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Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »

En 1960, Morane-Saulnier a imaginé une vraie machine de guerre pour inonder le marché avec son Rallye. La mise en oeuvre du plan de bataille connaîtra des ratées. 3.400 exemplaires seront tout de même vendus en une trentaine d’années. Dans un livre qui vient de paraître, Roger Gaborieau raconte l’histoire du « dernier des Morane »…

21.10.2015
Le tout premier Rallye (MS 880) a volé pour la première fois le 10 juin 1959.

Le tout premier Rallye (MS 880) a volé pour la première fois le 10 juin 1959. © Bleu Ciel Editions

A la fin des années cinquante, en France, les avions écoles (Stampe, Piper Cub, Jodel D-112, etc) sont tous biplaces. En 1958, l’administration française lance un concours pour encourager les constructeurs d’avions légers à proposer une alternative à l’offre américaine envahissante. Il sera remporté par le Legrand-Simon LS-60 qui ne verra jamais le jour. A cette époque, Morane-Saulnier ne prend pas part à la compétition, bien qu’il ait déjà dans ses cartons le MS-880, un bi-triplace avant-gardiste : construction en aluminium riveté et soudé, becs de bord d’attaque mobiles et volets à fentes pour les qualités de vol à basse vitesse, solide train tricycle à roues tirées, verrière coulissante pour un accès facile à la cabine… Facilité d’accès aux organes vitaux de l’avion pour en faciliter la maintenance. Le constructeur ne veut pas se laisser engluer dans un programme étatique, il mise sur atouts.

Morane-Saulnier croit dans son projet et surtout, il a imaginé un plan de bataille révolutionnaire qui va entrer dans l’histoire de l’aviation légère sous l’appellation « Opération Rallye ». « Le terme rassemble conception, production, prospection et commercialisation », explique Roger Gaborieau, dans la monographie qu’il vient de consacrer au Rallye. « Le phénomène Rallye dépasse la création technique d’un avion. En effet, Morane-Saulnier met en place les méthodes de management des ventes les plus modernes mais peu pratiquées dans le domaine de l’aviation légère, qui relève plutôt jusqu’à présent de l’artisanat ».

Ce n’est pas un avion, mais une gamme que le constructeur imagine. Avant même la certification du MS880, une version plus puissante à train rentrant est envisagée, ainsi qu’un bimoteur. « Simultanément, sont menées une campagne de presse très efficace et une promotion publique avec vols de contact à bord du prototype, nationalement et à l’étranger ». Un tour de France et d’Europe est organisé pour faire essayer l’avion aux prospects. Morane-Saulnier engrange les commandes : 150 en France et 45 à l’étranger. Le MS880 n’est toujours pas certifié et sa mise au point piétine. Il sera finalement certifié le 26 octobre 1961 avec un moteur Continental de 100 ch. Dans la foulée, le constructeur lance le MS-880B équipé d’un moteur de 145 ch.

La difficile mise au point du Rallye, endeuillée par la mort de Jean Person pilote d’essais Morane-Saulnier lors d’un essai de vrille, n’enraye pas pour autant le déploiement de l’opération Rallye. Lettres d’information, prospectus, publicité, relations presse… la promotion bat son plein. En parallèle, le constructeur met en place dans son usine de Tarbes un outil de production inspiré de la construction automobile. « Une machine est créée permettant de retourner l’avion afin de procéder au montage des éléments internes par plusieurs ouvriers travaillant en même temps sur l’équipement de la cabine alors que simultanément le train d’atterrissage est posé sur son emplacement à l’intrados de la voilure », écrit Roger Gaborieau.

La chaîne de production en série du Rallye se met en place, mais sa mise au point va, elle aussi, être longue et complexe. La qualité va gravement s’en ressentir. Au 200ème avion produit, des « négligences graves » sont toujours à déplorer. 30 avions sortent chaque mois de l’usine de Tarbes avec parfois des défauts incroyables que détaille Roger Gaborieau. Il faudra attendre la reprise de Morane-Saulnier par Potez, début 1963. Cela n’empêche pas les commerciaux de vendre et le bureau d’études de lancer sans cesse de nouvelles versions au point de s’y perdre. Roger Gaborieau en a identifié pas moins de 44 pour un total de 3.396 avions produits jusqu’en 1984.

Il reste de cette aventure industrielle, des traces un peu partout dans le monde : dans les aéro-clubs et écoles de pilotage, dans les sociétés de travail aérien, dans certaines armées étrangères, entre les mains de pilotes paraplégiques, mais aussi dans les archives de la télévision. Le Rallye est encore bien vivant même si cette monographie amoureuse a forcément un parfum de nostalgie. Elle renvoie à une époque où les constructeurs français d’avions légers faisaient le poids face aux américains.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

20 commentaires

  • Charles Destrée

    À Gil Roy qui a fondé Aerobuzz.fr
    j’aimerais raconter diverses aventures que j’ai expérimenté pendant les 732 heures de de vol que j’ai accomplis entre 1963 et 1973.
    Parmi lesquelles le fait que sous ma responsabilité un groupe de 15 avions Piper Cherokee 235 ont atterri sur l’aérodrome de Kennedy Airport à New York sans le moindre hic.

