Accueil » Aviation Générale » Piper place 152 avions-école en Chine

A l'occasion du salon aéronautique de Singapour (6-11 février 2018), Piper Aircraft vient de signer avec une école de pilotage chinoise un contrat record portant sur 152 avions monomoteurs et bimoteurs. Cette commande révélatrice des énormes besoins de la Chine en matière de pilotes de ligne est la preuve que les avions métalliques de conception ancienne ont encore de l'avenir. Une bonne nouvelle pour l'avionneur historique Piper en pleine reconstruction.

900 personnes travaillent actuellement dans l'usine Piper Aircraft de Vero Beach en Floride où Piper est implanté historiquement. © Piper Aircraft

La commande historique que vient de passer le groupe chinois Sichuan Fanmei Education à Piper comprend 100 monomoteurs Archer TX, 50 bimoteurs Semioles, un bimoteur Seneca et un monomoteur pressurisé M350. Soient 152 avions pour un montant total estimé à 74 millions de dollars US. Les livraisons débutent en mars 2018 et vont s’étaler sur sept ans. L’école est pressée, parce que la Chine est dans l’urgence.

Des besoins immenses en termes de formation de pilotes

Ce contrat, par son ampleur, est symptomatique de la situation tendue à laquelle les compagnies aériennes chinoises sont confrontées. La Chine représente actuellement un quart des livraisons d’Airbus, et cette proportion ne cesse de se développer. Sur les 20 ans à venir, le seul marché intérieur chinois (transport aérien de passagers) est appelé à tripler pour devenir le premier au monde, devant celui des USA.

Airbus estime qu’à elle seule, la Chine mettra en service pas moins de 6.500 nouveaux avions. Cela implique de former ab-initio des dizaines de milliers de pilotes de ligne.Selon une étude de Boeing, le besoin mondial en avions s’élèverait aux alentours de 39.600 appareils, dont 15.100 pour la seule région Asie-Pacifique soit 38% du besoin mondial. Les experts d’Airbus avancent des chiffres comparables avec 41% des livraisons qui devraient se faire en Asie-Pacifique, d’ici à 2036. Selon Airbus, cela implique 220.000 nouveaux pilotes pour des avions de plus de 100 places. Soit 40% de la demande mondiale. D’où la nécessité aussi pour cet immense pays de se doter de son propre système de formation.

 

Les investisseurs chinois misent sur des valeurs sûres

Le groupe chinois Sichuan Fanmei Education a fait le choix de matériels éprouvés. Aux avions modernes de nouvelle génération incarnés par Cirrus et Diamond Aircraft, et qui désormais sont produits avec des capitaux chinois, il a préféré des modèles classiques des années 60. Certes remis au goût du jour, notamment au niveau de l’avionique, ces appareils métalliques appartiennent néanmoins à une autre époque.

Le PA-28 Archer dont Piper Aircraft a failli arrêter la production connaît un regain d’intérêt sur le marché des écoles de pilotage, non seulement en Chine, mais également aux USA. © Piper Aircraft

Le PA-28 dont l’école a commandé 100 exemplaires a fait son premier vol en 1960 (1971 pour le Seneca et 1978 pour le Seminole). On peut penser que le côté costaud de ses appareils l’a emporté. Ils sont solides et peuvent donc encaisser plus facilement le mauvais traitement que leur imposent des apprentis-pilotes. Ils sont aussi beaucoup plus facile à réparer qu’un avion en matériaux composite.

Une bouffée d’oxygène pour Piper

Piper Aircraft est encore convalescent. Cette commande qui va s’étaler sur les sept années à venir, devrait lui permettre d’envisager son avenir plus sereinement. 152 avions, c’est en effet plus que les 127 que le constructeur a livré en 2016. Le constructeur remonte difficilement la pente après une décennie 90 qui a failli lui être fatale.

En 1991, après avoir licencié la quasi totalité de ses effectifs (il ne restait plus que 45 employés), Piper a été placé en faillite. Quatre ans plus tard, il se relance, mais en 2009, c’est à nouveau la crise. Il doit licencier 300 personnes et mettre au chômage technique les 650 employés restants. Finalement, Piper devenu une proie facile passe sous capitaux étrangers tout en continuant à produire sur le territoire américain. Le groupe Imprimis, basé à Singapour, achète l’entreprise pour la revendre, en 2011, au gouvernement de Brunei qui en est toujours propriétaire.

Pour Piper qui misait sa renaissance sur le haut de gamme avec sa série M, pourrait finalement être sauver par son inusable PA-28.

Fabrice Morlon

A propos de Fabrice Morlon

Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé en 2013, Airia Editions, agence d’éditions spécialisée dans l’aéronautique. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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