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Comment Red Bull Air Race a convaincu la DGAC
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En 2018, pour la première fois de son histoire, le Red Bull Air Race organisera une manche de son championnat du monde en France. Ce sera du 20 au 22 avril, dans la baie de Cannes. Les deux précédentes tentatives avaient avorté. La troisième a été la bonne. Les organisateurs qui ont réussi à convaincre la DGAC, mais aussi la FFA, seront sous très haute surveillance. L'enjeu est de taille : la France qui aligne le plus important contingent de pilotes (6) sur le circuit Red Bull Air Race, offre aussi plusieurs autres sites qui intéressent les organisateurs.

28.12.2017

Prochainement sur la Croisette… Une tour de contrôle !
© Red Bull Content Pool

Depuis 2003, date de la création du championnat, Red Bull a plusieurs fois fait du pied à la France pour qu’une Air Race se déroule sur notre territoire et, par deux fois, des négociations avaient débuté…

Deux rendez-vous manqués…

En 2008, Red Bull et la Direction Générale de l’Aviation civile (DGAC) étaient sur le point de conclure un accord lorsque le crash d’un racer MG-03 Harmattan causa la mort de son pilote, lors d’une course aérienne sur l’aéroport de Castres-Mazamet. Le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses (BEA) n’arrivant pas à déterminer les causes de l’accident, et même s’il ne s’agissait pas d’une Red Bull Air Race, le mot « racer » ne fut plus en odeur de sainteté dans les couloirs de la DGAC et le projet fut abandonné.

En 2014, on dépoussiéra les dossiers et une course fut envisagée à Marseille. Hélas, le projet mourut dans l’œuf à cause de l’investissement financier nécessaire, visiblement trop élevé pour une Cité phocéenne moins passionnée d’avions entre des pylônes, que de ballons entre des poteaux… Pour 2018, la ville de Cannes – qui ne brille pas par ses exploits footballistiques – a choisi de laisser le Taureau rouge paître sur sa plage : une Red Bull Air Race aura lieu les 20, 21 et 22 avril 2018.

À Cannes, le 8 novembre 2017, la course fut officiellement annoncée lors d’une conférence de presse. De gauche à droite : Mika Brageot, Nicolas Ivanoff, Erich Wolf (manager général de la Red Bull Air Race), David Lisnard (maire de Cannes), Patrick Karl (PDG de « New Samurais », partenaire de l’événement) et François Le Vot. © Red Bull Content Pool

C’est à quelques mètres au-dessus des flots de la baie de Cannes, face au célèbre boulevard de la Croisette, que la course se déroulera. © Red Bull Content Pool

Un box inédit en France

En collaboration avec Red Bull, le projet a été piloté par la DGAC, la DSAC (Direction de la Sécurité de l’Aviation Civile) et SNA (Service de la Navigation Aérienne) sud-est. Les paddocks et équipes seront situés sur l’aéroport de Cannes-Mandelieu (LFMD) et la course se déroulera au-dessus de l’eau, face à la Croisette (où seront montées des tribunes) située à moins de 5 km à vol d’oiseau du seuil de la 22. Si, pour l’instant, on ne sait rien du tracé de la course, on a une idée du box dans lequel les pilotes slalomeront, et de la manière dont ils y entreront : après avoir décollé de LFMD, les avions effectueront une montée vers 1 000 ft pour rejoindre une zone de décompression située à l’est du port. Là, ils pourront descendre jusqu’au circuit et pénétrer dans un box aux caractéristiques aussi délirantes qu’inédites en France : de 2 000 pieds max à… 30 pieds sol mini !

Le principe de la Red Bull Air Race, c’est de voler vite et bas. Un box adapté s’impose et la législation s’assouplit par dérogation. © Red Bull Content Pool

Des conditions de vol littéralement hors la loi rendues possibles via une dérogation de survol à (très) basse altitude. Attention cependant : la DGAC veillera au grain. Car, en plus d’être présente sur l’aéroport, elle enverra des inspecteurs directement au PC-course de Red Bull pour veiller au strict respect des normes de sécurité. Souple n’est pas non plus contorsionniste…

ZRT, ZIT et cætera : un sacré casse-tête !

