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Chambley Planet’Air

C'est l'histoire d'une ancienne base de l'OTAN qui a bien failli disparaître. Chambley, dont le ciel s'est obscurci des nuages du Skylander qui ne verra jamais le jour, aurait pu se résumer à un fiasco aéronautique. Pourtant, c'est un lieu bien vivant que nous vous invitons à découvrir depuis les airs et sur le plancher des mirabelliers lorrains.

La Lorraine  : ses mirabelles, ses madeleines de Commercy et… ses terrains d’aviation. Une trentaine d’aéroclubs sont répartis dans la région sur autant de pistes, la plupart ouvertes à la circulation publique aérienne. Certaines ont disparu, d’autres ont bien failli disparaître. C’est le cas de l’aérodrome de Chambley-Bussières, nommé récemment Chambley Planet’Air qui, malgré quelques zones de turbulences, a su conserver et développer une activité aéronautique sur le site.

Tout commence après la Seconde Guerre Mondiale pour ce village de près de six cents habitants situé en Meurthe-et-Moselle. Pour assurer la sécurité du continent européen, et le prémunir contre de potentielles attaques extérieures, en particulier venues de l’Union soviétique, cinq pays signent le traité de Bruxelles en avril 1949 qui les lie aux Etats-Unis et au Canada : Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Royaume-Uni et France. C’est ainsi que naît l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ou North Atlantic Treaty Organization, NATO). Dans la foulée, une décision est prise qui va impacter le paysage aéronautqiue français : la construction de bases OTAN avec une forte concentration dans l’Est de la France. Anciennes bases OTAN dans l’Est de la France : Chambley, Lunéville, Toul-Rosières, Marville, Grostenquin, Etain-Rouvres, Phalsbourg

C’est ainsi qu’en 1952 débutent les travaux de construction d’une base aérienne entre les villages d’Hagéville et Saint-Julien-les-Gorze, qui portera le nom de Chambley-Bussieres. Les travaux vont durer près de quatre ans mais, en décembre 1954, le quartier général 21st Fighter Bomber Wing (21st FBW) s’installe à Chambley avec ses F-86F Sabre… et ses armes nucléaires. L’un de ses jeunes pilotes, Michael Collins, sera quinze ans plus tard le pilote du module de commande qui a emmené Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune en juillet 1969. Michael Collins s’est marié à Chambley en 1957 La base ne sera inaugurée qu’en juin 1956. Un an plus tard, le gouvernement français interdit l’arme nucléaire appartenant à un autre pays sur son sol. L’escadron est dissout en 1958 et la base de Chambley mise en sommeil pour n’être réactivé qu’en 1961, au moment de la construction du Mur de Berlin. Le 122nd Tactical Fighter Wing et ses trois escadrons de F-84F s’installent à Chambley. Plusieurs escadrons se succèderont ainsi à Chambley jusqu’en 1966, date à laquelle le Général de Gaulle annonce le retrait de la France de l’OTAN. Chambley Air Base est rendue à l’Armée de l’Air française en 1967. Malheureusement épuisé, l’ouvrage de Fabrice Loubette, Les forces aériennes de l’OTAN en Lorraine, 1952-1967, Éditions Serpenoise, 2008, est une véritable bible en la matière. Fabrice Loubette publie également un blog qui donne l’actu des anciennes bases OTAN : http://france-air-otan.blogspot.fr/

Rattachée à la Base Aérienne 136 de Toul-Rosières, La BA 136 sera active jusqu’en 2004. Base de l’OTAN, elle a accueilli en 1954 Chuck Yeager, qui parle de la base en des termes laconiques et peu élogieux dans sa biographie Yeager : An Autobiography, Paperback 1986.
En 2012, elle est recouverte de panneaux solaires visibles à des kilomètres à la ronde
, la plate-forme de Chambley sert alors de piste d’entraînement et de terrain de manœuvres. Après 2004, elle sert de piste de dragster et de campement pour les gens du voyage. Mise en vente en 2007, elle est finalement achetée par le Conseil régional de Lorraine.

Jean-Pierre Masseret, président de la Région Lorraine à cette époque (devenue aujourd’hui la Région Grand-Est, présidée par Philippe Richert), voit les choses en grand pour ce site.

Premier de ces travaux dignes d’Hercules, un hangar titanesque pour abriter le dirigeable de Jean-Louis Etienne avant son périple au-dessus de l’océan Arctique prévu en avril 2008. En un temps record, un entreprise locale a mis en œuvre près de 300 tonnes d’acier pour faire sortir de terre ce hangar au dimensions hors-normes.

Ironie du sort, le 22 janvier 2008 le hangar est achevé… et le dirigeable de Jean-Louis Etienne, qui ne sera jamais passé à Chambley, s’écrase sur une maison dans le Var. Reste un hangar gigantesque de 2.400 m2, de 60 m de long, 40m de large et 23 m de haut… et une facture d’1 million d’euros.

