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Arrivée officielle du premier Airbus A330 Phénix à Istres

L'A330 MRTT Phénix tournait déjà depuis plusieurs jours dans le ciel provençal, mais l’arrivée officielle a été prononcée vendredi 19 octobre 2018, en présence de la ministre des armées et du chef d’état-major de l’armée de l’Air. La mise en service d’un nouveau ravitailleur dans l’armée de l’Air est une chose que l’on ne voit qu’une fois dans sa vie !

22.10.2018

 

Le Boeing C-135FR ouvre la voie, suivi par l’Airbus Phénix. La différence de positionnement des nacelles sous la voilure saute aux yeux. Sur l’A330, qui partage sa voilure avec l’A340, les nacelles sont installées à la place des réacteurs extérieurs. © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

L’avion est imposant, bien plus haut sur patte que le Boeing du groupe de ravitaillement en vol Bretagne qu’il va remplacer. Un seul avion est pour l’instant arrivé à Istres. Il sera rejoint par un deuxième en 2019, puis un troisième en 2020. L’armée de l’Air recevra ensuite trois appareils par an au cours des années suivantes, pour in fine parvenir à une flotte 12 avions en 2023.

La flotte A330 MRTT : 12 + 3

Mais l’histoire ne s’arrêtera pas là puisque la ministre des Armées a entériné le principe d’une commande ultérieure de trois avions supplémentaires, ce qui porterait alors la flotte totale à 15 avions. Airbus fabriquera-t-il encore des A330 « classiques » quand cette commande sera passée ? Ce n’est pas certain, mais l’armée de l’Air n’est pas inquiète : les trois derniers avions pourraient provenir du marché de l’occasion… Il semble peu probable en revanche que les trois derniers appareils soient des A330 Neo, les militaires ne souhaitant pas gérer deux standards dans leur flotte.

Ces quinze avions remplaceront à terme 14 Boeing ravitailleurs, trois Airbus A310 et deux A340 de transport stratégiques. Quinze Phénix pour remplacer 19 appareils anciens, on pourrait penser que le compte n’y est pas. Sauf que les Phénix vont être amenés à voler beaucoup plus que les vieux Boeing. On parle à Istres de 1.250 heures de vol par an pour le nouvel avion, contre 400 à 500 actuellement pour les Boeing. L’armée de l’Air est donc très largement gagnante en terme de potentiel.

Un avion multi-rôle

Le soutien de l’outil de dissuasion aéroporté reste la raison d’être principal des ravitailleurs de l’armée de l’Air et l’équipe de marque présente à Istres, une soixantaine de personnes à ce jour, se concentre en premier lieu sur la préparation de cette mission. Mais les appareils étant polyvalents, d’autres capacités opérationnelles vont progressivement être défrichées : transport stratégique de personnel et de fret, évacuations médicalisées, relais de communication et de renseignement… « A l’horizon 2025, le couple A400M-MRTT offrira à l’armée de l’Air une augmentation de 70% de sa capacité de transport par rapport à la situation actuelle » explique-t-on à Istres.

Le Phénix est donc une pièce majeure que l’armée de l’Air fait entrer dans son jeu, avec un travail de fond portant sur l’évolution des infrastructures, la formation des équipages, la mise en place d’un outil de maintenance mais aussi, moins visible mais tout aussi important, l’évolution des concepts d’emploi rendue possible par les nouvelles capacités des appareils. Le premier avion est par exemple déjà équipé de la liaison tactique L16 portée par la radio HF.

L’armée de l’air du futur

A partir du troisième avion, cette L16 passera par liaison satellite. Un Phénix associé à un raid pourra non seulement ravitailler les avions en carburant, mais aussi jouer un rôle essentiel de relais de communication vers les centres de commandement en France. A plus long terme, l’armée de l’Air voit le Phénix comme une brique de son futur SCAF (Système de Combat Aérien Futur), aux côtés du Rafale au standard F4 et du futur drone européen MALE.

Une chose est certaine : le Phénix sera un témoin et un acteur essentiel de la mutation de l’armée de l’Air dans les décennies à venir. Qui peut dire d’ailleurs à quoi ressemblera cette dernière quand les MRTT seront retirés du service, dans quarante ou cinquante ans ?…

Frédéric Lert

Dans les coulisses du premier Airbus MRTT « Phénix » de l’armée de l’Air

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

5 commentaires

  • guibert

    Bonjour,
    1250 h de vol par an cela fait une moyenne de moins de 105 h de vol par mois!
    C’est ce que l’on réalise en une semaine couramment dans une compagnie long courrier.
    Quand on sait qu’un avion, sur le plan financier, c’est surtout quand il reste au sol qu’il coûte cher, le citoyen/contribuable est en droit d’espérer que l’utilisation de ces nouveaux avions sera plus importante que cette prévision d’emploi ridiculement faible….

    • Thomas

      Difficile de comparer, dans une compagnie, les lignes sont identiques a chaque vol, l’avion fait tout le temps le même trajet, avec le même nombre de places, a la même heure. Dans l’armée, aucun vol ne se ressemble, le même avion doit assurer du ravitaillement en vol, de l’évacuation sanitaire, du fret, des pax vers des destinations différentes chaque jour, avec les changements de configuration et et les chargements spéciaux que cela implique. Il est impossible d’optimiser la flotte comme dans une compagnie civile.

    • Jean-Mi

      L’armée, c’est comme les pompiers : beaucoup de monde, beaucoup de matériel couteux, une énorme organisation…
      … avec l’espoir que jamais cela ne servent, ou du moins le moins possible !

      C’est inhérent au concept…
      Et si on en a pas, d’armée ou de pompiers, et bien un jour ou l’autre, on est bien embêté…

      Mais quand même, NON, je n’ai pas l’intention que notre armée serve énormément. (mais il faut qu’elle se tienne à niveau)

    • Stormy

      Oui monsieur Guibert, les avions de l’Armée de l’air volent moins, c’est ce qui permet de conserver les cellules 40 voire 50 ans pour les avions de transport.
      Dans une compagnie aérienne, une fois l’avion acheté, il faut que l’investissement rapporte, donc ça tourne en continu (chez moi, les 777 sont toujours chauds, APU tournante ou alors GPU, jamais « unpowered » – et les sièges pilotes sont chauds aussi, comme la « banette chaude » des sous-mariniers pour ceux qui ont connu)
      Vous appliquez vos critères de compagnie aérienne au monde militaire ! C’est comme si vous compariez un régiment de chars avec une entreprise de transport routier…
      Ca me fait penser à ces collègues de cockpit à Dakar qui s’offusquent de voir l’Atlantic ou le C 130 au parking militaire français – ben oui, il est mis en place avec un potentiel en HDV, un équipage, un pilote de renfort en général, une équipe de mécanos, et on fait avec ….

  • bdd13
    bdd13

    P’têt ben qu’y aura des restrictions de pétrole dans 40 ou 50 ans…
    On fera la guerre virtuelle, avec des casques Oculus au standard L235….

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