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Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.

Pour la première fois un démonstrateur de drone de combat Northrop Grumman X47B a été catapulté depuis un porte avions. Cette étape majeure qui fait suite aux appontages sur un simulateur de porte avions consacre l’essor des drones comme complément puis comme remplaçant des vecteurs aériens pilotés. L’histoire est en marche.

16.05.2013

Nous sommes à bord du porte-avions nucléaire géant USS George H.W Bush CVN 77, le 14 mai 2013 à 11.00 du matin. Sur le pont balayé par le vent les chiens jaunes assistent à un événement historique. L’ascenseur qui vient de s’arrêter au niveau du pont d’envol apporte un drôle d’oiseau. Il s’agit du démonstrateur de drone de combat furtif X47B. Une véritable bête de combat de 6 T.

Quelques secondes plus tard, le moteur F100 PW 220U, un dérivé du propulseur qui équipe les avions de combat F15 et F16, fait entendre son hululement. Sur l’ordre d’un officier de pont, le drone déploie son imposante voilure. Il affiche maintenant une envergure de plus de 18 mètres, puis il roule jusqu’à la catapulte.

A 11H18, dans un bruit assourdissant, le X47B passe de 0 à 120 KTS en quelques secondes, l’engin prend de l’altitude, avant de rejoindre sa base de Patuxent River.
Pour en arriver là, l’US Navy et Northrop Grumman ont du démontrer la capacité du drone à manœuvrer sur le pont en toute sécurité. Pour être sûr de cela, les chiens jaunes sont dotés d’un boitier de commande qui leur permet de contrôler le drone à tout moment comme un jouet téléguidé.

Il fallait aussi démontrer la compatibilité des systèmes du drone avec ceux du porte avions. Un navire de combat tel que le CVN 77 regorge d’émetteurs en tous genre, de radars et de systèmes de guerre électronique susceptibles de brouiller les moyens de communication et de navigation du X47B. Cette étape cruciale franchie, ne restait plus qu’à finaliser cette période de tests par un décollage réel.

Désormais le programme va évoluer jusqu’à donner naissance aux alentours de 2019 à un engin d’attaque opérationnel capable de frapper des cibles dangereuses ou bien protégées distantes de plusieurs milliers de kilomètres. Il dispose pour cela de plusieurs atouts. Sa cellule tout d’abord, construite en grande partie en matériaux composites, elle combine légèreté, furtivité radar et résistance à la corrosion. Sa furtivité est également assurée par son entrée d’air unique implantée sur l’extrados. Ainsi les signaux radars adverses ne pourront pas se réfléchir sur les aubes du turboréacteur. Un moteur qui propulse cet engin à plus de Mach 0,9 pendant plus de six heures sans broncher. En cas de besoin l’autonomie sera prolongée par des ravitaillements en vol réalisés en mode automatique avec un ravitailleur piloté type KC135 ou un autre drone Global Hawk ou X47.

Tout au long de sa mission le drone sait où il se trouve grâce à ses moyens de navigation INS/GPS protégés contre le brouillage. Il rend compte en permanence via ses moyens de communication V/UHF et satellite. Ainsi son profil de vol peut à tout moment être modifié depuis un avion de détection avancée Hawkeye par exemple.

Arrivé près de sa cible, le drone, accompagné ou non d’avions de combat piloté, adopte un profil de vol furtif qui l’amène à éviter les faisceaux de détection adverses. Arrivé à portée de sa cible, idéalement une station de défense sol-air ou un centre de commandement ou de communication ennemie il ouvre sa soute ventrale pour délivrer des bombes à guidage laser ou GPS.

Mais ce n’est qu’un début, demain ces drones seront capables de mettre en œuvre des armes laser, des armes à effet IEM (impulsion électro magnétique) et peut être aussi des missiles anti aériens. Le drone sera demain doté d’un cerveau électronique conçu selon les lois de l’intelligence artificielle. L’appareil opérationnel sera capable de se reconfigurer en temps réel en cas de panne et de déterminer seul la stratégie à mettre en œuvre face à une situation donnée. Mieux, les drones pourront voler en essaim et se coordonner pour assurer le succès des missions les plus périlleuses.

Mais plus précisément, quel est l’avantage de ces appareils sur les vecteurs pilotés tels que le F35 Ligthing II ? Ils sont nombreux… Techniquement, l’absence de pilote les rend capables d’évoluer à très fort facteur de charge, disons plus de 10G, sans perte de contrôle ; dans un avion piloté, un tel facteur d’accélération est de nature à altérer la conscience du pilote qui est en proie au « voile noir ». Cette absence de limitation lui permet de prendre l’avantage en combat tournoyant sur n’importe quel avion d’arme.

