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SE-2010 Armagnac, le géant oublié

Construit à seulement neuf exemplaires, le SE-2010 Armagnac incarne l'un des plus grands échecs commerciaux de l'industrie aéronautique française. Air-France lui préféra le Constellation et son successeur Super-Constellation.

Le titre de cet ouvrage est bien choisi. Cette machine fut le plus grand avion français de son temps (48,95 m d’envergure pour une longueur de 39,50 m et une masse au décollage dépassant 75 tonnes), et pourtant, qui s’en souvient aujourd’hui ? L’auteur justifie sa passionnante monographie en présentant ce quadrimoteur de transport civil comme étant la première pierre d’un édifice qui mène aux Airbus d’aujourd’hui en passant par la Caravelle ou le Concorde.

Prouesse technique d’un aéronef étudié sous l’Occupation avec le souhait de la SNCASE de « brûler les étapes » et, au sortir de la guerre, de parvenir au niveau des avions de ligne anglo-américains qui n’allaient pas manquer d’accompagner l’explosion du transport aérien, l’Armagnac fut un cuisant échec commercial. Pire que le Concorde – seulement neuf appareils construits dont aucun ne trouva preneur ! Conçu sur des principes surannés de paquebot volant (cabines couchettes, etc.), surdimensionné et sous-motorisé malgré l’emploi de quatre Wright R-3350 de 3 500 ch, l’Armagnac fut refusé par Air-France qui lui préféra le Constellation et son successeur Super-Constellation, d’autres compagnies optant pour les DC-4 et DC-6…

La DTI, Direction technique industrielle (autrement dit, l’Etat), propriétaire des avions, trouva des solutions pour faire exploiter la flotte par la TAI (Transports aériens intercontinentaux), puis par la Sageta (Société auxiliaire de gérance et de transports aériens), au sein desquelles le SE-2 010 rendit finalement de grands services. Mais c’est en fin de compte le n° 1, transformé en banc d’essais de moteurs de la Snecma qui vola jusqu’en 1968…

On pourrait s’étonner que l’Armagnac mérite un livre. Et cependant, ce n’est que justice car l’aventure technologique fut importante pour le retour à la maturité des ailes françaises en 1945. Ce volume est très complet et retrace la totalité de l’histoire, avec une partie description technique qui réjouira les férus du genre. Bravo à l’auteur et à l’éditeur de s’être lancés dans cette belle monographie sur un sujet méconnu.

Jean Molveau

A propos de Jean Molveau

Journaliste aéronautique, Jean Molveau est le rédacteur en chef d’Aviasport et du magasine Vol à Voile dont il est l’un des fondateurs (1983). Historien reconnu de l’aéronautique, il a signé 7 ouvrages. Il a rejoint Aerobuzz en 2009. Au sein de la rédaction, Jean Molveau traite plus particulièrement les sujets historiques
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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