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Le drone sort du cadre : les nouveaux usages en débat à UAV Show 2018

Si les prises de vue aérienne, photo et vidéo, constituent toujours un des grands domaines d’activité de la filière drone, de nouvelles opportunités de diversification se font jour, à commencer par les applications métiers pour le compte propre des opérateurs industriels. Elles constituent, avec la grande élongation, les principaux axes de développement. A plus long terme, il y a aussi la logistique urbaine.

9.10.2018

Le DT26M de Delair, de drone emblématique des missions de longue élongation, une application à fort potentiel. © Romain Laporte / Delair

Le drone est un domaine foisonnant. C’est un vrai feu d’artifice avec des applications qui partent, non pas dans tous les sens, mais vers les domaines les plus divers. Si les start-up ont occupé le devant de la scène jusqu’à ce que l’engouement des média pour les drones ne retombe, les grands groupes aéronautiques, dans leur domaine d’excellence, ne sont pas en reste. En parallèle de ces grands projets souvent multinationaux, de grandes orientations se font jour, au niveau national, dans la mise en œuvre quotidienne des drones.

Usage pour compte propre

Abstraction faite des drones de très haute altitude d’Airbus ou les drones de combat de Dassault, Cyril de Mesmay, de la direction de la construction aéronautique à la DGAC, distingue trois grandes tendances actuellement : les usages pour compte propre, la grande élongation et la logistique urbaine.

L’usage pour compte propre est une demande croissante des grands donneurs d’ordres. C’est par exemple, la volonté exprimée de la mise en œuvre d’un drone au-dessus d’une zone industrielle par exemple, par des techniciens qui ne sont pas nécessairement des télépilotes. Les opérations se feraient sous la responsabilité du groupe et la formation pourrait être dispensée en interne en dehors de toute exigence administrative. « Cette demande pourrait aboutir rapidement dès lors que le moyen d’empêcher le drone de sortir de sa zone sera fiable », explique Cyril de Mesmay.

Au sein d’Airbus, Cyril de Mesmay a travaillé sur le projet d’inspection par drone des fuselages des avions au moment de leur livraison. Cette opération est qui une réalité aujourd’hui à Blagnac, est un exemple d’usage pour compte propre du drone. Elle a été complexe à mettre en oeuvre d’un point de vue réglementaire. Elle nécessite de la part des opérateurs des compétences précises sans toutefois avoir besoin de recourir à des télépilotes au sens de la réglementation.

La grande élongation

Quant à la grande élongation, cette activité répond à un besoin des exploitants de réseaux notamment. Elle est pratiquée actuellement, mais les contraintes réglementaires sont lourdes. Tous s’accordent pour admettre qu’elles seront assouplies au fur et à mesure que les matériels volants gagneront en fiabilité. C’est aussi la condition pour que la logistique urbaine, troisième grande tendance du moment, devienne réalité. L’échelle de temps est encore plus grande et là encore elle est liée à la sécurisation des vecteurs, souligne Cyril de Mesmay.

La logistique urbaine

Yann Barbaux, président du pole de compétitivité Aerospace Valley, rejoint Cyril de Mesmay. Pour lui aussi, « le développement de ces applications dépendra de la démonstration de la fiabilité du matériel. On ne peut pas imaginer une croissance de l’activité sans fiabilité, et la réglementation ne peut pas réduire les exigences en termes de sécurité. En revanche, elle suivra pour autoriser plus d’applications. La réglementation bloque, mais si on pouvait garantir la même fiabilité que sur les avions, la réglementation suivrait. »

Cette fiabilité que chacun appelle de ses vœux passe aussi par l’encadrement de l’organisation qui met en œuvre le drone. A son initiative, et dans un premier temps pour répondre à ses propres besoins, Apave Aeroservices a développé un audit de sécurité, imaginé au départ pour permettre aux donneurs d’ordres d’être sûrs des prestataires de services auxquels ils feraient appel.

Verrous réglementaires et technologiques

« L’approche vise à accompagner tous les acteurs et surtout, à ne pas ajouter de contraintes », insiste Jean-Philippe Renaud, directeur du développement d’Apave Aeroservices. Il ne s’agit pas de rajouter une couche, là où le régulateur a voulu encadrer l’activité avec le moindre de contraintes réglementaires pour ne pas entraver son développement. « L’audit que nous réalisons vise à accompagner les nouvelles utilisations, qu’elles quelles soient ».

L’encadrement de l’activité drone, que ce soit avec un arsenal réglementaire ou des audits de sécurité, est une condition nécessaire, mais surement pas suffisante, de la montée en puissance. L’effort des constructeurs et des fournisseurs doit porter sur la fiabilité et les performances des vecteurs et des capteurs pour élargir le marché.

A l’épreuve des missions

L’agriculture de précision est l’un des principaux usages prometteur du drone actuellement. Le groupe agroalimentaire Limagrain (10.000 salariés et 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires) s’est lancé dans l’expérimentation du drone depuis 2012. « Le drone a permis de mesurer des paramètres que nous ne mesurions pas auparavant », explique Laurent Barthez, directeur agriculture numérique de Limagain qui aujourd’hui se déclare « un peu frustré par le drone ».

