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Il y a 30 ans, Claude Roux inventait la ruade

C’était l’été 1986. Il était en stage de l’équipe de France de voltige, quand Claude Roux a mis au point une figure nouvelle qu’il baptisa plus tard « la Ruade ». Cette figure spectaculaire a été adoptée par de nombreux voltigeurs. Aujourd’hui, il est fréquent en meetings aériens que les commentateurs en attribuent la paternité à d’autres, et en particulier à l’ancien champion du monde Coco Bessière. Pour Claude Roux, une mise au point s’imposait.

26.11.2016

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Le voltigeur Claude Roux et son Cap 20L. © Coll C. Roux

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Il n’est jamais trop tard pour revendiquer, rétablir des vérités mais surtout vous expliquer ce qu’il s’est vraiment passé en 1986 pour cette nouvelle figure de voltige. J’avais 26 ans, j’étais nouveau membre de l’équipe de France. Je pouvais enfin faire plus de 4 à 5 heures d’entraînement par an grâce déjà à l’époque, aux aides et à une bonne logistique pour les pilotes. Mon avion était un CAP21 prêté par Bertrand Arnould. Avion déjà dépassé, mais j’étais tellement heureux de pouvoir m’entraîner dans de bonnes conditions. Pendant tout mon apprentissage en voltige depuis le début, je ne pensais que libre intégral. Pour moi c’était le but : atteindre le haut niveau pour pouvoir faire des enchaînements personnalisés et danser avec l’avion.

Une petite parenthèse : aujourd’hui, ce programme de 4 minutes est, à mon grand regret, de plus en plus laissé pour compte par les pilotes ou les organisateurs. Beaucoup de pilotes n’y participent pas !? Et cette épreuve est à la fin. Il faut donc une très bonne MTO pour qu’elle ne soit pas « shootée » dommage ! Imaginez si Pégoud n’avait pas tenté la première boucle ? C’était un peu du libre intégral… A cette époque, il ne se contentait pas de faire uniquement ce que les autres ou que les normes dictaient.

Revenons à Moulins. J’étais toujours à la recherche de mouvements gyroscopiques originaux, de constructions intéressantes. Et un soir, après les 2 ou 3 entraînements standards, ceux ou celles qui voulaient revoler pouvaient le faire. En général sur un axe au sud de l’aérodrome à quelques kilomètres, se trouvait une nationale bien droite, noyée au milieu d’une forêt. Idéal pour travailler le libre intégral. Le mien commençait après une prise de vitesse maxi par une spirale montante.

Je cherchais dans la dernière partie de la figure des mouvements « gyro » : et puis j’ai placé le manche à fond à gauche et en avant avec le pied à fond à gauche. Incroyable, j’ai vu passer l’horizon sans roulis d’avant en arrière sur 1 tour 1⁄2 environ. J’ai compris immédiatement ce que l’avion venait de faire. Je me suis replacé ce coup-ci sous 45° montant, j’ai attendu une vitesse raisonnable en dessous de 200km/h et j’ai refait la même chose. Cette fois 2 tours 1⁄2 environ, très vite je me suis aperçu qu’une fois la figure lancée il fallait ramener le manche au neutre (toujours pied G à fond) pour bien entretenir le mouvement de tangage par l’avant. Ensuite pour éviter un blocage au bout de 2 tours 1⁄2, il fallait remettre le manche à gauche pour ré-accélérer et retrouver du roulis pour avoir une belle sortie.

J’étais aux anges, je venais de découvrir et de maîtriser une figure que je n’avais jamais vue auparavant et que mes camarades non plus n’avaient jamais vue. Une fois posé, j’explique tout cela (sauf la façon de la faire évidemment) à l’équipe et au « chef », Jean Eyquem et repars à la verticale pour leur montrer cette « Ruade ». Evidemment au retour parking, curiosité, enthousiasme, pour la plupart d’entre eux…

Mes collègues militaires de l’EVAA ont, les semaines suivantes, je pense, trouvé comment je procédais. Mais ils ont eu le respect de ne pas faire cette figure dans leur programme « libre i » au championnat de France à Coulommiers 2 mois plus tard en septembre. Ce qui m’a permis après 3 programmes acharnés et un bon et original libre intégral de verrouiller une 3ème place avec mon petit CAP21 derrière les 2 CAP230 des militaires. Je fus enfin titulaire l’année suivante dans l’équipe. Mais avec l’obligation de trouver un avion plus performant. Cela est une autre histoire.

