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Les Assises nationales du transport aérien bottent en touche

Les Assises nationales du transport aérien ont officiellement été clôturées le 8 mars 2019 par la ministre des Transports. Les rares qui attendaient encore des mesures concrètes de ces douze mois de réflexion collective en seront pour leurs frais. Elisabeth Borne a tenté de donner un cap en promettant une stratégie nationale. Tout reste à faire.

11.03.2019

Au terme de 200 heures de débats, 13 groupes de travail soit 37 réunions et 14 colloques, les Assises nationales du transport aérien débouchent sur des mesures jugées "insuffisantes" pour la Fédération nationale de l'aviation marchande qui n'hésite pas à parler de "rendez-vous manqué". © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Il y a un an, lorsque la ministre des transports a officiellement donné le coup d’envoi des Assises nationales du transport aérien, les professionnels voulaient y croire et ils étaient prêts à jouer le jeu des échanges sans tabou dans l’intérêt général. Ils se sont impliqués jusqu’au tout dernier colloque intitulé « Aéroports et Territoires » qui s’est tenu début octobre 2018.

Une réponse stratégique selon 4 axes

La phase d’analyse et de synthèse qui a découlé de ces six mois de travaux collectifs intenses a finalement livré une feuille de route à moyen et long terme présentée par Elisabeth Borne comme « la première stratégie nationale du transport aérien à l’horizon 2025 » assortie « d’une réflexion prospective » en 2050.

Le cap donné par la ministre se décline en 4 axes stratégiques. Le premier est environnemental et s’inscrit dans la transition écologique portée par le gouvernement. Le deuxième est économique et tend à assurer les conditions favorisant la performance du transport aérien français. Le troisième relève de l’aménagement du territoire et a pour objectif de reconnecter les zones les plus reculées au flux de trafic aérien. Le quatrième enfin a pour finalité de préparer le transport aérien.

Raccrocher le pavillon français à la croissance européenne

Les professionnels appelaient de leurs vœux que le gouvernement initie une stratégie pour le transport aérien. Il n’est pas sûr toutefois que celle présentée le 8 mars 2019 répondent à leur attente, et encore moins à l’urgence de la situation. Pour la FNAM (Fédération nationale de l’aviation marchande), les mesures proposées « ne sont pas à la hauteur des enjeux et de l’urgence. » Elle n’hésite pas à qualifier les Assises de « rendez-vous manqué.»

Il faut se souvenir que les Assises sont nées d’un état des lieux alarmant de la situation du transport aérien français. Depuis 2000, le pavillon français a perdu 17 points de part de marché. Aujourd’hui, les compagnies aériennes françaises ne captent que 10% de la croissance annuelle du marché domestique. Ces résultats mettent en évidence le décrochage du transport aérien français qui accuse un écart de croissance de 2 points par rapport à la croissance du transport européen.

Un différentiel de compétitivité de 700 M€

Le différentiel de compétitivité entres les compagnies françaises et leurs concurrentes étrangères est évalué à 700 M€ par an. Il est essentiellement lié aux charges salariales et fiscales. « Je sais que le transport aérien supporte un niveau conséquent de taxes et de charges (l’équivalent de près de 50% du prix d’un billet). », a déclaré la ministre à la tribune des Assises.

A ce handicap s’ajoute des causes internes. La compagnie historique française a loupé plusieurs virages et l’absence d’une vraie compagnie low cost fait le bonheur d’easyJet, Ryanair, Vueling, Volotea et des autres européennes qui viennent chasser en toute liberté dans l’hexagone.

La remise d’Air France en ordre de marche qui semble se dessiner au vu du rétablissement d’un dialogue social apaisé ne doit pas être entravée par une guerre intestine entre les principaux actionnaires. « La récente opération boursière, menée par l’Etat néerlandais n’entame en rien, au contraire, le  soutien de l’Etat français qui demeure total. » a affirmé la ministre qui par ailleurs a rappelé ce qui avait déjà été fait ces derniers mois par le gouvernement en faveur du transport aérien.

Une première série de mesures

Depuis le 1er avril 2018, la Taxe d’aéroport (TAP) a baissé de l’ordre de 50 M€. L’augmentation de l’abattement pour les passagers en correspondance à compter du 1er avril 2019, devrait renforcer la compétitivité du hub de Paris. Les commerces des aéroports franciliens sont mis à contribution pour le financement des missions de sécurité et sûreté aéroportuaires. La baisse des taux de redevance de route va atteindre 100 M€.

