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Retour à la case ghetto pour la voltige aérienne
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Ni média, ni public, le championnat du monde 2017 de voltige aérienne a été un non événement. La France avait pourtant montré la voie, mais l’Afrique du sud n’a pas eu les moyens de la suivre. Châteauroux n’aura été qu’une parenthèse à moins que la France regroupe ses forces et mobilise les voltigeurs lucides pour porter la réforme avant que le point de non retour soit franchi.

7.10.2017

Alors que le championnat du monde 2017 de voltige a tourné au huis clos, le même week-end, l'avant-dernière manche du Red Bull Air Race s'est jouée à guichets fermés sur le circuit de vitesse de Lausitzring (Allemagne). © FAI / Marcus King

On pensait naïvement qu’il y aurait un avant et un après Châteauroux. On se trompait. L’après, ressemble méchamment à l’avant. Le championnat du monde 2015 organisé par la France à Châteauroux fut une grande fête populaire dont les vedettes furent les voltigeurs de la planète. Les médailles distribuées, la voltige internationale a regagnée son ghetto. A Malelane Gate (Afrique du sud), le championnat du monde 2017, s’est déroulé, comme celui de 2013 (Texas), entre soi, avec pour tout public les compétiteurs et leur encadrement.

Une pente glissante

Rattrapés par la routine, les organisateurs sud-africains n’ont même pas jugé utile de prévoir une sono pour diffuser les musiques du Libre intégral. La musique et les fumigènes sont les seules entorses à la règle concédés par la Fédération aéronautique internationale à ce programme qui clôture la compétition officielle. Les pilotes se lâchent pour faire le show. Faute de public, les organisateurs ont peut-être estimé que la musique était superflue. Il a fallu que l’espagnol Castor Fantoba fasse circuler une pétition pour que la sono soit branchée.

Il n’est pas question ici d’accabler les sud-africains, pas plus que les américains d’ailleurs. Les uns comme les autres ont le mérite de s’être dévoués pour accueillir le championnat du monde. Si les candidats ne se bousculent pas et que les désignations se font souvent par défaut, c’est que de moins en moins de nations possèdent les ressources nécessaires pour le faire.

Une indispensable réforme

Organiser un championnat exige un budget, mais aussi un réseau et surtout de pouvoir mobiliser des bénévoles. A Malelane, l’organisation a reposé sur une poignée de bonnes volontés qui ne pouvaient pas être partout à la fois. La priorité a évidemment été donnée à la compétition sans toutefois atteindre totalement les objectifs. La voltige a touché le fond.

Il ne faut pas compter sur les experts de la discipline pour organiser le sauvetage. Ils sont trop occupés à couper les cheveux en quatre au sein de la CIVA, la commission voltige de la Fédération aéronautique internationale, sur des questions réglementaires. Plus conservateur que la CIVA est difficilement possible. Le salut peut venir de la France. Non pas parce que la France fait figure de nation phare, mais parce qu’elle est la seule à posséder les moyens de porter la réforme.

Réformer sans révolutionner

La voltige française repose sur une assise solide composée par les aéro-clubs en charge de la formation de base des voltigeurs. Elle bénéfice d’une politique sportive qui vise à détecter les talents et à les aider à gravir les échelons. Elle est encadrée par des instructeurs et des techniciens. L’équipe de France est composée des meilleurs pilotes sélectionnés parmi un vivier de jeunes talents qui n’a jamais été aussi riche.

Pour toutes ces raisons, la France fait figure d’exception. Et précisément, parce qu’elle est plus riche et mieux structurée que les autres nations, elle doit aussi se mettre à leur niveau, pour les entrainer dans son projet de rénovation de la voltige Aresti. Elle en a conscience et c’est pour cela qu’elle prend un maximum de précautions.

Lobbying

Le premier chantier consiste à rendre plus attrayante la compétition. Il n’y a pas de mal à y parvenir tant un championnat est soporifique. Sauf que changer une virgule dans le règlement, prend des années à la CIVA. D’où la nécessité de venir avec une proposition qui réunit déjà l’approbation de plusieurs nations importantes. Autrement dit un travail de lobbying s’impose.

Plusieurs pistes d’innovation sont à l’étude au niveau de la Direction technique nationale de la FFA. On pourrait, par exemple, imaginer un championnat par pool avec des éliminatoires, des quarts et des demi-finales et en point d’orgue un duel final. Le public raffole de combats singuliers. Quelle que soit la manière de faire s’affronter les pilotes, les notes doivent tomber à l’issue du vol. Cela implique donc de repenser les critères de jugement et le travail des juges.

