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Ne pas faire l’erreur de transformer les aéroports en forteresses

Après l’attentat commis à Bruxelles-Zaventem, pour les pouvoirs publics, la tentation est grande de renforcer les contrôles d’accès aux aéroports. C’est pourtant l’aéroport européen qui dispose du plus moderne et du plus performant contrôle d’embarquement, que les terroristes ont ciblé, en visant son point faible. La même faille que possèdent tous les aéroports du monde, mais aussi les gares ferroviaires, les centres commerciaux ou encore les salles de spectacle.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont fait entrer le transport aérien dans l’ère des PIF (Postes d’Inspection Filtrage). Il a fallu revoir les procédures d’accès aux salles d’embarquement et implanter de nouveaux équipements dans des bâtiments qui n’avaient évidemment pas été prévus pour cela. D’où des files d’attentes interminables, des tensions entre les passagers et les agents de sûreté et des retards. C’est à ce prix que les terroristes ont renoncé à tenter de faire sauter des avions en vol.

Pas tout à fait puisque le 31 octobre 2015, un A321 de la compagnie russe Metrojet a explosé quelques minutes après son décollage de Charm El Cheikh (Egypte).

Afin d’intégrer les nouvelles contraintes techniques imposées par le renforcement des contrôles, les aéroports ont poussé les murs. Ironie du sort, c’est la semaine dernière, dans la nuit du 16 au 17 mars 2016, que l’aéroport de Bruxelles a mis en service la seconde partie de sa nouvelle zone d’inspection filtrage. La première l’avait été, un an plus tôt. Les postes d’inspection filtrage ont entièrement été repensés. Un nouveau bâtiment de liaison, le Connector, a été construit. Quatre ans de travaux et 75 M€ auront été nécessaires, mais le résultat est spectaculaire.

Après le contrôle d’accès automatique, le passager arrive d’emblée sur la plate-forme de contrôle. Avec ses 25 voies de contrôle, cette plate-forme est la plus grande du genre en Europe et est équipée d’un système de contrôle à distance. Les agents de sureté chargés de visualiser les écrans de contrôle ne se trouvent plus sur le côté des lignes de contrôle mais dans une salle séparée, ce qui leur permet de se concentrer sur leur tâche.

Les terroristes qui ont frappé le 22 mars 2016 n’ont pas cherché à prendre en défaut ce système sophistiqué. Ils ont frappé très en amont, en zone publique, accessible librement.

Pour les pouvoirs publics, la tentation est donc d’établir un contrôle d’accès en amont, comme cela se fait déjà en Russie. Comme cela était pratiqué également, devant les terminaux des aéroports américains, dans les mois qui ont suivi le 11 septembre. Aussi loin que l’on éloigne ces contrôles, il y aura toujours des files d’attentes et des concentrations de passagers.

Souhaitons que les mesures qui vont être décidées prendront en compte les contraintes opérationnelles et ne seront pas destinées uniquement à rassurer une opinion publique qui n’est pas dupe.

Il est plus facile d’illuminer aux couleurs d’un pays martyre la Tour Eiffel, la fontaine de Trevi ou la Porte de Brandebourg que de mettre en réseau, les fichiers des services de sécurité intérieure des 28 pays de l’Union européenne.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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