Comme lors de la plupart des événements aériens, une ZRT (Zone Réglementée Temporaire) sera mise en place mais elle sera relativement réduite dans la mesure où l’aéroport de Cannes ne pourra pas stopper complètement son activité aérienne. Des discussions sont d’ailleurs en cours avec le gestionnaire aéroportuaire pour trouver des solutions afin de ne pas trop impacter le trafic VFR et IFR. L’exercice sera d’autant plus complexe qu’une ZIT (Zone Interdite Temporaire) sera également créée afin de rendre immédiatement mobilisables des moyens de défense aérienne (notamment de lutte anti-drones) via des hélicoptères de la GTA (Gendarmerie des Transports Aériens).

Jim DiMatteo, le directeur de course, à l’intérieur du PC-course de Red Bull, une véritable tour mobile qui possède ses propres moyens de contrôle de navigation aérienne. © Red Bull Content Pool

Concernant le positionnement géographique de ces deux zones, pour l’instant, cela reste assez vague : À l’heure actuelle nous sommes sur une phase de recueil d’informations de la part de Red Bull, et nous ne pouvons donc pas donner de précisions sur les délimitations de ces zones réglementées, explique la DGAC. Traduction : nous attendons que Red Bull nous donne le tracé de la course.

S’investir et investir…

Parallèlement, plusieurs groupes de travail ont été mis en place par la préfecture et, outre celui qui sera dédié à la sécurité et à la gestion opérationnelle aérienne (dans lequel œuvrera la DGAC), il y a le « groupe Maritime » (sécurité et secours en mer), le « groupe Sécurité » (police, gendarmerie, Vigipirate), ou encore le « groupe Circulation au sol » (Trafic routier et flux de population à pied). Tout cela a un coût et, outre celui des moyens mobilisés par la préfecture et la municipalité, il faut savoir que Red Bull facture sa prestation à la ville de Cannes, à hauteur de 1 million d’Euros…

La pit lane d’un grand-prix de Formule 1 ? Non, les paddocks mobiles que Red Bull déplace et installe sur chaque événement. © Red Bull Content Pool

Si cela semble cher, il faut savoir que la Red Bull Air Race chez vous, c’est une petite ville dans la ville : bien sûr, ce sont des avions, des pilotes et leurs équipes, mais aussi et notamment des paddocks, une tour de contrôle, et donc énormément de personnel technique pour monter, contrôler, démonter toutes les structures… Et puis c’est aussi une direction des vols, des équipes médicales, de sauvetage, d’intervention en mer, etc, regroupés au sein de plusieurs PC : course (avec ses propres moyens de contrôle de navigation aérienne), sécurité air, mer, sol, etc.

En résumé, c’est une grosse écurie, mais ce million d’Euros qui fera forcément râler le contribuable cannois sera vite amorti par des retombées économiques immédiates. Par ailleurs, la ville a également conscience de l’impact médiatique d’un tel événement, puisque plus de 30 chaînes de TV retransmettent la Red Bull Air Race, et pour cause : ce spectacle aérien 2.0 est aussi impressionnant sur place que devant son poste de télévision…

Succès, affluence, impact médiatique et retombées économiques… pour une municipalité, la Red Bull Air Race, c’est plus qu’une valeur sûre, c’est la poule aux œufs d’or. © Red Bull Content Pool

Le point de vue de la FFA

À propos de la Red Bull Air Race, la Fédération Française Aéronautique et son président, Jean-Luc Charron, sont partagés : « L’aspect négatif, c’est qu’une fois que le grand public aura vu ce genre de show, il pourrait s’attendre à trouver la même chose sur d’autres manifestations aériennes, et ce ne sera pas forcément le cas » dit-il avant de poursuivre « en revanche, le côté positif c’est que ça attire du monde vers l’aéronautique, et qu’une partie de ce public se retrouvera sur nos meetings aériens ».

