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Il y a 30 ans, Claude Roux inventait la ruade

C’était l’été 1986. Il était en stage de l’équipe de France de voltige, quand Claude Roux a mis au point une figure nouvelle qu’il baptisa plus tard « la Ruade ». Cette figure spectaculaire a été adoptée par de nombreux voltigeurs. Aujourd’hui, il est fréquent en meetings aériens que les commentateurs en attribuent la paternité à d’autres, et en particulier à l’ancien champion du monde Coco Bessière. Pour Claude Roux, une mise au point s’imposait.

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Le voltigeur Claude Roux et son Cap 20L. © Coll C. Roux

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Il n’est jamais trop tard pour revendiquer, rétablir des vérités mais surtout vous expliquer ce qu’il s’est vraiment passé en 1986 pour cette nouvelle figure de voltige. J’avais 26 ans, j’étais nouveau membre de l’équipe de France. Je pouvais enfin faire plus de 4 à 5 heures d’entraînement par an grâce déjà à l’époque, aux aides et à une bonne logistique pour les pilotes. Mon avion était un CAP21 prêté par Bertrand Arnould. Avion déjà dépassé, mais j’étais tellement heureux de pouvoir m’entraîner dans de bonnes conditions. Pendant tout mon apprentissage en voltige depuis le début, je ne pensais que libre intégral. Pour moi c’était le but : atteindre le haut niveau pour pouvoir faire des enchaînements personnalisés et danser avec l’avion.

Une petite parenthèse : aujourd’hui, ce programme de 4 minutes est, à mon grand regret, de plus en plus laissé pour compte par les pilotes ou les organisateurs. Beaucoup de pilotes n’y participent pas !? Et cette épreuve est à la fin. Il faut donc une très bonne MTO pour qu’elle ne soit pas « shootée » dommage ! Imaginez si Pégoud n’avait pas tenté la première boucle ? C’était un peu du libre intégral… A cette époque, il ne se contentait pas de faire uniquement ce que les autres ou que les normes dictaient.

Revenons à Moulins. J’étais toujours à la recherche de mouvements gyroscopiques originaux, de constructions intéressantes. Et un soir, après les 2 ou 3 entraînements standards, ceux ou celles qui voulaient revoler pouvaient le faire. En général sur un axe au sud de l’aérodrome à quelques kilomètres, se trouvait une nationale bien droite, noyée au milieu d’une forêt. Idéal pour travailler le libre intégral. Le mien commençait après une prise de vitesse maxi par une spirale montante.

Je cherchais dans la dernière partie de la figure des mouvements « gyro » : et puis j’ai placé le manche à fond à gauche et en avant avec le pied à fond à gauche. Incroyable, j’ai vu passer l’horizon sans roulis d’avant en arrière sur 1 tour 1⁄2 environ. J’ai compris immédiatement ce que l’avion venait de faire. Je me suis replacé ce coup-ci sous 45° montant, j’ai attendu une vitesse raisonnable en dessous de 200km/h et j’ai refait la même chose. Cette fois 2 tours 1⁄2 environ, très vite je me suis aperçu qu’une fois la figure lancée il fallait ramener le manche au neutre (toujours pied G à fond) pour bien entretenir le mouvement de tangage par l’avant. Ensuite pour éviter un blocage au bout de 2 tours 1⁄2, il fallait remettre le manche à gauche pour ré-accélérer et retrouver du roulis pour avoir une belle sortie.

J’étais aux anges, je venais de découvrir et de maîtriser une figure que je n’avais jamais vue auparavant et que mes camarades non plus n’avaient jamais vue. Une fois posé, j’explique tout cela (sauf la façon de la faire évidemment) à l’équipe et au « chef », Jean Eyquem et repars à la verticale pour leur montrer cette « Ruade ». Evidemment au retour parking, curiosité, enthousiasme, pour la plupart d’entre eux…

Mes collègues militaires de l’EVAA ont, les semaines suivantes, je pense, trouvé comment je procédais. Mais ils ont eu le respect de ne pas faire cette figure dans leur programme « libre i » au championnat de France à Coulommiers 2 mois plus tard en septembre. Ce qui m’a permis après 3 programmes acharnés et un bon et original libre intégral de verrouiller une 3ème place avec mon petit CAP21 derrière les 2 CAP230 des militaires. Je fus enfin titulaire l’année suivante dans l’équipe. Mais avec l’obligation de trouver un avion plus performant. Cela est une autre histoire.

Après 2 ans écoulés, au championnat du monde au Canada en 88, beaucoup de pilotes exécutaient cette figure. Tous ceux de l’équipe de France au moins. Puis cela a fait tâche d’encre et tant mieux ! Cela reste une grande joie d’avoir découvert la « Ruade, rouade, flipflap, etc » c’était un grand moment de plénitude. Peut-être que d’autres pilotes étrangers l’ont trouvée avant moi. C’est tout à fait possible. Mais jusqu’à cet été 1986, nous ne l’avions jamais vue, sinon croyez-moi et c’est ce qui s’est passé par la suite, on aurait tout fait pour la pratiquer.

Toutes ces explications pour vous, car encore trop souvent en meeting, des collègues me demandent « alors c’est toi ou c’est… » J’étais discret, trop discret pour médiatiser ce petit événement aéronautique. Mais cela me navre lorsque je vois d’autres personnes se l’approprier. Problème de mémoire ? D’égo démesuré ? Les membres de l’équipe de France de l’époque, à ma connaissance, n’ont aucun problème de mémoire et pourront confirmer ces dires comme ils le font déjà pour là plupart d’entre eux. Ceux là, je les en remercie.

Je ne retiendrai qu’une chose, le grand plaisir que l’on peut partager avec son avion en ne faisant plus qu’un, quand le ciel se met à danser. Bons vols à tous.

Claude Roux

 

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