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Chabord expédie ses premiers échappements au Canada
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Le spécialiste français des échappements silencieux pour avions légers a décroché deux importants contrats avec des écoles canadiennes de pilotage. Il débute actuellement la livraison. En un peu moins de 20 ans, Atelier Chabord a acquis une notoriété dans le monde de l’aéronautique qui déborde désormais largement des frontières de l’hexagone. Retour sur la diversification réussie de ce spécialiste de la compétition automobile mondialement reconnu.

13.03.2018

Les processus de certification de l'aviation légère (ici un SF260 d'Alenia Aermacchi) ont apporté une rigueur supplémentaire au développement de produits pour l'automobile © Chabord

Lors de notre passage chez Chabord, il y a quelques jours, les caisses qui contenaient une quarantaine de silencieux d’échappement étaient prêtes à être expédiées au Canada. Ces équipements sont destinés à la flotte de Cessna C152 de deux écoles canadiennes. En 2017, Chabord a en effet obtenu la certification canadienne pour ses échappements sur C152, C150 et C172. Le Canada est un nouveau marché.
Avec une quinzaine de STC (Supplemental Type Certificate) à son actif, Alain Chabord est devenu un expert des dossiers d’extension de certification français, européens et maintenant canadiens. Pourtant, quand il y a un peu moins d’une vingtaine d’années, il a commencé à s’intéresser à l’aviation, il a découvert un monde dont il ne soupçonnait pas la complexité réglementaire. Il arrivait de la compétition automobile où les bricoleurs de génie pouvaient s’exprimer librement, sans carcan administratif. Le but ultime était la performance pure, pas la recherche d’un coup de tampon.
A la fin des années 80, Alain Chabord avait rejoint son père dans l’entreprise familiale que celui-ci avait créée à Epany, près d’Annecy. Sa notoriété dans le milieu de la compétition automobile était inversement proportionnelle à la taille modeste de son atelier. C’était la grande époque de la Formule 1 et Atelier Chabord équipait plusieurs écuries dont Renault Sport. Il sera ainsi sacré champion du monde à plusieurs reprises, en Formule 1, mais aussi en rallye.

Premier contact avec l’aviation

C’est la rencontre avec Marianne Maire qui va donner des ailes à l’entreprise. En 1989, lors d’un entraînement, la championne de voltige casse l’échappement de son TR200. La proximité de l’atelier de Maurice Chabord avec le terrain d’Annecy-Meythet fait se rencontrer la pilote et le chaudronnier, spécialiste de l’échappement automobile.
Plutôt que de se contenter d’une soudure pour réparer la casse, Maurice Chabord va fabriquer un échappement optimisé pour le’avion de la voltigeuse. C’est ce pot d’échappement que Mudry, le constructeur des Cap, verra à l’œuvre. Il décide de commander le modèle à Chabord pour les Cap 230 destinés à l’équipe de France de voltige et ceux de l’Armée de l’Air.

Découverte de la certification

Puis c’est l’aéro-club de Megève qui demande à Maurice Chabord de réaliser un pot d’échappement qui permette de réduire l’empreinte sonore des avions du club. Le tour de piste sur la crête des cimes produit un effet de caisse de résonance dans la vallée qui indispose les riverains. De 1989 à 1993, l’entreprise d’Annecy va découvrir le milieu de l’aviation et la rigueur de la certification, accompagnée par la DGAC.

C’est ainsi que Chabord travaille aujourd’hui à la fois pour l’automobile et pour l’aviation. « Les deux activités sont très complémentaires » résume Alain Chabord, qui a repris l’entreprise paternelle en 2004 et qui poursuit sur la lancée de son père : « L’entreprise est venue à l’aviation par l’automobile et la rigueur de l’aviation et de la certification nous servent pour l’automobile, notamment en termes de processus qualité. »

La rencontre de l’automobile et de l’aviation : la Matra du coureur automobile Jacky Stewart devant les étagères où sont rangés les gabarits et l’outillage pour une partie des échappements d’avions © Chabord

En pénétrant dans l’atelier d’Epany, on croirait entrer dans un bloc opératoire. Les postes de travail sont impeccables de propretés et d’ordre, les zones de travail et de stockage sont clairement identifiées, les étagères sont ordonnées… le terme de « mécanique de précision » est ici justifié.