Après 2 ans écoulés, au championnat du monde au Canada en 88, beaucoup de pilotes exécutaient cette figure. Tous ceux de l’équipe de France au moins. Puis cela a fait tâche d’encre et tant mieux ! Cela reste une grande joie d’avoir découvert la « Ruade, rouade, flipflap, etc » c’était un grand moment de plénitude. Peut-être que d’autres pilotes étrangers l’ont trouvée avant moi. C’est tout à fait possible. Mais jusqu’à cet été 1986, nous ne l’avions jamais vue, sinon croyez-moi et c’est ce qui s’est passé par la suite, on aurait tout fait pour la pratiquer.

Toutes ces explications pour vous, car encore trop souvent en meeting, des collègues me demandent « alors c’est toi ou c’est… » J’étais discret, trop discret pour médiatiser ce petit événement aéronautique. Mais cela me navre lorsque je vois d’autres personnes se l’approprier. Problème de mémoire ? D’égo démesuré ? Les membres de l’équipe de France de l’époque, à ma connaissance, n’ont aucun problème de mémoire et pourront confirmer ces dires comme ils le font déjà pour là plupart d’entre eux. Ceux là, je les en remercie.

Je ne retiendrai qu’une chose, le grand plaisir que l’on peut partager avec son avion en ne faisant plus qu’un, quand le ciel se met à danser. Bons vols à tous.

Claude Roux

 

11 commentaires

  • Marie

    bravo Claude. Je t’ai connu voltigeur débutant hyper doué. Moi plus expérimentée mais pas douée, tu m’as très vite dépassée,je n’étais pas jalouse mais cela me rendait un peu « ronchon ». En fait tout le monde te voyait comme un extra-terrestre. Je suis passée te prendre à st Chamon j’ai fait la connaissance de ta charmante championne de Maman, et j’ai très vite compris que son fils deviendrait un champion à son tour. Moi je ne vole plus depuis longtemps mais je ne pourrai jamais oublier l’époque de la voltige. Encore bravo Claude.

  • Lemaire

    13 avril 1985 Nancy Essey F-GAUZ 20′ de baptême voltige avec Claude Roux…
    C’était 2 jours après l’obtention de mon PP ( testeur M. Coulon ).
    Ces 20′ de voltige m’ont permis d’être dans le groupe intermédiaire lors des entraînements sur Cap 10 de mon stage instructeur en août à Carcassonne ( J.B Lay )
    Souvenirs…

  • Châtelard

    Comme quoi toute vérité est bonne à rétablir.
    Pour ma part je pensais que c’était un célèbre Champion du Monde militaire français qui l’avait inventé sur son CAP230. Je me souviens d’en être resté baba quand j’ai vu la première fois un avion exécuter cette figure. Je pratiquais la voltige à un tout petit niveau sur le CAP20L (F-GAUA) de Château-Thierry avec le célèbre juge international « Dédé » Rondeau comme coach, disparu trop tôt.
    Quand j’ai compris comment la réaliser, je l’ai exécuté avec mes modèles réduits (Voltige Grand Modèle) mais jamais avec un avion « grandeur ». Cette figure passe toujours très bien meeting ou en libre intégral en modèle réduit auprès du public ou des juges.
    Bravo, cette figure a été une innovation majeure dans l’évolution de la voltige « moderne ».