Réformer c’est commencer par se mettre à dos le plus grand nombre. Mais c’est aussi, avant de porter un projet à l’international, mettre d’accord les voltigeurs français sur l’objectif à atteindre.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

12 commentaires

  • Jean-Marie Klinka
    Jean-Marie Klinka

    On peut se poser des questions à l’infini, comment faire … Mais il serait temps d’apporter des réponses. À la première des questions: qu’entend-on par dépoussiérer. Chez moi, quand j’enlève la poussière, il me reste l’objet original. À part le bruit, sur lequel on a ou on pourrait faire des progrés (comme les courses Red Bull), à quoi bon ? Attention à ne pas faire disparaître une discipline coûteuse mais fragile sous pretexte de « mise à jour ».
    Je me souviens (vous allez dire que je radotte) d’un stage EdF où un barbec avait réuni les pilotes, les avions, les proches riverains: quand les gens se parlent et se rencontrent..

    • Pilotaillon

      Alors nous sommes d’accord, sur le fond, reste la forme…
      Agir local pour faire progresser le global.
      On nous a habitué à travailler les détails de la communication, et l’image a désormais une grande importance. Nous l’avons intégré. Ce serait faire preuve de candeur que de l’ignorer.
      Je m’interroge sur l’intérêt de travailler notre image (aviation amateure).
      Pardon d’aller au delà de la voltige, nous avons vu le retour des rallyes africains. Pourquoi ne pas valoriser davantage ces images ? Certains pilotes ont des personnalités qui mériteraient un portrait. Et la liste est longue.
      Il suffit parfois d’adresser des contenus aux médias. On n’est jamais à l’abri d’une diffusion aux heures de grandes écoute. Aérostar TV, etc.
      Et la voltige pourrait « sortir du ghetto » en surfant sur un mouvement plus large, autant que les clubs sur l’ensemble du territoire, qui cherchent leur public aux JPO ou meetings.
      Avons-nous quelque chose à cacher ? Alors ne soyons pas timides !

  • Pilotaillon

    Comment ne pas creuser le fossé, comment susciter les vocations ?
    L’image véhiculée par un sport dépend de l’inconscient collectif, des valeurs perçues par le grand public, et pardon de le rappeler, véhiculée par les médias et les acheteurs d’espace de communication.
    Le fait que des horlogers utilisent la discipline pour valoriser leurs produits de luxes, n’est pas limitant sur l’instant.
    Par contre, et je reviens les pieds sur terre, Mme et M Michu, le dimanche sur son balcon va maudire le bruit d’un avion alors qu’il supporte celui de la tondeuse du voisin. Il n’a aucune affinité avec cette pratique si lointaine, qui à fortiori, est réservée aux privilégiés, « qui ont certainement les moyens d’aller faire du bruit plus loin ».
    D’ailleurs la marque au Toro rouge ne s’y trompe pas. Elle mets principalement en valeur le dépassement de soi, dans toutes les disciplines.
    Partager, se rapprocher du public me semble donc un enjeu, si l’on souhaite simplifier la relation avec le voisinage des plateformes et vivre sereinement / durablement notre passion.

  • FlyingVomito

    Passons sur le titre de l’article qui n’est vraiment pas du meilleur goût … c’est quand même un peu gonflé de comparer la voltige (où l’on peut dire ce que l’on veut, mais ça reste une activité où celà facilite grandement les choses d’être un minimum aisé) à ce qu’à vécu l’Afrique du Sud, bref …

    Concernant le sujet, oui et alors ? La voltige, dans sa forme académique en tout cas, ne pourra JAMAIS être un sport grand publique. C’est ennuyeux, très long, beaucoup trop dépendant de la météo (aller expliquer à une famille qui s’est déplacé exprès que « il ne se passera rien car les nuages sont un peu trop bas, oui madame même si il ne pleut pas et qu’il y a du soleil ce n’est pas sufisant ») et les performances ne sont pas facilement compréhensible vu d’un œil extérieur, ce qui restera ainsi sauf à dénaturer totalement ce sport.

    Bref, c’est comme ça, on peut en faire un événement local sympa comme à Châteauroux mais ce sera tout. Il faut savoir rester à sa place à un moment (et c’est un pratiquant qui adore son sport qui parle) et savoir garder un peu d’humilité, ce qui manque beaucoup dans ce milieu.

    • Jean-Marie Klinka
      Jean-Marie Klinka

      Commentaire sur celui de « FlyingVomito » (ça veut dire quoi ?)
      Enfin un commentaire qui a les pieds sur terre.
      J’ai passé presque 40 ans dans ce métier, avec Mudry, j’y ai croisé une foultitude de gens intéressants, de toutes nations, à l’Est, à l’Ouest, tous tournés vers un seul objectif, respecter l’ARESTI, qui est une chance pour un sport complexe, auquel on peut reprocher tout ce qu’on veut: mais qu’est-ce que ça veut dire le « dépoussiérer » ?
      Un sport est ce qu’il est, je ne sais pas qu’elle âge a ce règlement, peut-être 50/60 ans, et alors ? Moi aussi je « fatigue » à regarder 60/70 enchaînements tous presque parfaits; il faut l’accepter, tant pis pour Madame Michu.
      Nous avions tenté, avec l’aide de Breitling, de redynamiser ce sport au Salon du Bourget dans les années 90/95, en organisant un libre intégral en musique, avec 5/6 juges pris au hasard dans le public, formés à la notation pendant 1 h. Que d’efforts restés sans suites … Restons en là, sport élitiste, et alors !!