Un ballon Dark Vador

Qu’à cela ne tienne ! A défaut de dirigeable, Chambley accueillera un constructeur aéronautique. Après négociations, GECI international, qui devait s’installer initialement au Portugal, choisit finalement Chambley en 2008 pour étudier et concevoir le Skylander, SK 105 F, avion bimoteur à hélice low cost et tout terrain. 113 personnes travaillent sur le site jusqu’en 2013, date de la liquidation de la société SkyAicraft. Le crash du Skylander aura coûté 21 millions à la Région Lorraine qui, de bonne foi, avait avancé la somme. La Région n’a récupéré que 4 millions d’euros et des procédures judiciaires sont en cours contre Geci et son PDG Serge Bitboul, alors que de potentiels repreneurs du projet Skylander, chinois et américains se sont faits connaître récemment

Existerait-il un « triangle des Bermudes » au-dessus de Chambely qui ferait disparaître les projets aéronautiques ? Heureusement, il est des choses qui fonctionnent sur ce site à l’histoire mouvementée et le soutien actif du Conseil régional d’alors et celui d’aujourd’hui a favorisé bon nombre d’activités à Chambley. les 2 et 3 juillet derniers se sont déroulés Les Free Flight World Masters organisés par Bleuciel Airshow

L’un des premiers événements est sans conteste le Mondial Air Ballons, organisé en Lorraine par Philippe Buron-Pilâtre depuis 1989. En 1993, Pilâtre de Rozier Organisation s’installe sur le site de Chambley et offre un spectacle inégalé en Europe, comparable à celui d’Albuquerque au Nouveau-Mexique : 433 montgolfières alignées en 2015 ont ainsi battu le record du monde. Evénément majeur dans la vie de la région, la biennale de l’aérostation attire, pendant les dix jours de la manifestation, de nombreux visiteurs et curieux locaux mais également des équipages venus de Belgique, d’Allemagne, des Etats-Unis… 300 .000 visiteurs se sont ainsi retrouvés à Chambley en 2015 sur l’ensemble du Mondial. La prochaine édition de la biennale aura lieu en 2017, si tout va bien
C’est un spectacle tout à fait unique, féérique et majestueux… et gratuit. En plus d’être un festival, le Mondial est une véritable compétition en individuel et en groupes. Le ballet des montgolfières et des équipes de « récup » sillonnant les départementales autour de Chambley, et des plans d’eau de Lachaussée et de Madine sont plutôt spectaculaires.

Même si le Lorraine Mondial Air Ballon (LMAB) occupe en grande partie tout le temps libre de Phillipe Buron-Pilâtre et de ses associés et employés au sein de son entreprise, ce n’est pourtant pas sa seule activité. Pilâtre de Rozier Organisation, comme son nom l’indique et avec une pointe de lapalissade, organise des événements, mais c’est aussi un centre de formation d’aérostiers doublé d’un atelier d’entretien, de gestion et de vente de montgolfières. Sur le site de Chambley, l’entreprise, Philippe Buron-Pilâtre a souhaité rendre accessible au public sa collection de montgolfières et d’objets en rapport à l’aérostation. Sur près de 400 m2, l’Aéromusée Pilâtre de Rozier présente ainsi des pièces rares et propose de découvrir l’histoire de la base de Chambley.
Véritable cabinet de curiosités aux multiples facettes, ce musée est composé de plusieurs espaces : Chambley Air Base Section – Pilâtre de Rozier, le Savanturier – l’Histoire des ballons au XVIIIe siècle – les ballons et la guerre, philatélie, médailles – l’invention des dirigeables – Marie Marvingt et Gordon Bennett Jr. – les ballons s’affichent dans les médias – le Lorraine Mondial Air Ballons® – les ballons en forme (espace enfant) – la mode au ballon – les arts de la table – ballon mode d’emploi. Source : http://www.pilatre-de-rozier.com

Lors de votre visite sur le site, profitez-en pour aller découvrir un autre musée : celui de la photographie aérienne. Installé dans les locaux de l’entreprise de Jean-Luc KAISER,
L’Europe vue du Ciel, spécialisée dans la prise de vue aérienne, le musée présente des documents réunis au fil du temps, photos et équipements retraçant l’histoire de la photographie aérienne. Ceci a notamment permis aux instigateurs du musée de découvrir qu’une part importante de celle-ci s’est écrite en Lorraine, à quelques dizaines de minutes de vol de Chambley sur les côtes de Meuse, durant la première guerre mondiale. Les premières unités militaires de photographies aériennes au monde ont été créés a Verdun et Toul

Si Chambley est un lieu historique par son occupation militaire, c’est également aujourd’hui un lieu de vie appelé Champley Planet’air, divisé en deux zones : aéronautique et industrie. La partie aviation légère et sportive au nord dispose d’un front de six hangars (Ulm, hélicoptères, planeurs, avions et montgolfières). De nombreuses entreprises y sont implantées, qui font travailler quotidiennement 400 personnes, dont Chambley Aéro Maintenance, un atelier avion et ULM de Christophe Pradelle et Dominique Luttringer, qui a ouvert un atelier annexe à Roanne.