Dans le but de désenclaver les régions les plus isolées, un financement complémentaire de 15 M€ a été accordé aux lignes d’aménagements du territoire. Dès fin 2018, l’Etat a décidé de financer à nouveau les liaisons Tarbes-Paris et Agen-Paris. Le 13 février 20A9, des conventions de délégations de service public ont été signées pour les liaisons entre Limoges et Paris, et Limoges et Lyon.

« Au total, au terme de ces Assises, les compagnies aériennes bénéficieront d’un allégement de charges de près de 220M€ entre 2018 et 2019. », affirme la ministre qui reconnaît que certains professionnels peuvent trouver que ce n’est pas assez. « Il s’agit d’un effort que l’Etat accomplit à un moment où, ce qui s’exprime dans le pays, n’est pas spontanément un soutien à la compétitivité de notre transport aérien. Cela n’allait donc pas de soi. Et si nous assumons ce choix, c’est bien parce que nous croyons dans la nécessité de soutenir notre pavillon et que nous en faisons une question stratégique. »

Les professionnels qui se sont massivement mobilisés dans le cadre des Assises vont, à partir de maintenant, devoir trouver un second souffle pour suivre le cap désigné par le gouvernement. Le 8 mars 2019, dans les salons du ministère des transports, l’enthousiasme des premières semaines des Assises était retombé.

Les moins résignés faisaient remarquer que les Assises ont permis une vaste mise à plat des problèmes et d’établir un dialogue entre secteurs aux intérêts parfois opposés. En d’autres termes, les uns et les autres ont appris à se connaître. C’est un début.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

3 commentaires

  • BIB57

    L’allègement des charges annoncée par la ministre est une pure illusion (pour ne pas être méchant: on pourrait aussi dire que c’est une manipulation…): la quasi totalité des soi disant cadeaux aux compagnies aériennes sont soit des effets mécaniques de l’augmentation du trafic ou des efforts de productivité des fournisseurs (aéroports pour la taxe d’aéroport, DSNA pour les redevances de navigation aérienne), soit sont payés par les autres (compagnies non AF pour la baisse de la taxe d’aéroport pour les passagers en correspondance, ADP pour les commerces).
    Donc, à part les 15 M€ pour les lignes d’aménagement du territoire, aucun effort de l’Etat (dont il faudrait d’ailleurs retrancher 10 M€ d’augmentation de la taxe sur les nuisances aériennes!). Un peu maigre pour une « stratégie nationale du transport aérien 2025 » lancée en grandes pompes….

  • Globi

    On peut aimer ou ne pas aimer l’aviation et la pollution qu’elle engendre. On peut être également contre son subventionnement.

    En revanche, on ne peut accepter que des politiques créent une taxe (Chirac pour ne pas la nommer).
    – S’apercevoir naïvement que cette taxe est injuste car ne s’appliquant qu’à très peu de compagnies.
    – En convenir (- sic -) et accepter de la limiter à 210 millions d’€/an, puis…

    Dans un enieme bras d’honneur à toute logique, toute droiture, tout respect de sa parole – prendre les 7 millions d’euros supplémentaires (au delà des 210 millions d’euros) et les attribuer aux « frais de fonctionnement de l’état ».
    Cette malhonnêteté ne semble attrister personnes – c’est pourtant ce qu’il y a de pire. Non pas la taxe en elle même, mais ce servir de la misère des uns pour mieux entretenir la chianli des différents gouvernements Français. Ces gouvernances successives de promotions énarques s’aidant les uns les autres tuent la France.

    PS: A l’origine cette taxe devait supporter les efforts d’achats de médicaments pour les pandémies.

    Lien d’origine article 2019 des echos non retrouvé – article relatant le même fait il y a deja quelques années.
    https://www.deplacementspros.com/La-Cour-des-Comptes-tacle-la-taxe-Chirac_a40111.html

    • Perdito

      C’est incroyable. Incroyable qu’on se saborde autant, et qu’en un an de réunions à répétition on arrive à si peu de résultats.
      Le syndrome de la reuniónité aigüe est bien présent dans nos institutions et oui, cette race énarque est vraiment nuisible pour le pays à bien des niveaux.

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