Il reconnaît néanmoins que le point numéro deux l’emporte sur le numéro un, mais pointe un autre souci : la disponibilité, pour les championnats de voltige, des pilotes français qui sont six à slalomer entre les pylônes en nylon.

Jean-Luc Charron déplore que Mika Brageot n’ait pas pu participer aux derniers championnats du monde de voltige de la FAI, en 2017. © Bastien Otelli.

En effet, en 2017, on se souvient que Mika Brageot avait dû privilégier la Red Bull Air Race et, de fait, n’avait pas pu se rendre en Afrique du Sud pour disputer les 29e Championnats du Monde de voltige, les dates des deux événements ayant été trop proches. « Nous avons donc signalé à Red Bull que certaines choses ne nous convenaient pas, et nous leur avons demandé d’ajuster leurs calendriers » explique Jean-Luc Charron. Il faut croire que la FFA a été entendue, car de nouveaux accords, signés mi-octobre 2017 entre la FAI et Red Bull, prévoient notamment que la voltige et l’Air Race ne se téléscopent plus. Wait and see…

Vers plus de sensationnel ?

L’apparition de ce type de courses en France, pays habituellement allergique à toute évolution qui chahuterait le sacro-saint principe de précaution, serait-elle une porte ouverte, une main tendue vers des événements de plus en plus sensationnels ? Les Red Bull Air Races ne se déroulant pas qu’au-dessus de plans d’eau, pourrait-on, dans le futur, imaginer une étape française au-dessus de l’hippodrome de Vincennes, comme en 2016 à Ascot (Angleterre) ou encore au-dessus d’un circuit automobile tel que Nevers Magny-Cours, comme en 2017 à Indianapolis (USA) ?

En 2017, le Superspeedway d’Indianapolis était le théâtre de la dernière course de la saison. © Red Bull Content Pool

À cette question, la réponse de la DGAC surprend dans un premier temps : « En France, on n’a jamais vu d’avion décoller depuis un circuit automobile sur de tels événements [à Indianapolis et à Ascot les avions décollaient devant le public, nlda]. Cela semble assez compliqué, mais nous ne sommes pas fermés à la discussion »… Puis, redevient très terre-à-terre dans un second temps : « La course de Cannes est une première expérience et nous verrons le retour que nous aurons là-dessus. Pour l’instant, la priorité est de tout mettre en œuvre pour l’organiser avec les normes de sécurité nécessaires ». Sur ce deuxième point, on leur fait confiance…

Bastien Otelli

A propos de Bastien Otelli

chez Aerobuzz.fr
Bastien Otelli travaille depuis 2004 avec la presse et l'édition des choses de l'air… Il a rejoint l'équipe d'AeroBuzz.fr en 2016. Depuis 2013, il est également professionnel de la photographie aéronautique. Ses photos sont visibles sur www.bastien-otelli.com

5 commentaires

  • Pascal

    Bonjour,

    N’étant pas abonné premium, je n’ai pas accès à l’intégralité de cet article qui, peut-être, nuance un peu les propos énoncés dans l’introduction.
    De mon point de vue, cela pourrait être catalogué pour l’instant comme un souhait pour l’année 2018: la période est propice et je comprends que l’on puisse se laisser aller à l’euphorie au détour des bulles de champagne.
    Néanmoins, je suggère à M. Otelli d’être un peu plus prudent dans ses affirmations car cela me paraît un peu tôt d’affirmer que Red Bull Air Race a réussi à convaincre la DGAC.
    Cordialement,

  • LOTSER68

    Quand on voit ce qu’on subit lors de l’organisation des meetings, ce n’est pas la DGAC que je crains , ce sont les services et les sous chefs des départements et des préfectures qu’il va falloir observer…

  • Philippe MORILLON

    Où peut on avoir des places, mais je pense que cette compétition doit être à guichet fermé !

  • Monti

    Bonjour,
    Un site qui serait idéal , au dessus du lac d’Aix les bains .
    Entre la montagne du Revard et la dent du Chat .
    La piste de Chambéry au bout du lac et les spectateurs sur l’esplanade.ce serai super et en sécurité ,
    Faut bien rêver !

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