adversaires, parvienne à faire du bon boulot. Et n’oublions pas que le Rafale n’a pas été conçu pour être le meilleur avion de chasse dans l’absolu mais pour être le meilleur compromis. Le F-22 est un avion de chasse air-air. Excellent. Mais quasi limité à cette fonction. Le Rafale est également un avion de chasse air-air offrant d’excellentes capacités en ce domaine, mais aussi un performant avion de reconnaissance, un avion de pénétration nucléaire, un avion de combat antinavires, un ravitailleur-en-vol, un avion de CAS, un bombardier tactique ou opératif, un avion de guerre électronique, etc. Si l’on considère le Rafale sous cet aspect, il s’agit sans doute du meilleur couteau suisse existant en ce domaine. Et probablement du meilleur outil pour un pays comme la France à flotte d’avions de combat réduite. C’est d’ailleurs le risque encouru avec le futur SCAF franco-allemand de se diriger vers un appareil plus spécialisé et moins couteau suisse. La seule vraie question qui demeure est de savoir si les pilotes de Rafale bénéficient d’un entrainement suffisant pour oeuvrer au mieux dans chacune des missions possibles…C’est aussi de s’assurer que le système d’armes continue à évoluer pour s’adapter aux capacités des nouveaux adversaires ou concurrents. Et je crains un peu que les futurs standards F3-R et F4 demeurent, pour des raisons budgétaires, en deçà de ce qu’il serait techniquement possible de faire. Par exemple en accroissant la génération électrique du bord.

  • Le canard volant déchainé

    Pour le novice que je suis, qualification F3R, je ne sais ce que cela vaut malheureusement.
    De votre avis, que vaut le Rafale face à ces concurent US et Russes ?
    En cas de conflit en Europe, la France a t’elle le répondant technique avec sa flotte de Rafales et ses M2000 ?
    Le Rafale fait’il le poids face aux F22 / F35 ?

    • Colbert

      Le F-35 n’étant toujours pas admis au service OPERATIONNEL la comparaison est difficile à faire. Cependant des membres du congrès US de sont récemment inquiétés de ce que seul le Rafale dispose d’un missile. le meteor, capable de tenir tête au nouveau missile air air Russe, ce qui ne sera pas le cas du F-35 avant de nombreuses années

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