  • Sylvain Mariat

    A cette époque, j’avais 10 ans et je faisais voler sur la plateforme de Planèze des modèles réduits que je dessinais et construisais.
    Entre deux vols, je me souviens admirer cet avion faire des choses fabuleuses dans le ciel Saint Chamonais. Il y avait cette figure étrange où l’arrière de l’avion passait au-dessus du capot moteur. Je n’arrivais pas à la reproduire avec mon petit modèle.
    J’apprenais alors qu’il s’agissait de voltige moderne, gyroscopique, et certains anciens sur place regrettaient déjà la voltige coulée de leur regretté Stampe mais étaient fiers du « Petit Roux » comme ils disaient.
    J’ai en mémoire sa maman qui lui apportait des pâtes de fruit et de l’eau après chaque vol. Il restait un moment dans l’avion, en âge en écoutant le débriefing de sa plus grande fan. Je n’ai aucun souvenir de contrôle au sol lors des évolutions.
    En croisant Claude il y a peu sur cette même plateforme il m’a confirmé qu’il volait à l’époque sans liaison radio, et avait un très faible nombre d’heures d’entrainement avant les compétitions.
    Claude Roux, un « Grand » pilote avec de vraies qualités humaines.

  • jac1013

    Bonsoir a tous J’ai eu le privilège de faire partie de certains de ses élèves « TT ». Je me souviens de cette époque où le « tarmak » était, au petit matin, son lieu de prédilection et
    le lieu où l’on pouvait le voir concentré sur son objectif, c’était en 1987 ( hier!!!). Depuis, j’ai
    eu l’occasion de le croiser à Roanne et d’apprécier ses évolutions empreintes de
    « majesté ». Cordialement

  • Marianne SHAW

    Je confirme!!! Bravo, Claude, il ne faut jamais laisser les fausses légendes prendre le dessus sur la vérité.J’apprécie toujours autant ton style, ta précision qui te permettent en meeting de tirer un extraordinaire parti de ta monture. Mais, au delà de tes qualités de pilote, il y a celle de l’homme que tu es devenu, qui transparaissait déjà lorsque tu étais « Petit Roux »… Bises et Admiration, Marianne SHAW (née Roux!)

  • Flamand Alain

    Salut Claude
    Juste un petit bonjour d’un pompier retraité de LFBK à l’occasion de cette publication
    car je pense que c’est toi qui a été pilote sur la ligne MTN/ORLY ds les années 80/90
    et dont j’ai un très bon souvenir alain flamand

  • ROUAUX

    Bonjour Claude,
    Je n’étais pas encore membre de l’Equipe en 1986 ( sélection au Championnat de France de 88) mais j’ai toujours entendu que tu étais le premier à avoir réalisé cette figure. Je ne pense pas qu’il y ait de doute parmi les protagonistes de cette époque.
    Ce que je souhaite rajouter c’est que ta carrière de pilote de haut niveau, trop éphémère à mon goût mais tu avais très certainement de bonne raisons, a privé l’Equipe de France d’un talent promis à un bel avenir.
    Bien amicalement.
    Jean-Emile

  • Simon

    Bonne retraite Claude, bien mérité.
    Au plaisir de se croiser sur un terrain d’aviation.
    Emmanuel simon anciennement CDB 145 chez HOP

  • Ciron daniel

    Tout est dit et bien dit.Je suis content que p’tit Claude ait enfin ,mis les choses au point.J’avais moi même râlé,aprés un reportage sur les WAC 2015,sur le fait que l’on attribue cette figure à d’autre pilote,ce qu’avait apprécié mon copain voltigeur de Saint Chamond.Il m’a d’ailleurs téléphoné pour me remercier de mon intervention ,geste d’amitié de sa part puisqu’il a des années que l’on se connait et que j’aime le revoir à notre traditionnel meeting de Roanne!Simplement dommage qu’il ait arrété la compète,il serait monté,j’en suis certain,sur la plus haute marche!!Je t’embrasse Claude.Daniel Ciron

    • Seb

      Bonjour Claude.
      Une magnifique « rouade » je ne savais pas que tu en étais le créateur. Bravo. Les pilotes de ton rang nous manquent beaucoup…
      Affectueusement
      Seb….
      Un mecano de BLQ et LYS

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