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De l’avion au livre

Aviateur avant tout. Auteur par passion. Editeur par nécessité. Bernard Bacquié a consacré son prochain livre à Deley et Vachet, deux « piliers de la Ligne ». La sortie en librairie est prévue en mai 2020. Cet ouvrage historique sera le dernier opus de sa riche série dédiée aux lignes aériennes Latécoère – Aéropostale. En attendant que les librairies ouvrent leurs portes, il s’est lancé dans la rédaction de son prochaine livre… Il témoigne ici de la réalité quotidienne d’un autoéditeur confiné, mais aviateur-auteur passionné.

21.04.2020

Bernard Bacquié, une fidélité sans faille aux hommes de la Ligne, les héros de son enfance qui ont fait de lui un pilote sans limites. © Coll. B. Bacquié

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Le pilote peut s’envoler pour toutes les destinations, mais c’est une autre aventure d’atterrir dans les livres. Bien des aviateurs et des spotters sont des lecteurs férus d’ouvrages spécialisés. Passionnés d’histoire, toujours à l’affût d’augmenter leur savoir. Le plaisir de la lecture, de l’atmosphère. Parfois, le questionnement de l’écriture…

Irréductibles rêveurs – la passion se nourrit de rêves -, quelques-uns passent de l’autre côté de la page. Ils découvrent une terre inconnue, en friches ou vierge expectante du franchissement du pas. Terre de découverte de la fabrique des mots, avide d’imagination, d’originalité, mais suintante de l’angoisse de la page blanche. Si un thème les a conduits là, un seul, le bout du chemin pourra tarir l’inspiration. Plus que de talent, l’écriture est affaire de volonté, de goût des mots, de l’insatiabilité dans le travail.

Véritable révélateur du moi, l’écriture est une dévoreuse de pensées, une favorite à jamais insatisfaite, une mante religieuse impie. L’auteur lui survit en devenant écrivain, quand il atteint la gloire d’un grand prix littéraire ou la respectabilité des deux chiffres à la comptabilité des ouvrages publiés. Alors, le guette, exterminatrice du passé, une épreuve redoutable : l’échec ou le succès !

Raisonnablement, la chance a décidé de me situer entre ces deux peines. Elle m’a accompagné depuis l’enfance. Quand, l’été, par la fenêtre me parvenait l’écho ronronnant du DC-3 de la Postale de nuit ; dans les cockpits des F-84 cannibalisés et abandonnés au bout du terrain de Blagnac, où je m’imaginais Buck Danny ; dans ma lecture de ‘Courrier Sud’… Le courrier, le Sud ! Mots magiques, odeurs de vent de sable, de ciels étoilés ! Enfin le premier jour du port de l’uniforme du pilote au long cours.

Ecrire et éditer ! Pourquoi ? Pour soi, c’est une évidence. Pour des lecteurs sortant d’une secrète alcôve, avares de compliments, mais avec des yeux disant autre chose. Ils ne sont jamais rassasiés. Ils commentent, sont heureux de dénicher l’erreur sournoise. Ils ne lisent pas, ils vivent votre livre, votre veine. Alors, l’ouvrage prend sa place dans la bibliothèque. Il est à côté, il vit sa vie. Il faut encore tourner la page, continuer, ne pas s’arrêter, tant que se languissent deux, trois projets, tapis dans l’hippocampe du cortex.

Servir ! Le mot est lâché, puisqu’il est central. Un mot, une devise, au départ un projet de retraite au couperet de l’arrêt des courriers. Puis, la route, nouvelle, incertaine. Une douloureuse expérience dans une bâtarde structure, un éditeur toulousain sans enthousiasme, il faut alors évacuer les miasmes. Rassembler son énergie, risquer quelques milliers d’euros, et célébrer la liberté de l’auteur-éditeur. Liberté de servir, sans demander la permission. Servir la mémoire de nos anciens aviateurs, de nos aviatrices. Servir les mots. Servir à dire des vertus, à vanter la Vérité des archives… au risque d’être jugé hérétique. Il faut alors croiser la plume. Il n’est jamais de repos. Et c’est un moteur de vie.