  • Philippe Berthon

    Bonjour
    Le pb de la visibilité des sports aériens, nous l’observons dans toutes les disciplines: voltige avion, rallye avion, planeur, ULM…
    Dans les faits, il y a trois acteurs concernés, les sportifs, les fédérations et les médias. On peut ajouter les collectivités (exemple Chateauroux pour CM voltige 2015), et les sponsors.
    La FFA en France a compris l’enjeu et tente de sortir du bois, mais que c’est long, trop long.
    La FFVV est totalement absente, pour les autres fédérations, je ne sais pas.
    Je donne un exemple, même pour titiller Aerobuzz:
    Juin 2017, la FFVV et Buno (LFBB) organisent le Grand Prix de France, nouvelle formule de compétition internationale planeur copiée sur le principe des régates de voile, avec départ en ligne, passage de points tournants au dessus du terrain, tracking en direct, images en direct des cockpit…. Bref une formule un peu plus sexy que les compétitions traditionnelles, décollage – vol – retour (avec un passage tout de même!)
    Constat: une absence remarquée des cadres de la FFVV, ce qui démontre leur peu d’intérêt pour l’image de la discipline, une petite couverture locale, mais cette dernière valide surtout « la présence des élus locaux » (dont votre serviteur), donc sans intérêt sportif, aucune couverture nationale malgré des tentatives auprès de quelques chaînes de TV en leur proposant des vols accompagnateurs, des images pré-tournées… Bien naturellement aucun intérêt du journal l’Equipe (ils en auraient un, cela se saurait!). Même Aérobuzz n’a pas fait le Buzz…
    Donc il nous manque, en France, au delà de la FFA (j’en suis également membre) qui tente de changer la donne, une dynamique communicante.
    Probablement, pour aller dans le sens de Gilles, la France a vraiment une carte à jouer, en inventant, pour bousculer les habitudes, de nouveaux formats de compétitions. Et quand les compétiteurs comprendront que les sponsors suivent ces formats, nous verrons les conservatismes tenter de rattraper le train. Peut être sera-t-il trop tard pour ces derniers, mais ce n’est pas grave.
    Effectivement, l’exemple des Red Bull Air Races est à suivre.
    Bon vols à tous
    Philippe

    • G-FVG

      Le  » problème  » viner du fait que l’aviation n’est pas un sport ou une activitée de masse, mais réservée aux  » nantis « , du moins dans l’esprit du grand public. Les  » merdais  » traditionnels ne trouvent donc pas grand intérêt à couvrir ces événements.

      Le succès  » du red-bull  » est certainement a exploité, mais sur ce point là je crains fort que les dirigeants  » bedonnant  » des Fédés soient loin, mais très, très loin de l’esprit marketing qui permettra le short take-off tant espéré. Ce n’est pas l’activité en elle-même qu’il faut changer, mais ceux qui sont charger d’en faire la promotion et là, compte tenu des égos, autant dire que c’est la cata annoncée.

  • Jean-Mi

    Le problème est le même avec toutes les catégories de sport individuels ou l’on juge les compétiteurs sur un programme. On doit juger les compétiteurs sur des choses comparables et quantifiables. ils doivent donc voler sur le même programme (connu ou inconnu) selon un catalogue de figures bien définies (catalogue Aresti). Sinon on compare des carottes et des patates…
    Malheureusement, c’est super chiant à regarder et je plains également les juges… Seul le libre intégral déroge, mais comme en patinage artistique, on retrouve le problème du jugement humain…
    C’est pareil dans d’autres sports individuels, genre dressage en équitation. Hyper passionnant pour les pilotes qui cherchent la petite bête, mais impossible pour le grand public et même pour le passionné profane qui débute…
    Finalement, chez Red-Bull, le chrono est juge, mais les pilotes font tous exactement la même chose. L’attente de l’accident par les spectateurs entretient l’intérêt !

  • Gibus

    La CIVA et la FAI ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. A ne pas vouloir se réformer, ces institutions ont choisi de se cantonner à un cercle d’initiés. Qui cela peut-il intéresser de regarder 30 fois le même programme inconnu ? Pas le grand public et pas les médias. A quand le jour où l’ARESTI sera passé à la déchiqueteuse ?

    • Hugues CHOMEAUX
      Hugues CHOMEAUX

      Ou pour le moins cantonné aux sélections.

    • Kilrah

      +1, comme dit sur un autre article déjà il faut qu’il y ait un vrai effort pour adapter au moins une partie de la compétition dans un format qui plaise, sinon ça va pas marcher.

      Et au passage je ne peux toujours pas m’empêcher de rire quand les articles de ce site qui tournent autour de la popularité et de la visibilité sont « réservés aux abonnés »… complètement contradictoire. Rien contre les articles réservés, mais le choix n’est pas toujours judicieux.

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