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Orly, aéroport des sixties

À l'heure où Orly-Sud devient Orly 4 et avec la réunion des deux aérogares Ouest et Sud, alors que le grand aéroport parisien se prépare à plonger dans le XXIe siècle, un beau livre s'attache à en montrer l'importance sur le plan patrimonial.

23.08.2020

Orly, au temps des terrasses accessibles au public chantées par Gilbert Bécaud. Caravelle et Breguet "Deux-Ponts"… (coll. J. Molveau)

Alors même que le général De Gaulle proclame dans son discours d’inauguration des « installations terminales » de l’aéroport (appellation originelle d’Orly-Sud avant qu’Orly-Ouest n’apparaisse dix ans plus tard, en 1971), la plate-forme est condamnée à la saturation…

Le « Grand Orly » n’est resté l’aéroport principal de Paris (grignotant l’historique Le Bourget) qu’une petite quinzaine d’années.

Et pourtant, symbole de la modernité, de l’audace et de la réussite des « Trente Glorieuses« , Orly conserve un prestige lié au support du rêve de voyages offert, à défaut d’embarquement, par les fameuses terrasses popularisées par la chanson Dimanche à Orly de Gilbert Bécaud. Un circuit de visite touristique de plus d’une heure – un trajet de 11 km – était alors proposé aux visiteurs !

Lorsqu’au début des « sixties », l’immense buidding de béton armé, d’acier et de verre, prodige fonctionnel dû à la hardiesse de l’architecte Henri Vicariot – « l’architecture à l’état pur » –, le champ d’aviation concédé à l’armée américaine à la fin de la Grande Guerre est déjà bien lointain.

Militaires et civils, plus lourds et plus légers que l’air (les hangars Freyssinet pour ballons dirigeables, des années 1921 à 1944 constituèrent une prouesse technologique en leur temps) se côtoyèrent sur ce plateau de Longboyau, au sud de Paris. L’endroit est devenu dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, représentatif de l’image de la course à la modernité (ne pas oublier le Marché d’intérêt national de Rungis, à quelques kilomètres au nord des pistes, et les autoroutes, A-6 et boulevard périphérique parisien, qui découlèrent de ces aménagements structurants).

Décidé en 1947, l’adaptation d’Orly au développement envisagé du transport aérien – sur la base des pistes en dur dues à la Luftwaffe puis à l’USAAF – nécessita en cours de chantier, l’adaptation au « jet age« , l’avènement des Caravelle, Boeing 707 et autres Douglas DC-8 changeant, entre autres, la donne technique des pistes, notamment leur résistance et leur longueur…

Bel aéroport, beau livre

Certes l’historique des surfaces et des implantations est détaillé dans ce superbe livre (bilingue français-anglais) de 176 pages au format 24,5 x 29, notamment avec de très intéressantes vues des plans de masse à différentes époques. Cette évocation n’est pas le moindre des attraits de ce volume. Lequel reste néanmoins axé sur le côté « patrimoine » que représente principalement le bâtiment terminal principal, grand vaisseau de quelque 200 m de long, celui qui enjambe la Route Nationale 7.

Très détaillé en ce domaine, le livre s’appuie sur une iconographie exceptionnelle de qualité, employant pour la plupart des clichés (magnifiques !) des années 1960.

La fonctionnalité, mais aussi la majesté et le design avant-gardiste du lieu (notamment la mise en œuvre à grande échelle du « mur-rideau« ) s’y font jour. Les flux des passagers ont été repensés et le nouveau cheminement, baptisé « Orly system » va faire école partout dans le monde !

Orly, aéroport des sixties, par Paul Damm, collection Patrimoines d’Île-de-France, éditions Lieux-Dits. 176 pages au format 24,5 x 29. Bilingue. Prix : 29 €. ISBN : 978-2-36219-166-4.

L’aventure est cependant retracée jusqu’à nos jours, exposant les transformations actuellement en cours, insistant sur le fait qu’Orly est le témoignage d’une époque, mais que ce témoignage est toujours bien vivant, et que le patrimoine légué ici par l’histoire de l’aviation se prolonge est est bien ancré dans le présent.

Très documenté, très beau, cet opus mérite bien l’appellation de beau livre, non sans dégager un certain parfum d’enfance…

Jean Molveau

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A propos de Jean Molveau

chez Aerobuzz.fr
Journaliste aéronautique, Jean Molveau est le rédacteur en chef du magazine Vol à Voile dont il est l’un des fondateurs (1983). Il a également été, jusqu'en 2019, le rédacteur en chef d'Aviasport. Historien reconnu de l’aéronautique, il a signé 16 ouvrages. Il a rejoint Aerobuzz en 2009. Au sein de la rédaction, Jean Molveau traite plus particulièrement les sujets historiques.

4 commentaires

  • Daniel FAGET

    Ce livre ne peut que remémorer les moments passés sur les terrasses d’Orly le dimanche à la fin des années 50, début des années 60. C’était un sortie que j’affectionnais particulièrement lorsque enfant, accompagné de mes parents nous allions passer l’après-midi à regarder les avions depuis les terrasses de l’aéroport.
    Voir les avions de près, les passagers grimper sur les passerelles avant de faire un signe d’au-revoir aux parents ou amis restés sur les terrasses, les avions à hélices mettre en route les moteurs avec flammes et fumée tout cela pour l’enfant que j’étais était fascinant.
    Les terrasses extérieures donnaient directement sur le tarmac et les avions étaient tout proches.
    A cette époque les Vickers Viscount, les Lockheed Constellation, les Douglas DC6 volaient, et, plus tard Caravelle, Boeing 707 et autres avions « à réaction », comme on disait à l’époque, ont modernisé le ciel.
    Cette passion pour la photo aéro qui est la mienne aujourd’hui a certainement pris naissance à cette époque sur les terrasses de l’aéroport d’Orly. Merci à Jean Molveau pour son article et à Paul Damm pour cet ouvrage de mémoire.

  • bernardbacquie

    Moi je dirais un bel aéroport, une belle aérogare !
    1967, les derniers Breguet ‘Deux-Ponts’ et les Lockeed Super-Starliner qui vous arrachaient le coeur en pourrissant lentement entre la piste 02-20 (désaffectée depuis la fin des années 70) et la première tour de contrôle, alors qu’ils n’avaient pas dix ans.
    Et puis La Chapelle avec les demi-tonneaux hérités des Américains et qui nous servaient d’hébergement pour les élèves de l’ENAC.
    Snif !
    /Users/bernardbacquie/Desktop/ENAC Orly 67.jpg

  • KOUMARANE

    Orly est un lieu où décollent, volent et atterrissent encore les souvenirs des avions, des voyages et des rêves.
    Bon décollage et atterrissage à la plume de M. de Jean Molveau.
    Dêva KOUMARANE

  • delmondo patrico

    Waouhhh, Merci pour votre article et surtout les photos qui me ramène dans ma jeunesse ou notre père nous amenait le Dimanche à l Aéroport de Bordeaux voir les avions depuis la grande terrasse en dessus ! Voilà comment sont surement naient des vocations. Mais c était Avant.

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