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Retour à la case ghetto pour la voltige aérienne
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Ni média, ni public, le championnat du monde 2017 de voltige aérienne a été un non événement. La France avait pourtant montré la voie, mais l’Afrique du sud n’a pas eu les moyens de la suivre. Châteauroux n’aura été qu’une parenthèse à moins que la France regroupe ses forces et mobilise les voltigeurs lucides pour porter la réforme avant que le point de non retour soit franchi.

Alors que le championnat du monde 2017 de voltige a tourné au huis clos, le même week-end, l'avant-dernière manche du Red Bull Air Race s'est jouée à guichets fermés sur le circuit de vitesse de Lausitzring (Allemagne). © FAI / Marcus King

On pensait naïvement qu’il y aurait un avant et un après Châteauroux. On se trompait. L’après, ressemble méchamment à l’avant. Le championnat du monde 2015 organisé par la France à Châteauroux fut une grande fête populaire dont les vedettes furent les voltigeurs de la planète. Les médailles distribuées, la voltige internationale a regagnée son ghetto. A Malelane Gate (Afrique du sud), le championnat du monde 2017, s’est déroulé, comme celui de 2013 (Texas), entre soi, avec pour tout public les compétiteurs et leur encadrement.

Une pente glissante

Rattrapés par la routine, les organisateurs sud-africains n’ont même pas jugé utile de prévoir une sono pour diffuser les musiques du Libre intégral. La musique et les fumigènes sont les seules entorses à la règle concédés par la Fédération aéronautique internationale à ce programme qui clôture la compétition officielle. Les pilotes se lâchent pour faire le show. Faute de public, les organisateurs ont peut-être estimé que la musique était superflue. Il a fallu que l’espagnol Castor Fantoba fasse circuler une pétition pour que la sono soit branchée.

Il n’est pas question ici d’accabler les sud-africains, pas plus que les américains d’ailleurs. Les uns comme les autres ont le mérite de s’être dévoués pour accueillir le championnat du monde. Si les candidats ne se bousculent pas et que les désignations se font souvent par défaut, c’est que de moins en moins de nations possèdent les ressources nécessaires pour le faire.

Une indispensable réforme

Organiser un championnat exige un budget, mais aussi un réseau et surtout de pouvoir mobiliser des bénévoles. A Malelane, l’organisation a reposé sur une poignée de bonnes volontés qui ne pouvaient pas être partout à la fois. La priorité a évidemment été donnée à la compétition sans toutefois atteindre totalement les objectifs. La voltige a touché le fond.

Il ne faut pas compter sur les experts de la discipline pour organiser le sauvetage. Ils sont trop occupés à couper les cheveux en quatre au sein de la CIVA, la commission voltige de la Fédération aéronautique internationale, sur des questions réglementaires. Plus conservateur que la CIVA est difficilement possible. Le salut peut venir de la France. Non pas parce que la France fait figure de nation phare, mais parce qu’elle est la seule à posséder les moyens de porter la réforme.

Réformer sans révolutionner

La voltige française repose sur une assise solide composée par les aéro-clubs en charge de la formation de base des voltigeurs. Elle bénéfice d’une politique sportive qui vise à détecter les talents et à les aider à gravir les échelons. Elle est encadrée par des instructeurs et des techniciens. L’équipe de France est composée des meilleurs pilotes sélectionnés parmi un vivier de jeunes talents qui n’a jamais été aussi riche.

Pour toutes ces raisons, la France fait figure d’exception. Et précisément, parce qu’elle est plus riche et mieux structurée que les autres nations, elle doit aussi se mettre à leur niveau, pour les entrainer dans son projet de rénovation de la voltige Aresti. Elle en a conscience et c’est pour cela qu’elle prend un maximum de précautions.

Lobbying

Le premier chantier consiste à rendre plus attrayante la compétition. Il n’y a pas de mal à y parvenir tant un championnat est soporifique. Sauf que changer une virgule dans le règlement, prend des années à la CIVA. D’où la nécessité de venir avec une proposition qui réunit déjà l’approbation de plusieurs nations importantes. Autrement dit un travail de lobbying s’impose.

Plusieurs pistes d’innovation sont à l’étude au niveau de la Direction technique nationale de la FFA. On pourrait, par exemple, imaginer un championnat par pool avec des éliminatoires, des quarts et des demi-finales et en point d’orgue un duel final. Le public raffole de combats singuliers. Quelle que soit la manière de faire s’affronter les pilotes, les notes doivent tomber à l’issue du vol. Cela implique donc de repenser les critères de jugement et le travail des juges.

Réformer c’est commencer par se mettre à dos le plus grand nombre. Mais c’est aussi, avant de porter un projet à l’international, mettre d’accord les voltigeurs français sur l’objectif à atteindre.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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