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Le parcours du combattant de la première femme pilote de combat de la Marine Nationale

Dans « Entre ciel et mère » (Editions du Rocher), Jean-Marie Le Méné raconte Marine Bayer, première femme pilote d’hélicoptère au sein de la Marine Nationale à avoir participé au combat. Un récit passionnant qu’il aurait été dommage de passer à côté.

« …On remplira à 450 litres seulement pour rester le plus manœuvrant possible… Enfin, souvenez-vous qu’on volera « harnais serrés bloqués » pour ne pas risquer de s’affaler sur le manche en cas de blessure ou d’évanouissement… » Voilà, le ton est donné. Jean-Marie Le Méné, ancien officier de la Marine Nationale, devenu magistrat, en connaît un rayon sur les missions de la Marine, notamment celles du très célèbre bâtiment-école et porte-hélicoptères la « Jeanne d’Arc », affectueusement appelé « La Jeanne ». Il a voyagé tellement souvent à bord du mythique bateau !

Et c’est là qu’il rencontre une femme tout-à-fait exceptionnelle, le lieutenant de vaisseau Marine Bayer, première femme pilote d’hélicoptère opérationnelle engagée au combat. Pourtant, il dit de Marine Bayer qu’il s’agit tout simplement « d’une jeune femme ordinaire appelée à vivre des moments extraordinaires. » Il raconte à travers ce récit époustouflant « Entre ciel et mère » l’histoire de cette jeune maman de trois enfants, première femme officier chef du détachement des hélicoptères de l’aéronautique navale embarqués à bord de « La Jeanne » qui va lutter durant tout son engagement au sein de l’Aéronavale contre la misogynie et le harcèlement de certains militaires « haut placés », pour parvenir à ses fins : être pilote reconnue ! Les éditions du Rocher ont publié le livre de Jean-Marie le Méné, il y a un an. La rédaction d’Aerobuzz.fr n’en a eu que connaissance que très récemment. Au risque de s’exposer aux critiques de certains de nos lecteurs qui auront déjà lu ce récit, nous avons néanmoins décidé de vous le présenter. Il en vaut la peine…

Et son parcours sera plus mouvementé que la frégate sur laquelle elle navigue, seule femme entourée d’une centaine de marins, pris au piège d’un typhon quelque part, très loin au milieu de l’océan. Tout commence par une profonde blessure qui ne guérira pas : Marine, qui a obtenu son brevet de base de pilote à 15 ans, rêve de devenir pilote de chasse, mais, malgré ses excellents résultats, elle n’intègrera jamais cette élite. L’Armée – nous sommes en 1995 – n’a pas encore franchi le pas de la féminisation de ses chasseurs. Elle est donc affectée à l’escadrille 22S, à l’école de spécialisation des hélicos embarqués, sur la base bretonne de Lanvéoc.

Après ses classes à Salon de Provence, puis à Cognac, elle rencontre son futur mari, un pilote lui aussi, qui volera sur Mirage… Secrètement, elle se projette sur son pilote de chasse de mari, qu’elle ne voit que quelques mois par an. Lui part au combat en Afghanistan, au Proche-Orient, et elle, pilote d’Alouette III sur « La Jeanne », elle enchaîne les missions entre la Polynésie, l’Océan Indien, l’Asie du Sud-Est… De leurs brèves et tumultueuses rencontres en escale un peu partout dans le monde, le couple aura trois enfants.

Mais les missions lointaines, les brefs échanges par mail (pas plus d’un mail par semaine en opération…) en auront raison de leur passion : le couple se séparera après treize ans de vie commune. Marine ne baisse pas les bras pour autant et continue son combat pour prouver – se prouver à elle-même ? – que ses missions sont toujours compatibles avec ses devoirs de mère de famille. « Mes amours, écrit-elle à ses enfants, votre maman est toujours à bord de la Jeanne d’Arc, notre traversée vers Djibouti est plus longue que prévue. Nous restons à proximité des côtes somaliennes pour une éventuelle mission de récupération d’un grand voilier nommé Le Ponant. C’est un trois mâts français de 88 mètres de long qui a été arraisonné par des pirates… »

La suite, on la connaît. Du moins en partie. C’est la fameuse opération « Thalathine ». Les otages seront libérés contre une forte rançon. Mais ce que le livre raconte en détails est moins connu. En fait, sur ordre du Pacha de « La Jeanne », et, d’une certaine façon, en passant outre l’avis de l’Elysée, des hélicos, dont l’Alouette de Marine Bayet, vont poursuivre les terroristes somaliens sur une piste du désert, d’une part pour les faire prisonniers (ils seront exfiltrés et jugés en France) et d’autre part pour récupérer une part importante de la rançon… La mission est un succès.

« Entre ciel et mère » est donc une histoire vraie. Une histoire de vrais pirates que Marine raconte à ses enfants… Une histoire fabuleuse qui se lit d’une traite, comme un authentique thriller. On ne peut que rester admiratif devant le courage de cette femme, véritable Amelia Earhart des temps modernes, qui, une fois l’Armée quittée, exerce aujourd’hui les fonctions de pilote au sein des flying doctors en Australie. En reconnaissance de ses services rendus, elle a été décorée de la Croix de la Valeur militaire, et de la Légion d’honneur.

Bruno Rivière

A propos de Bruno Rivière

Reporter photographe par passion, Bruno Rivière a assuré la rédaction en chef d’Aéroports Magazine pendant près de 25 ans. Il a également enseigné le journalisme en faculté. Spécialiste du transport aérien, il a rejoint Aerobuzz en janvier 2011. Bruno Rivière réalise des reportages et des recensions de livres.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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