Toujours dans la technique, l’absence de pilote permet de se passer de nombre de servitudes et de redondances de nature à préserver la sécurité de l’occupant.
Du coup cette simplification signifie un gain de temps dans la conception, un gain de masse significatif et d’argent. Du point de vue tactique, un commandant enverra plus facilement un drone attaquer un objectif bien défendu plutôt que de risquer des appareils pilotés hors de prix.

Mais le principal avantage est d’ordre politique. Qui se souvient de la chute du U2 de Gary Powers en Union Soviétique ? En cas de perte du drone, point de pilote à secourir et d’explications embarrassantes à fournir. Le rêve de bien des gouvernants…

Le développement des drones de combat est donc inéluctable. L’Europe qui développe le Neuron l’a bien compris tout comme la Russie avec le Skat de MiG et ses évolutions. La Chine n’est pas en reste non plus avec un démonstrateur qui a entamé ses essais.
La guerre des drones est une réalité et elle vient de commencer.

La rédaction

A propos de Martin R.

chez Aerobuzz.fr
Martin R. est le développeur et webmaster d’Aerobuzz depuis sa création en 2009. Développeur de formation, il a fait ses classes chez France Telecom. Il lui arrive d’oublier ses codes le temps de rédiger un article sur un nouveau produit multimedia ou sur un jeu.

11 commentaires

  • Luc Rolland

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    Tres reussis mais reste a savoir ce que sont capables ces drones en terme de mesures type « dectecte-et-evite » (sense-and-avoid en anglais) car plus il voleront, plus ils iront s’encastrer sur d’autres vehicules volants non prevus (VVNP) comme cela s’est passe recemment en Afghanistan ou un Predator est alle s’encastrer dans l’aile d’un Hercules.

    Pour ma part, je suis un chercheur qui se joint a une excellente equipe vennant d’obtenir la premiere autorisation civile dite vol « beyond line-of-sight » en Amerique du Nord (oui, oui, avant Stanford, MIT, Caltech ou McGill). Notre theatre d’operation est Terre-Neuve car nous avons tout plein d’espaces pour premierement prouver que nous savons causer une collision entre deux drones et ensuite les eviter. Nous engagons des thesard en ce moment pour pousser nos resultats.

    Hydro-Quebec serait tres interesse a faire voler de drones de type Aerosonde pour assurer l’integrite de ses lignes a haute tension. Il semble que les US Coast Guards suivent de pres nos resultats. Bombardier finance partiellement ce projet donc il y aura de plus en plus de missions assurees par drones car tellement moins onereux les rendant alors accessibles aux entreprises, gouvernements et ONGs.

    A quand un excellent drone « made-in-France » ?

  • Ben Ben

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    Il est certains qu’au tarif exorbitant d’un F22 (+400M$ unité), un drone coûte moins cher. Dans le DSI de juin 2013, un petit comparatif financier est fait. Le drone est encore très cher, de part le nombre de personnes nécessaires à son fonctionnement.
    Donc je pense que la question des drones doit être élargi à un fonctionnement autonome d’une capacité militaire. Pour tout pays, il devient de plus en plus difficile de perdre un combattant, et je parle par là de morale, de combat, de vie humaine. Donc lorsqu’un porte avions US (5000 personnes) deviendra porte drones avec 500 personnes, cela signifiera que le drone sera autonome, le chargement des missiles ou bombes également, son déplacement, etc…La finalité US des 60 dernières années restent qu’il faut maintenir une présence pour être efficace et réactif. La seule question, est : quand.

  • kqn

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    L’appontage serait fait dans les jours qui viennent. Le X-47B avait deja fait des touch and go sur le PA (videos sur l’autre site). Ce jour marquera une nouvelle ere dans l’aviation navale. Bien que le X47B vient de Northrop, une partie du logiciel vient de Boeing. L’appel d’offre de l’USN pour la version production va piter Northrop contre Boeing et Lockheed.

  • Chibani

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    Je confirme l’avis de B.Thouanel. Un haut responsable d’un très grand constructeur français d’avions de combat (devinette …) s’esclaffait au milieu des années 90 lorsqu’on lui demandait si le successeur du futur Rafale dans plusieurs décennies ne serait pas un robot…Avec les progrès de l’intelligence artificielle, je ne donne pas cher sur le long terme du métier de pilote de chasse (voire de pilote de ligne).