    Bien à vous,
    Charles Destrée
    (1926) kaak@wanadoo.fr – historien..

  • Echo Delta

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Bonjour Monsieur,

    En espérant répondre à vos recherches.

    Cordialement.

  • Charles Destrée

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Ayant acheté en 1963 un Morane Saulnier super Rallye par l’intermédiaire de Maurice Serré,
    j’aimerais trouver 2 photos.
    1 – de la jauge d’essence d’un Rallye
    2 – De Maurice Serré en pilotant un Rallye debout, les bras en l’air
    Merci de votre attention.
    Bien amicalement,
    Charles Destrée
    (1926) historien, 700 heures de vol.

  • Echo Delta

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Breveté en 1969 , et laché solo sur ms 880 sur la piste de l’aeroclub de Passy Mont Blanc ou du Fayet,(qui n’existe plus) au choix; Une piste definie  »utilisation restreinte » delimitée d’un coté par les rives de l’Arve et de l’autre par la route menant à Marlioz. Que de souvenir et de plaisir de se retrouver au commande et en finale et devoir engager le deuxieme cran pour  »sauter la ligne electrique bordant la route. Fidel et robuste , fiable, sur herbe en eté et neige en hiver, il m’a permis de passer mon 2eme degre et de faire toutes mes navs avec serenité . Le club à l’époque en possédait 2 ainsi qu’un MS 883, un MS 893 et un 894, Il était tellement rassurant cet avion quand il fallait se poser limite alors que les memes conditions en 112 ou en pa 19 demandaient un peu plus d’adrenaline. Pour un jeune pilote c’était un compagnon fiable pour aller se perdre dans le massif du Mont Blanc.

  • Lou Ravi

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    « Delta Hotel » le dernier des Rallye de LFFC que j’ai encore vu tracter des planeurs au début des années 2000 à Chérence justement. Que de très bons pilotes nous ont épatés à leurs commandes: larguer le cable, cabrer en virant sur une aile et venir se reposer quelques secondes plus tard pour venir prendre en remorque le planeur suivant. Voilà peut-être pourquoi je ne supporte pas la longue vent arrière des pilotes avions débutants qui ne savent pas qu’on peut très bien se poser vite et court!

  • michel

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Pour avoir connu le rallye en club, il fallait 3 heures de maintenance là ou le DR400 n’en nécéssitait qu’une (ex la cinématique des volets : une charniére piano sur DR400, un mécanisme complexe de glissière, galet et cable sur le Rallye). pas bon pour le prix de revient ! On pouvait aussi négliger la maintenance, il était assez solide pour cela, jusqu’au jour ou… Et quid des rallyes produit sous licence en Pologne, torpillés par la Socata pour vendre des TB10 ?

  • S.DANE

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    C’est Maurice SEREE qui pilotait debout avec le manche glissé dans une jambe de son pantalon.
    Dans les années 80 nous avons vus des Rallyes « Guerrier » faire du tir roquette sur Calamar (champ de tir du CEV à Cazaux), ça marchait assez bien, tout du moins le départ, quant à la précision ???

    • JMB

      Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
      Oui, effectivement c’est bien Maurice Seree, ma mémoire défaillante (mon grand âge sûrement!) m’avait fait penser à Noetinger à tort.
      Pour démontrer les possibilités du Rallye à des acheteurs potentiels, Seree allait jusqu’à faire décoller la version 220CV du Rallye manche attaché plein cabré et….. ça marchait: décollage, petite montée, toute petite abattée, re-petite montée, re-toute petite abattée, etc….
      C’était une autre époque! Et un autre type de conception d’une machine volante!

  • Papa Bravo

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Apres avoir été lâché sur Piper Cub, J’ ai fait toutes mes navs sur Rallye et ai passe mon brevet sur cette appareil (1983). Je me suis pose sur tout les terrains de l’ ouest et du centre (ou presque). ….. souvenirs, souvenirs …..