Le passage à la vitesse supérieure, c’est-à-dire la transition de la recherche vers la production n’est pas satisfaisant. « Le drone est en concurrence avec d’autres sources de données qui sont peut-être moins précises, mais suffisantes. Le satellite, par exemple, est plus concurrent que complémentaire. Il est plus facile à utiliser et les fréquences de passage au-dessus des cultures plus élevées ».

Sortir de la R&D

Pour Yann Barbaux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley, sortir du cadre de la Recherche et du Développement, pour passer à la production est un impératif. Il estime que le temps du retour sur investissement est arrivé, tout en reconnaissant que le profil des investisseurs à changer.

Au début, les « business angels » ont succombé aux discours enthousiastes des start-up et sont allés de déception en déception. « Aujourd’hui, ceux qui investissent dans les drones se posent plus de questions et savent que le retour ne sera pas rapide », résume Yann Barbaux qui estime aussi que pour passer à la vitesse supérieure, des regroupements d’entreprises sont indispensables pour atteindre la taille critique. « Pour faire face à la concurrence mondiale, la filière drone française doit se structurer. Elle manque encore de maturité sur l’aspect industriel ».

L’équilibre entre bénéfice et contraintes

La grande élongation en est une illustration. Pour l’heure, la réglementation demeure contraignante lorsqu’il s’agit d’envoyer des drones en opérations à des dizaines de kilomètres de distance. Ce que l’on appelle dans le milieu du drone, la « grande élongation ». Une activité encadrée par le scénario S4 de la réglementation française que pratiquent les grands opérateurs de réseaux. C’est le cas notamment d’Altametris, la filiale drone de la SNCF.

Elle emploie trois télépilotes. Deux sont d’anciens pilotes militaires de drones et le troisième est un pilote d’avion. Ils interviennent principalement dans un rayon de 10 à 15 km pour la surveillance du réseau et la détection d’intrusion. « En 2012, quand nous avons commencé à utiliser des drones, le vol de matériaux sur le réseau engendrait un coût de 70 M€ par an », précise Flavien Viguier, directeur général adjoint d’Altametris. « Avec le drone, nous multiplions par 10 l’efficacité de la détection parce que nous sommes beaucoup plus discret ».

CDiscount dont le siège social est situé près de Bordeaux est à l’origine du projet Pelican portée par la région Nouvelle Aquitaine et fédérant plusieurs experts locaux du drone, à commencer par Air Marine. « Il s’agit de mettre au point une nouvelle solution de livraison par drone, dans l’heure et demie, en centre ville de Bordeaux », explique James Rebours, directeur de l’innovation et de la performance de la supply chaine, qui compare cette innovation à une véritable rupture technologique et qui de ce fait s’inscrit dans le long terme. Au-delà de la mise au point du système, il faut travailler également sur l’acceptabilité du point de vue du citoyen et bien évidemment sur le volet réglementaire.

Des industriels prêts à relever le défi

Le revers de la médaille est la lourdeur de la mise en œuvre du drone. Les missions sont réalisées en dérogation du scénario S4. La machine utilisée est un DT26 à voilure fixe, d’une masse de 15 kg (le S4 est limité à 2 kg). L’activation d’une ZRT (Zone règlementée temporaire) est une obligation d’où la nécessité d’un préavis de 6 à 8 semaines.

Actuellement les trois pilotes effectuent une centaine de missions par an. Elles ont systématiquement lieu la nuit et représentent à chaque fois 4 à 6 heures de vol. « Altamétris fait travailler le télépilote avec un pilote de sécurité formé aux procédures d’urgence, capable de ramener le drone. C’est une démarche qui va au-delà des exigences de la DGAC ». Tous les opérateurs le reconnaissent, tant que la fiabilité du matériel volant n’est pas meilleure, il faudra gérer des contraintes lourdes.

Gil Roy

 

 

 

 

UAV Show 2018, Bordeaux-Mérignac, Jeudi 11 octobre de 14h00 à 15h20 

Drone : nouveaux usages

Quels nouveaux usages à forte valeur ajoutée ? Comment résoudre les enjeux de sécurité et en favoriser le développement ? Les premiers retours d’expérience de scénarios hors-vue du télépilote et les solutions techniques.

Intervenants :

  • Altametris (SNCF) – Flavien Viguier, Directeur Général Adjoint
  • Limagrain – Laurent Barthez, Directeur Agriculture Numérique
  • DGAC – Cyril de Mesmay, direction de la construction aéronautique à la DGAC
  • Aerospace Valley – Yann Barbaux, président du pôle de compétitivité
  • Cdiscount – James Rebours, Directeur Performance et Innovation Supply Chain
  • Apave Aeroservices – Jean-Philippe Renaud, Directeur du Développement
  • Bordeaux Technowest – François Baffou, Directeur général
  • Table ronde animée par Gil Roy, rédacteur en chef d’Aerobuzz.fr

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

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