    • Moltobaleze
      Moltobalèze

      Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
      On ne peut mettre en cause tant de témoignages convergents sur l’apparent manque de vision du fameux haut responsable du très grand constructeur français d’avions de combat (…).

      Mais je vous propose un autre angle de vue que celui de l’absence de vision …

      Et si ce haut responsable défendait d’abord son marché immédiat, ses espoirs de vente du Rafale (oups ! je l’ai dit !) et contribuait ainsi à une démarche de communication d’entreprise …
      Ce serait idiot de la part d’un « haut responsable ? »

      Pour info, je n’appartiens pas à la grande maison Dassault et je n’y ai d’autre intérêt que la satisfaction de voir évoluer des technologies multiples qui se situent toutes au premier rang mondial : des Falcon à Catia en passant par le Rafale et demain le Neuron …;-)

      Ces réussites ne mettent évidemment pas ce Groupe à l’abri de toute reproche ou moquerie mais elles devraient nous inviter à un peu d’humilité avant de interpréter leurs paroles et leurs actions.

      Bons vols à tous et à toutes.

  • Bernard Thouanel

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    En fait, la Guerre des Drones a commencé depuis bien longtemps. Voici, près de 20 ans, en septembre 1996, j’avais eu un Briefing détaillé sur les engins de combat non pilotés qui étaient testés à Groom Lake. Quelques années plus tard, j’avais publié un article dans VSD à ce sujet. Tout le monde m’avait rit au nez en me disant que c’était du bidon, y compris à l’époque le directeur technique d’un avionneur français bien connu, qui m’avait tapé sur l’épaule en me disant: « Intox!  » Bref en aéronautique, ce n’est pas toujours bien d’être trop en avance, personne ne vous croit. En amour comme en affaire,s, avant l’heure, ce n’est pas l’heure, et après l’heure, ce n’est plus l’heure. Qu’on se le dise!

    • Jean-Marie Six

      Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
      Comme vous le faites justement remarquer, en citant votre expérience de septembre 1996, la « guerre des drones » a commencé depuis lurette.

      Ainsi, le 10 janvier 1997 s’est tenu au Sénat un colloque intitulé « Quel avenir pour les drones ? » organisé par le club « Participation et Progrès » du sénateur Pierre Pascallon.
      (Les minutes du colloque ont été publiées par @ L’Harmattan, 1998 – ISBN : 2-7384-6450-5)

      Plusieurs représentants du Ministère de la défense, dont je faisais partie, et plusieurs constructeurs ont présenté leurs plans d’avenir dans le domaine des drones. La vision de l’époque était juste. Les arbitrages budgétaires opérés depuis près de 20 ans en faveur d’autres priorités que celle des drones, font que maintenant la France est obligée de quémander le droit d’utiliser le drone américain Reaper sur les théatres du Mali et d’ailleurs.

      Ah, j’oubliais : la plupart des industriels engagés dans le secteur des drones (Aérospatiale, Sagem, Matra …) ont participé à ce colloque … sauf Dassault.

  • jacky Lebon

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    Bonjour a Tous.

    Aucune info sur le retour et l’appontage ??

    Jacky

    • Incognito

      Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
      @ Jacky : paragraphe 3 il est écrit :

      A 11H18, dans un bruit assourdissant, le X47B passe de 0 à 120 KTS en quelques secondes, l’engin prend de l’altitude, avant de rejoindre sa base de Patuxent River.

    • Baptiste Aubertel

      Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
      Il n’a pas encore apponté (du moins sur porte avion). Pour le vol, il opérait non loin des côtes de manière à pouvoir se reposer de manière classique (une étape à la fois, c’est déjà pas mal).

  • TIPLOUF83

    Catapultage réussi pour le X47B. La guerre des drones a commencé.
    La guerre des drones es tune réalité surotut depuis l’usage massif des predator et reaper par la CIA en afganistan et au pakistan, le développement de drones de combat furtif permet à des nations européennes désargentées de retenir des technologies aéronautiques innovantes à défaut de lancer un programme d’avions de combat de cinquième ou sixième génération. pour les opérationnels conscients de la dangerosité de certaines missions et de l’évolution des défenses sol-air telles que le patriot, le S400 et le SAMPT , l’apparition de drones furtifs sacrifiables est un complément appréciable !
    restent les politiques qui doivent comprendre que le drone n’est pas la panacée, c’est une corde de plus à notre arc mais ne refaisons pas l’erreur des anglais et des russes qui dans les années 50 ont considéré que les missiles étaient plus utiles que les chasseurs pilotés…..

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