Bernard Bacquié

Le site des éditions Latérales créées par Bernard Bacquié

Bernard Bacquié et le Boeing 747

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A propos de Bernard Bacquié

chez Aerobuzz.fr
Après une carrière complète de pilote de ligne, terminée sur 747 à Air France, Bernard Bacquié est aujourd’hui auteur et éditeur (Editions Latérales). Il fait œuvre d’historien pour entretenir la mémoire de l’Aéropostale et raconter les pilotes qui ont construit, au prix fort, la Ligne : Mermoz, Saint-Exupéry et tout récemment Guillaumet. Bernard Bacquié a également consacré un livre à Jean Sarrail, le pilote d’essais des Leduc.

5 commentaires

  • Alain de Valence

    Le logo de Bernard le montre devant la stèle en mémoire de Guillaumet près de Laguna Diamante, on comprend ainsi que la plume de Bernard est alimentée par la recherche permanente de la vérité historique. J’ai eu la chance de l’accompagner sur les traces de l’Aeropostale entre Montevideo et Valparaiso. Seul un oeil averti, une quête exigeante de la trace laissée par ces héros qui ont suscité notre vocation et un talent de conteur avivé de l’accent du Sud Ouest ont permis de remonter le temps et de côtoyer St Ex, Guillaumet et les autres. Heureusement, il y a ses livres qui en témoignent. Vivement Mai pour le prochain.

  • bernardbacquie

    Que de souvenirs, Thierry ! On a servi les ailes de l’hippocampe. Ils sont nombreux à nous attendre là-haut. Mais on n’est pas pressés. On fait encore voler de vieilles machines. J’avais prononcé l’éloge funèbre de Jean Sarrail, un des cinq plus grands pilotes d’essais français, lorsqu’il avait pris son dernier « envol vers l’Inconnu », disant qu’il allait prendre sa place au premier rang du paradis des pilotes. À sa reprise de l’Office, le curé d’Istres me regarda droit dans les yeux : « Je ne sais pas s’il y a un paradis des pilotes, mais je suis sûr qu’il y a des pilotes au paradis ». C’est une bonne nouvelle, non ? On pourra encore parler de Staggerwing, de Ryan, de Bücker, de Fouga, de Vampire (quoique, au paradis, pas sûr !). Il y aura même Berger et Mouton avec nous. Comme ça, pour Noël, on fera la crèche des aviateurs. Ce sera si chouette qu’on célèbrera aussi la Postale de Nuit… Mais, bon ! On n’est pas pressés. À force d’entendre se voir comparés à des pensionnaires d’Ephad, on a envie de voler, encore et encore. D’accord, d’accord ?

  • tangopapa

    Pour rectifier ce qui est écrit, Bernard n’a pas fini sa carrière sur 747, mais sur 777.
    Je me souviens qu’il a fait son dernier vol à Air France vers Buenos Aires et que j’ai fait celui du lendemain. J’avais mon épouse Béatrice avec moi. Nous sommes allés, Bernard, son équipage, mon épouse et moi nous recueillir devant la stèle de Mermoz à l’aérodrome d’Aeroparque au centre de Buenos Aires. Nous y avons déposé des fleurs.
    Tout ceci était très émouvant. Il y a plus de 10 ans de tout cela.
    La vie passe vite, et c’est moi demain qui vais faire mon dernier vol à Air France, un peu sur les traces de l’Aéropostale en convoyant un A380 vers Teruel en Espagne.
    Bonne retraite Bernard

  • Jarry

    Bernard, c’est comme un long-courrier qui ne s’arrêterait jamais de voler… avec ravitaillement en vol toujours disponible: la perche lui transfère un flux d’encre, une encre de la meilleure qualité… Sauf qu’il est à la fois le ravitailleur et le ravitaillé…
    Allez, Bernard, tant que le coeur bat, prends encore quelques litres d’encre !
    Philippe ( ton compère des salons du Livre)

  • michel mouton
    mouton michel

    magnifique!

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