Parmi de nombreuses associations, trois clubs sont basés à LFJY : ULM Sport et Loisirs, le vétéran qui occupe Chambley depuis plus de trente ans, les Ailes mosellanes, aéroclub anciennement basé à Metz-Frescaty puis déplacé à Chambley en 2012 lors de la fermeture de la BA 128 et le Comité régional lorrain de vol à voile. Une centaine d’aéronefs sont actuellement basés, 880 membres d’associations, 250 pilotes et près d’une vingtaine d’instructeurs font vivre ce lieu aéronautique qui a bien failli disparaître.

Avec tous les aménagements entrepris par la Région Lorraine, LFJY, ouvert à la circulation aérienne publique depuis 2009, est un formidable terrain de jeu aéronautique. Pour les pilotes, je ne saurais que recommander cet aérodrome, pourvu d’un restaurant, la Table de Juliette, avec vue sur les pistes.
En formation à Nancy (LFSN), j’allais fréquemment m’entraîner au « touch and go », comme tous les apprentis pilotes de l’Aéro-club de l’Est, sur la piste en dur de 2.100 mètres. L’aérodrome est composé d’une piste principale revêtue de 2100 x 45 mètres, une piste ULM en dur de 660 mètres, une piste planeur enherbée de 3000 mètres, une tour de contrôle (non activée), une station propane, des stations carburants (100 LL, Jet A 1 et UL 91), une approche GNSS, un balisage lumineux à LED et un PAPI activable par PCL, et une station météo disponible par fréquence radio (119,55) indiquant : vent / pressions / température. De quoi bien travailler ses arrondis ! De plus, les côtes de Meuse sont à quelques minutes de vol, à découvrir lorsque les mirabelliers sont en fleur. En remontant vers le Nord-Ouest, on approche de Verdun et des champs de batailles. La seule contrainte est la densité des zones militaires dans la région, la présence également du Polygone de guerre électronique et la zone d’Etain, toute proche de Chambley. Attention à bien veiller les fréquences radio respectives et à vous annoncer sur la fréquence en auto-information bien avant de faire une verticale du terrain de Chambley  : de nombreux aéronefs évoluent sur cette plate-forme, surtout le week-end.

Fabrice Morlon

 

Infos pratiques

Aéromusée Pilâtre de Rozier
Pilâtre de Rozier Organisation
HANGAR G/6
Aérodrome de Chambley Planet’Air
11 boulevard Antoine de Saint-Exupéry
54470 Hagéville
France

Tél. : +33 (0)3 82 33 77 77

http://www.pilatre-de-rozier.com

Ouverture :
Du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 16h30
Samedi et dimanche de 15h à 18h
A partir de 3,50€ par personne
Tarif réduit pour groupes
L’Aéromusée est ouvert du 15 avril au 15 octobre.
Une visite virtuelle du musée est disponible sur :
http://www.nancy-webtv.com/panos/PLANET-AIR/musee_a.html

L’Europe Vue du Ciel
Musée de la photographie aérienne
Photographie, vidéo et surveillances aériennes – Location d’hélicoptères
Aérodrome de Chambley
Hangar E, 9 blvd Antoine de Saint-Exupéry
54470 Hagéville
Vers le Web-musée : www.leuropevueduciel.com/musee

Tel : +33 (0)3 82 46 04 25
Fax +33 (0)3 82 46 27 26
Entrée gratuite aux heures de bureau :
Du lundi au vendredi de 9H00 à 12H00 et de 14H00 à 18H00

Restaurant La Table de Juliette
Téléphone : 03 82 22 39 61 – 06 08 67 79 86
Ouvert le lundi et mercredi de 11h30 à 14h30 et du jeudi au dimanche de 11h30 à 14h30 et de 18h30 à 22h

Accès à l’aérodrome de Chambley, LFJY

Chambley Planet’Air se situe à 25 minutes des autoroutes A 4 et A 31, à 35 minutes de Metz et de l’aéroport régional de Metz-Nancy Lorraine, et à 50 minutes de Nancy.
Carte VAC :
https://www.sia.aviation-civile.gouv.fr/aip/enligne/Atlas-VAC/PDF_AIPparSSection/VAC/AD/2/1608_AD-2.LFJY.pdf

A propos de Fabrice Morlon

Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé en 2013, Airia Editions, agence d’éditions spécialisée dans l’aéronautique. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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