  • Bébéjodel

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Bonjour à tous,
    Il y a des avions qui ont marqué leur époque et le « Rallye » est un de ceux-là. Il est vrai qu’il n’était pas très rapide, pas très beau, il se secouait comme un chien mouillé quand on coupait les contacts mais il ramenait tout le monde sur le terrain malgré les petites erreurs des pilotes débutants ou pas très assidus.
    Et puis, quel plaisir de voler la verrière entr’ouverte sans se poser de questions. J’ai possédé deux avions à train classique avec lesquels j’ai pas mal volé. Ils avaient des qualités que ne possédaient pas les Rallyes, mais c’était un plaisir toujours renouvelé de retrouver cette bête paisible.
    Allez donc demander aux anciens de la SOTRAVIA ce qu’ils ont réalisé avec leurs machines (N’est-ce pas Cahu?).
    Il y a aujourd’hui des machines au moins aussi intéressantes mais ne cédons au snobisme qui consistait, en son temps, à dénigrer les Rallyes. C’était souvent les pilotes les moins « fin » qui s’adonnaient à ce genre de critiques.
    J’ai oublié de vous dire : J’ai volé sur des machines beaucoup moins agréables.
    Bons vols
    Bébéjodel, petit pilote de petits avions

  • lavidurev

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Merci a Monsieur Gaborieau d avoir ecrit ce livre rendant ainsi hommage a un avion des plus exceptionnels de sa generation et dans sa categorie (par sa conception, sa fiabilite, sa robustesse, sa maniabilite, sa stabilite, sa securite, sa facilite a voler) que fut le « Rallye ».
    Une anecdote raconte meme que l appareil etant si fiable un pilote aurait atterri debout dans le cockpit en le pilotant avec les genoux.

    • JMB

      Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
      Si ma mémoire est bonne, c’est Jacques Noetinger qui dans ses présentations du Rallye faisait des passages bas devant la foule debout dans le cockpit pour démontrer la stabilité de la machine..
      Son astuce consistait à enfiler le manche dans la jambe de son pantalon et cela lui suffisait pour « piloter » la trajectoire, la stabilité naturelle du Rallye faisant le reste……
      Autre temps……..

  • Pierre

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Article intéressant, histoire qui ne l’est pas moins,
    ai volé quelques heures sur la bête,
    m’a semblé être un tank sous motorisé pour maladroits 🙂
    parfait pour vendre du brevet de pilote privé à M. tout le monde 🙂
    Pierre
    ( je vais encore me faire des potes …)

    • michael

      Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
      Pierre,
      Je vous trouve un peu dur avec cette machine.
      C’est vrai qu’il etait presque trop facile a piloter, mais pour commencer a faire qqs tours de piste en solo, c’etait la machine ideale avec ses becs d’ataque a sortie automatique et ses volets super efficaces (jamais utilise le 3eme cran).
      Pour etre passer au RF6 apres mon brevet, j’ai pu faire la difference, surtout dans les sequences de deccrochages …
      Bien a vous

  • toutou

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    si le rallye a cédé sa place un moment aux cessna 150 et 152, à ce jour il est surtout remplacé par Tecnam et autres produits dans les pays de l’ Est mais appartenant à la CEE qui ont les avantages sans les inconvénients , ce qui leur permet de produire et vendre à des prix relativement compétitifs, le tout appuyé par un SAV bien géré.
    sur le Rallye, il aurait été nécessaire de remplacer le 0-200 par la version Australienne issue du RR qui équipait l’ aérobat, mais encore aurait-il été nécessaire d’en avoir la volonté, cela aurait facile, un simple STC était suffisant.
    et surtout de revoir la conception et la fabrication, faire un rallye avec un longeron carbone pultrudé , peut être , mais changer le profil pour eliminer les becs qui de nos jours sont une abération, cela entrine une nouvelle réception…qui paierait ?….conclusions = il faut vivre avec son temps, surtout qu’entre temps, l’ ULM est passé par là …

  • toz

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    hummm souvenir souvenir, ce fut aussi l’appareil de mon baptême de l’air ^^ un vol en escadrille avec 2 appareils un rouge et un jaune, super souvenir ^^

  • TEIL

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Le Rallye, un appareil à tout faire; véritable tracteur pour le vol à voile, résumé par un croquis (publié sur le forum des pilotes privés en janvier 2005). L’avion de mon baptême de l’air, offert pour mes dix ans en1969, à Beynes, n’y revolant par la suite qu’en place passager pour un total de10minutes en 3 vols, toujours sur le même terrain!
    P. Teil
    Fédération RSA IdF

  • Thierry Botrel

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Quel dommage que Socata n’ait pas continué la production en le faisant évoluer car le rallye Commodore est un super cheval de travail qui pardonne (presque) tout.
    Il n’excelle en rien mais est mais est bon partout, c’était un peu le couteau suisse de l’aviation légère. Seul point faible le coût de la maintenance à cause des multiples pièces d’usures (galets becs et volets, glissières volets, etc), les problèmes moteurs récurrent des minerva et la sous motorisation du Rallye 100.
    J’espère que Socata a conservé les plans si ce n’est l’outillage

  • fbs

    Retour sur l’étonnante « Opération Rallye »
    Lent et bruyant, le ms880 est à mon sens le meilleur avion école jamais produit. Pour se crasher avec, il fallait le faire exprès. Un avion sur lequel un instructeur pouvait lacher un élève moyen sans serrer les fesses. Une honte que socata ait décidé de le tuer…au profit maintenant des cessna 150 et 152 qui s’arrachent, malgré le fait qu’on ne peut pas emporter un troisième avec…

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