Lors de notre visite dans l’entreprise Chabord, l’activité de l’atelier est en grande partie dévolue aux échappements de la Peugeot 208 WRX qui sera attribuée à Sébastien Loeb. « La demande en pièces automobiles est souvent urgente » explique Alain Chabord, « alors que les pièces pour l’aviation permettent d’avoir une activité lissée sur l’année : nous nous répartissons le travail en fonction des commandes des clients. »

Les ateliers Chabord fournissent les silencieux des Cabri G2 de Guimbal en première monte © Chabord

Toute une gamme d’avions légers

En 2005, la société obtient la certification pour les échappements silencieux du DR400 120 cv, l’un des avions les plus présents dans les flottes des aéro-clubs. Aujourd’hui, l’atelier Chabord produit des échappements certifiés pour la plupart des avions légers d’aéro-clubs : les Jodel- Mousquetaire D140, Morane 150 cv, Morane Remorqueur 180 cv, les Cessna 150, 152 et 172, DR 1050, les Robin DR 400 120 cv et 180 cv et Jodel D119 en CDN. Elle réalise également des pièces d’échappements pour les TB10 et 20, pour le Cap10, l’Extra 330SC, pour le Panthera de Pipistrel, et pour les ULM VL3 motorisé en Rotax 914.

Chabord accompagne également le projet de l’avion léger Elixir en réalisant l’échappement et les jambes de train. « Nous fonctionnons beaucoup au coup de cœur » explique Alain Chabord, « quand un projet nous accroche, on le suit : c’est ce qui s’est passé avec l’Elixir et son équipe jeune, dynamique, qui souhaite renouveler le paysage de l’avion légère. »
De la même manière, les ateliers Chabord travaillent avec Bruno Guimbal pour fournir les échappements de ses hélicoptères légers Cabri en première monte. « Fabriquer des pièces pour Guimbal nous sort des petites séries » explique encore Alain Chabord qui poursuit : « le Cabri G2 nous donne une crédibilité dans l’aéronautique en ce sens que nous prouvons notre capacité à effectuer un travail de série, répétitif mais constant en qualité. »

Près de 400 avions sont équipés des silencieux Chabord, qui fournit également Guimbal pour ses Cabri G2 © Chabord

Un atelier à la pointe de la technologie

Si le métier traditionnel de chaudronnier et de soudeur sont exercés dans l’entreprise, Chabord a doté son bureau d’études de postes de Conception Assistée par Ordinateur (CAO) et d’outils à la pointe de la technologie.
L’ENAC (Ecole Nationale de l’Aviation Civile) a choisi l’entreprise pour modifier les échappements de la flotte de ses 27 TB10. De manière à proposer un produit adapté, l’avion et son moteur ont été entièrement scannés de manière à pouvoir dessiner puis développer une pièce optimisée. Ainsi, pas besoin de se rendre à Toulouse pour tester les pièces. Le modèle numérique précis a permis de mettre au point un silencieux qui s’est adapté parfaitement au moteur.

Formation et transmission

Toujours à l’écoute et à la recherche de nouveaux projets, Alain Chabord veut toutefois conserver à son entreprise le caractère familial des débuts. 12 personnes travaillent dans l’entreprise qui accueille des compagnons en formation, un BTS et régulièrement des stagiaires. « Nous avons un devoir de transmission » insiste le PDG de l’entreprise « comme les anciens nous ont transmis leur savoir-faire, il est naturel qu’à notre tour nous transmettions notre héritage. »

Aujourd’hui, Alain Chabord estime que 400 avions en CDN, 200 hélicoptères et 200 ULM volent avec des échappements de sa fabrication.

Fabrice Morlon

 

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A propos de Fabrice Morlon

chez Aerobuzz.fr
Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé l'agence de communication Airia en 2013. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.

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